« Yazid a trouvé un toit pour une famille SDF »

de | 2010-12-27

Les anges gardiens ne sont pas très bavards. Yazid, lui, pense qu’il n’est pas nécessaire de mettre son nom dans le journal, il préfère modestement taire certaines anecdotes, et si ça ne tenait qu’à lui, il resterait bien volontiers dans l’ombre.

Ce jeune homme de Pierrefitte, âgé de 25 ans, arrivé de Kabylie à l’âge de 13 ans, aujourd’hui électricien, a remué ciel et terre pour que Srdjan, 46 ans, sa femme enceinte et leurs deux enfants ne dorment plus dans la rue.

Tout simplement parce qu’il ne trouvait « pas ça normal »

La rencontre des deux hommes a eu lieu au stade Fréville, il y a trois mois. Expulsé pour des impayés de loyers, Srdjan dormait là, avec sa femme et ses filles, dans une Opel break. « Avec un chauffage d’appoint au gaz, c’était dangereux », se souvient Yazid qui, comme souvent, a appelé son ancien prof de philo au lycée Utrillo, Bernard Defrance, pour savoir quoi faire.

Contacter la presse, accompagner Srdjan pour trouver une solution de toute urgence. Srdjan et les siens ont passé Noël au chaud, pris en charge par le 115 dans un hôtel d’Epinay. Cette solution provisoire n’est pas tombée du ciel. Srdjan a d’abord été accusé de ne pas vouloir aller à l’hôtel. En fait, personne ne lui avait dit que deux chambres leur étaient réservées… On a aussi menacé de lui retirer ses enfants, alors que la petite dernière, Anica, venait de naître. Yazid a alors encore pris son téléphone.

Mais il a aussi cherché d’autres solutions, convaincu qu’il « ne faut pas toujours s’accrocher à l’Etat ». La médiatisation a ému un détenu de la maison d’arrêt de Poissy. Ce détenu de 60 ans propose de louer sa maison meublée à Argenteuil… Encore faut-il régler les formalités et, pour cela, obtenir un permis de visite en prison. Yazid, qui trouve toujours une porte où frapper, a pris conseil auprès des Robins des lois. « J’écoute beaucoup la radio, et quand j’entends parler d’une association, je le note et recherche ensuite les coordonnées sur Internet. »

Cet enfant de Pierrefitte n’en est pas à son premier coup de main. Avec un ami qui partage la même passion des sports de combat, il a monté une association nommée Astuces, justement pour mettre en relation les besoins des uns et des autres.

Source : Le Parisien – Carole Sterlé – Le 27 décembre 2010