Yves Jégo : « La droite républicaine doit organiser des primaires »

de | 2014-02-25

Le responsable de l’UDI, en l’absence de Borloo, en appelle à une grande primaire qui rassemblerait UDI, MoDem, UMP… En finir avec le problème de leadership.

Yves Jégo :
Yves Jégo préfère les inconvénients de la majorité à ceux de l’opposition. © Éric Feferberg / AFP

Le Point.fr : L’UDI ne se fait pas entendre, l’UMP est en lambeaux après la guerre Copé-Fillon… Quel remède pour la droite ?

Yves Jego : Nous devons tirer les leçons du tripartisme, qui s’est durablement installé dans le paysage politique. Il y a désormais trois forces : un bloc de gauche (qui oscille entre 15 et 30 %), un bloc de la droite républicaine (qui oscille de la même façon) et l’extrême droite (qui peut aller jusqu’à 20 %)… Nous devons en tenir compte et organiser des primaires citoyennes de la droite républicaine. Le vieux schéma conçu pour le bipartisme, qui veut que les deux camps fassent le tri au premier tour de la présidentielle, ne fonctionne plus. Il faut instaurer une élection présidentielle à trois tours : d’abord, des primaires, puis les deux tours de scrutin.

C’est donc une main tendue à l’UMP ?

Le projet initial de l’UMP de rassembler toute la droite a échoué. En dix ans, nous avons tout perdu sauf la présidentielle de 2007 : les villes, les régions, le Sénat. Et on ne se pose pas la question de savoir si notre modèle fonctionne ? Les socialistes, eux, se sont organisés, et ils ont gagné en monopolisant les médias avec leur primaire pendant deux mois. Dans une démocratie d’opinions comme la nôtre, deux mois, ce n’est pas rien dans une campagne présidentielle… La primaire ouverte, la plus large possible qui irait de l’UDI-MoDem à Debout la République ! en passant par l’UMP est le seul moyen d’organiser le leadership de la droite. En plus, la primaire aurait l’avantage de trier, de voir qui ne pèse rien ou, au contraire, qui sont les jeunes qui émergent. Cela permettrait au vainqueur de faire son casting gouvernemental.

Certes, mais voyez aussi les conséquences de la primaire des socialistes sur le fonctionnement du gouvernement Ayrault : ceux qui ont obtenu des suffrages, comme Valls ou Montebourg, font entendre leur voix plus fort que le Premier ministre. C’est une machine à couacs infernale …

Il n’y a pas de système idéal et les désagréments que vous décrivez sont infiniment moindres que ceux qui nous maintiendront dans l’opposition. Je préfère les désagréments de la majorité… (sourire).

Manifestement, Nicolas Sarkozy a déjà du mal à accepter l’idée de se soumettre aux primaires de son propre parti…

J’ai cru comprendre qu’il voulait revenir sans endosser les habits de l’UMP. Justement, ce que je propose, c’est d’organiser une structure qui permette aux candidats des droites de dépasser l’émiettement partisan. Cette organisation n’aurait qu’un seul objectif : faire choisir par les citoyens le candidat des droites républicaines. C’est un peu comme le système des partis américains, qui n’existent vraiment qu’au moment de l’organisation des primaires.

François Hollande sait très bien manoeuvrer cette opposition disparate. Le pacte de responsabilité qu’il propose a désarmé une partie de la droite…

François Hollande, c’est Houdini ! Quand il arrive au pouvoir, il dispose d’une TVA sociale déjà votée applicable au 1er octobre 2012, qui permettait de baisser les charges des entreprises. Pour ne pas avoir l’air de donner raison à son prédécesseur, il l’abroge. Puis commande un rapport à Louis Gallois qui recommande une baisse des cotisations patronales, cette fois de 20 milliards d’euros… Comme il n’y a pas trop d’argent dans les caisses, Hollande imagine un crédit d’impôts. Mais ça ne marche pas, les entreprises n’ont pas embrayé. Donc, il relance la machine avec son « pacte de responsabilité ». Pour ne pas avoir l’air de recommencer ce qui a échoué, il rajoute 10 milliards d’euros. Et pour le financer, il annonce qu’il coupera dans les dépenses publiques… Un magicien de l’illusion ! La vérité, c’est qu’il n’y arrivera pas. Et le chef de l’État aura perdu la moitié de son mandat à chercher 20 milliards d’euros pour les entreprises qu’il avait sur la table, clef en main, via la TVA sociale. Tout ce temps perdu !

Source : Le Point – Emmanuel Berretta – Le  25 février 2014