Villepin : « Je suis en colère »

de | 2008-10-11

Villepin : « Je suis en colère » - image leparisien11102008_2 on http://www.billelouadah.fr Maison de l’Amérique Latine (Paris VIIème) – Dominique de Villepin, dont les ennuis judiciaires sont loin d’être terminés, dédicace son dernier livre sur Napoléon : « La chute ou l’empire de la solitude » (LP/Philippe de Poulpiquet)

L’ex-Premier ministre réagit au dernier rebondissement du feuilleton : alors qu’on semblait s’acheminer vers un non-lieu, le procureur réclame le renvoi en correctionnelle de Villepin. L’intéressé y voit « de l’acharnement ».

Il y a encore quelques jours, Dominique de Villepin croyait apercevoir le bout du tunnel judiciaire. Mis en cause dans l’affaire Clearstream, l’ancien Premier ministre espérait bénéficier d’un non-lieu. Suite logique, expliquaient ses avocats, d’une absence de charges dans cet imbroglio qui date de 2004. Dans le microcosme, certains pariaient déjà sur un retour politique en fanfare pour l’ex-rival de Nicolas Sarkozy.

Mais le 6 octobre, à la surprise générale, le procureur de Paris, Jean- Claude Marin, réclame le renvoi de Villepin devant un tribunal correctionnel pour y répondre de « complicité de dénonciation calomnieuse ». Selon lui, l’ex-chef du gouvernement a su rapidement que les fameux listings étaient faux et il aurait dû en avertir la justice. Muet depuis le réquisitoire, Dominique de Villepin, qui était en Grèce ces derniers jours, accepte pour la première fois de commenter cette décision judiciaire.

«Je suis surpris et en colère, nous confie-t-il. J’ai toujours dit que, compte tenu de l’absence de charges, le non-lieu s’imposait. Vous êtes toujours étonné quand vous êtes innocent d’être victime d’un certain acharnement. Oui, il y a acharnement. Il y aura un procès, eh bien,soit, je m’y préparerai.»

« Aujourd’hui, on veut reconstruire une vérité »

Villepin aurait-il dû prévenir la justice à l’été 2004, apprenant que les listings comportant le nom de certaines personnalités, dont celui de Nicolas Sarkozy, étaient truqués ? Il s’en défend. «Onne peut pas à la fois m’accuser d’en avoir trop fait et dans un deuxième temps de ne pas en avoir fait assez. Il y a des incohérences et des insuffisances dans ce qui m’est reproché. Jusqu’à la fin de l’année 2004, personne ne pouvait dire qu’au mois de juillet on savait avec certitude que ses listings étaient faux. Fallait-il interrompre le cours de la justice ? Ce n’était pas monavis et aucun élément dont nous disposions ne m’incitait à le faire. Aujourd’hui, on veut reconstruire une vérité, dans un exercice totalement anachronique, avec des informations dont on ne disposait pas à l’époque. Quand vous prenez les notes de laDST à la fin juillet, quand vous prenez les notes de la DST à la fin de l’année, quand vous prenez les notes du général Rondot adressées à sa ministre (NDLR :Michèle Alliot-Marie à laDéfense) tout au long de 2004, les interprétations faites aujourd’hui ne sont pas conformes à la vérité d’alors. Quand un ministre de l’Intérieur a des doutes, il ne peut pas agir comme s’il avait des certitudes. Il y a des précautions à prendre, des vérifications à faire, des évaluations. Et c’est exactement ce qui a été fait en toute transparence. »

« En politique, il y a souvent la tentation de salir »

Quel rôle a joué Nicolas Sarkozy dans le futur renvoi en correctionnelle de l’ex-Premierministre ? L’Elysée a-t-il fait pression d’une façon ou d’une autre sur le procureur de Paris qui, en juin dernier, semblait privilégier un non-lieu ? Les proches de Villepin ne sont pas loin de le penser et reprochent, sans avoir de preuves, au chef de l’Etat de continuer à vouloir régler ses comptes. L’ex-Premier ministre, lui, ne souhaite pas relancer la polémique. « En politique il y a souvent la tentation de salir, glisse-t-il simplement. Moi, on a voulu me salir. J’ai rencontré deux fois Nicolas Sarkozy récemment mais nous avons parlé de politique internationale et des grands enjeux de la planète. Je ne veux pas faire d’interprétation, je laisse ça aux autres. »

Le procès pourrait avoir lieu d’ici à un an, peut-être un an et demi. La traversée du désert va donc se poursuivre pour l’écrivain devenu également avocat d’affaires. « Je ne maîtrise pas le calendrier judiciaire mais je suis tout à fait tranquille, tout à fait serein, conclut Domnique de Villepin. Cela n’hypothèque en rien la vie qui est lamienne, mon engagement politique. Je continue à travailler, à écrire, à préparer des ouvrages dans différents domaines de lavie internationale et littéraire. Je suis déterminé à ce que la vérité apparaisse. »

Source : Le Parisien – Le 11 octobre 2008