Trop malade pour travailler à l’usine PSA

de | 2008-09-07

Trop malade pour travailler à l’usine PSA - image lpandredurand_2 on http://www.billelouadah.fr  «C’est injuste», répète Khalid El Haouari, d’un ton posé. A 31 ans, et après sept ans passés au sein de l’usine PSA Peugeot-Citroën, cet ouvrier risque aujourd’hui d’être licencié… pour avoir été « trop » malade. L’année dernière, le jeune homme, qui travaille sur la chaîne de montage, a manqué cent vingt jours.
« Mes absences ont toujours été justifiées, souligne-t-il. J’ai eu une fracture du pied qui m’a valu un arrêt de trois mois. Ensuite, j’ai subi une opération de la cloison nasale, pour laquelle j’ai aussi dû arrêter de travailler. » Cette année, il reconnaît dix-sept jours d’absence, contre les vingt évoqués par le service des relations sociales dans un courrier. « J’ai eu une bronchite, mais aussi des tendinites qui sont liées aux gestes répétitifs du travail », indique-t-il.
   
Menacé de licenciement
   
Hier matin, plusieurs de ses collègues lui ont manifesté leur soutien en l’accompagnant à son entretien préalable à licenciement. La CGT dénonce une « chasse aux malades ».
Du côté de la direction, on refuse pour le moment de s’exprimer sur une affaire en cours, « pour laquelle la décision n’a pas encore été prise ». Dès le 25 mai 2007, le service des relations sociales de l’usine écrivait à Khalid El Haouari : « Le caractère imprévisible et successif de vos absences crée des perturbations et une désorganisation objective de l’activité (…). » Le 8 avril dernier, il avertissait l’intéressé qu’une nouvelle absence entraînerait « une mesure de rupture de (son) contrat de travail ». Si le Code du travail interdit le licenciement d’un salarié malade, la jurisprudence de la Cour de cassation permet à une entreprise de licencier un employé, à condition de prouver que ses absences sont un facteur de désorganisation. Pour la CGT, l’argument ne tient pas. « Dans cette usine, on compte environ 4 000 salariés. Le taux d’absence est de l’ordre de 4 %. Il existe un système de remplacements qui permet à la production de se poursuivre sans problème », indique Philippe Julien, responsable du syndicat. « Ça fait vingt ans que la direction de PSA essaie d’utiliser ce motif pour licencier. Il y a eu des précédents, mais les salariés ont toujours gagné en attaquant en justice », indique Philippe Julien, délégué CGT. Le syndicat affirme qu’il assignera PSA en référé si Khalid El Haouari est effectivement licencié.
   
Trois anciens de FEDEX ont saisi les prud’hommes
Chez FEDEX aussi, des absences répétées peuvent vous coûter votre place. Sabine, Céline et Boucif en ont fait l’expérience. Ces employés de l’entreprise de messagerie basée à l’aéroport de Roissy ont été licenciés au début de l’année, à la suite de plusieurs arrêts maladie.
Céline avait manqué 25 jours en 2007, Sabine avait cumulé 45 jours d’absence et Boucif 118 jours…
Des arrêts toujours justifiés, mais beaucoup trop nombreux, selon la direction. « Vos absences désorganisent fortement le service auquel vous êtes rattaché », telle était la formule invariable employée dans les courriers envoyés aux employés. Ces derniers n’ont pas accepté la décision. Soulignant que leurs problèmes de santé (asthme, allergies, maux de dos) ont débuté après leur embauche, ils ont porté leur dossier devant le tribunal de prud’hommes de Bobigny, soutenus par la CGT qui dénonce une forme de « licenciement préventif » pour écarter des salariés dont l’état de santé serait jugé trop fragile. L’affaire doit passer en bureau de jugement le 22 décembre prochain.

   
Source : Le Parisien – Gwenael Bourdon – Le 06/09/2008