Yazid Sabeg : « Une loi sur la burqa serait une erreur politique »

de | 2010-02-16

Yazid Sabeg : « Une loi sur la burqa serait une erreur politique » - image  on http://www.billelouadah.fr Nommé en décembre 2008, par Nicolas Sarkozy, Yazid Sabeg a été chargé d’établir un programme d’action pour promouvoir la diversité au coeur des politiques publiques.
 
Né en Algérie en 1950, docteur ès-sciences économiques, Sabeg dirige également une entreprise de 4 000 personnes, spécialisée dans les télécommunications, la défense et les transports.
 
   
  Georges Frêche est-il un provocateur, un gaffeur ?
Yazid Sabeg.
M. Frêche est un personnage qui véhicule avec cynisme les sentiments les plus toxiques pour l’opinion : rance, raciste, clientéliste. Il est l’archétype du réactionnaire SFIO canal historique. Il était temps que le Parti socialiste se défasse de ce personnage, qui ose se proclamer républicain. Bien que l’on ne puisse douter de l’engagement antiraciste de nombre de ses dirigeants et militants, le PS a mis du temps pour nettoyer devant sa porte, lui qui prétend incarner la morale républicaine.
  
Mais Martine Aubry a fini par le faire…
Oui. Il faut reconnaître qu’elle en a eu le courage.
  
Les listes de l’UMP pour les régionales sont-elles assez représentatives de la diversité de la société française ?
Les partis politiques doivent encore faire beaucoup d’efforts pour faire une place réelle à la diversité et aux talents qui en sont issus. Du côté du PS et des Verts, il y a une vraie avancée pour les prochaines régionales. Malheureusement, pour les listes UMP, ce n’est pas encore le grand soir de la diversité.
   
Souhaitez-vous que le débat sur l’identité nationale se poursuive ?
Oui. Il est bon de marquer une pause pendant les régionales avant de passer à la suite. Lundi dernier s’est tenu une réunion d’étape autour du Premier ministre, à laquelle j’ai participé. Contrairement à ce qui a été rapporté, le climat était serein. Tous les participants ont pu s’exprimer et se prononcer sur la façon de poursuivre ce débat pour qu’il soit utile et mieux compris. Les premières mesures adoptées sont symboliques et de bon sens. Il faut maintenant passer à une nouvelle phase animée par une commission ad hoc la plus ouverte et la plus représentative possible. Je crois que c’est aussi le souhait du président de la République.
  
Croyez-vous que la gauche acceptera d’y participer ?
J’observe que la plupart des réserves exprimées par la gauche ont été prises en compte. Le président et le Premier ministre ont opéré un cadrage très net du débat et les dérapages ne sont tolérés par personne. La commission pourrait traiter de thèmes qui intéressent beaucoup les Français, comme j’ai pu le constater lors des débats auxquels j’ai participé en province. La gauche a des choses à dire sur l’égalité réelle comme composante de notre identité. L’enseignement de l’histoire de l’immigration et du peuplement de notre pays est aussi un point essentiel. Quel rôle pour une laïcité de tolérance dans le respect de nos règles communes ? Comment renforcer le sentiment d’appartenance nationale ? Quelle place pour la diversité ? Autant de sujets essentiels pour cette commission pour lesquels l’opinion attend le consensus.  
  
Un autre débat a surgi, celui sur la burqa…
Je vais paraphraser le président de la République : la burqa, ce n’est pas la France et la France n’en veut pas. La posture signifiée par ce vêtement est régressive et transgressive. Elle mystifie l’opinion sur l’islam et stigmatise la population musulmane dans son ensemble. C’est une provocation et c’est aussi un piège tendu à l’opinion. Mobiliser le Parlement en faveur d’une loi, du reste difficile à appliquer, sera vécu comme une initiative stigmatisante et de circonstance parce que le télescopage entre burqa et islam est mécanique. Ce serait une erreur politique.
  
Souhaitez-vous que Nicolas Sarkozy revienne en banlieue, dont il est pratiquement absent depuis l’affaire de la dalle d’Argenteuil ?
Nicolas Sarkozy n’est plus ministre de l’Intérieur, il est le président de la République. Une page est tournée. Comme président de tous les Français, il peut et doit parler à tout le monde. Les habitants des quartiers désirent le recevoir pour lui parler et l’écouter, et pas seulement sur les sujets de sécurité.
  
Comment le savez-vous ?
Ils me le disent et je sais notamment que les associations d’Argenteuil s’apprêtent à le lui demander. Le chef de l’Etat a des choses importantes à dire sur la cohésion sociale, la fierté d’appartenance, la conscience civique, l’école et l’emploi. Le gouvernement conduit une politique qui va dans le sens d’une correction des inégalités, pour la rénovation urbaine et la diversité. J’en suis l’un des témoins et des acteurs.
  
Le président va donc aller en banlieue ?
Oui, je m’en suis entretenu avec lui. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il se déplace plus souvent en banlieue. Il est d’accord pour s’y rendre.
  
Avant ou après les élections régionales ?
Ce n’est pas à moi de répondre. Il m’a dit vouloir s’y rendre vite, il est juge de la date opportune.
 
Faudra-t-il repousser l’âge légal de la retraite ou allonger la durée de cotisations ?
Il faut que nous ayons le courage de reconnaître qu’il va nous falloir travailler plus dans une journée, plus dans une semaine, plus dans un mois, plus dans une année, plus dans sa vie. Tout simplement parce que l’entrée dans la vie active est en moyenne plus tardive et que l’espérance de vie s’accroît. Mais il y a, à mon avis, un préalable à cette réforme, c’est de résoudre la question de la pénibilité. Les gens fortement sollicités, voire affectés au plan physique ou psychique par leur activité professionnelle doivent pouvoir partir plus tôt ou lorsque leur état de santé le nécessite.
  
Source : Le Parisien – Propos recueillis par Philippe Martinat – Le 14 février 2010