Seine-Saint-Denis : une rentrée qui bouge

de | 2008-09-05

Jour J hier pour les 305 000 élèves et 16 400 enseignants du département. L’heure des découvertes, des nouveautés, des surprises bonnes ou mauvaises.
 

Seine-Saint-Denis : une rentrée qui bouge - image leparisien19082008_2 on http://www.billelouadah.fr  Sport et musique à Aulnay
Les élèves de la 6ème 10 s’attaquent à la traditionnelle fiche de renseignements : nom, prénom, profession des parents… « Les musiciens, vous m’écrivez de quel instrument vous jouez. Pour le tennis, vous précisez où vous vous entraînez et dans quel club vous êtes. » Car cette classe à horaires aménagés accueille de jeunes sportifs et mélomanes triés sur le volet. Le plus gros collège du 93 (1 000 élèves) abrite aussi la seule section sportive de haut niveau, en gym et tennis. Il y a quelques années, elle a accueilli le jeune Thomas Bouhail, médaillé d’argent en gymnastique lors des JO de Pékin. « Mais aussi Arnaud Willig, qui s’entraîne à l’Insep avec Thomas, Mathieu Jordan qui est champion d’Europe junior en saut… » énumère Jérôme Saez, prof d’EPS et entraîneur au club des Amis gymnastes d’Aulnay.
De quoi faire rêver les trois petites gymnastes de la classe qui ont admiré Thomas dans le club aulnaysien avant de le voir à la télé. « Ça fait tout bizarre », murmure la blonde Laury. « Ici, c’est un haut niveau en gym. Ca nous permettra d’évoluer », estime Louise, qui a débuté comme le champion à Villemomble. Pour cela, il faudra travailler dur. Les 24 élèves auront leurs cours le matin, puis des heures de soutien le midi avant de rejoindre le conservatoire ou leurs clubs l’après-midi. L’année sera longue, mais le principal, Sylvain Poncet, songe déjà à la remise des diplômes en juin, « avec Thomas Bouhail et d’autres anciens élèves ».

A Saint-Ouen, on essuie les plâtres
Rentrée « rock’n’roll » pour le directeur de ce nouveau groupe scolaire, qui compte cinq classes de maternelle et six classes d’élémentaire, pour environ 285 élèves (dont les enfants Roms du village d’insertion tout proche). Après avoir passé la matinée à courir, des parents qui protestent contre le nombre élevé d’enfants dans certaines classes aux petits conseils au chef des travaux, Thierry Duez se pose quelques instants dans la cour pour donner ses consignes aux élèves demi-pensionnaires.
On entend au loin perceuses et coups de marteaux. La future école Nelson-Mandela est encore en travaux. Les classes, les « salles de propreté »
(NDLR : les toilettes) et la cantine sont prêtes, mais le hall d’entrée, la salle de sports, la bibliothèque et le centre de loisirs ne le seront pas avant un mois.
Mais personne ne se plaint. Le directeur dit « bénéficier de moyens considérables » et espère en faire une école « modèle et innovante ». Les enseignants se disent « privilégiés de travailler dans une école toute neuve et dotée d’un personnel nombreux ». « Les enfants nous posent plein de questions, avoue une jeune institutrice. Certains voulaient même la visiter. » Mis à part la polémique sur les effectifs, les parents sont eux aussi comblés. « Malgré le chantier, les enfants sont très bien accueillis, sourit Malika, maman d’Erwan, 8 ans. Et puis c’est une belle école pour une ville de banlieue. C’est ça, l’égalité des chances ! »

A Dugny, 17 écoliers testent le busing
Ils s’appellent Dario, Sarah, Azzedine ou Neevath, ont entre 8 et 10 ans et font figure de pionniers. Hier matin, ces 17 écoliers de Dugny font partie des 150 élèves français à expérimenter le « busing », dispositif du plan Banlieue qui veut favoriser la mixité sociale en scolarisant les enfants de quartiers défavorisés dans d’autres secteurs. A 8 heures, un bus attend les élèves devant leur ancienne école de la cité du Pont-Yblon, isolée du reste de la ville par l’aéroport. Direction : le centre-ville et l’école Paul-Langevin, à cinq km et un quart d’heure de route. « Pour ces gamins qui vont sortir de leur quartier, c’est une ouverture totale, ça va leur faire un bien fou », s’enthousiasme le maire UMP André Veyssière. Au départ réticents, les parents se sont laissés convaincre, comme Béatrice, la mère d’Adeline, en CM 1 : « Cela va lui permettre d’être plus responsable », admet-elle. « Moi, je fais ça pour qu’elle réussisse mieux, confie Samuel, le papa de Françoise, qui a des difficultés en lecture. Les cours seront mieux adaptés et ils seront moins nombreux par classe. »
Quant aux intéressés, ils ont quitté sans trop de regrets l’école Colonel-Fabien qui les a vus grandir. « On va se faire de nouveaux amis. Les anciens, on les verra dans la cité », explique Jérémy. Un peu triste de quitter sa maîtresse, Sarah, 10 ans, s’est fait une raison : « Je pense que je vais être meilleure élève ici. »

Au Bourget, les sixièmes suivent le guide
«Bonjour, je suis M. Dubois, guide professionnel. D’habitude, je fais visiter la tour Eiffel mais exceptionnellement, je vais vous faire découvrir votre nouvel établissement. Suivez le guide. » Rentrée pour le moins originale pour les élèves de la classe de 6ème 1. L’homme au costume sombre et parapluie bleu qui les conduit dans les couloirs est un artiste de rue. Pour la troisième année, Serge Hamon, de la Cie Sham, met un peu de légèreté dans cette journée solennelle. « Cette fresque a été réalisée par Salvador Dali, un ancien élève », annonce-t-il, pince-sans-rire, dans la cour. Plus loin, il fait sortir une enseignante de la salle des professeurs et la fait applaudir par les collégiens. Plus sérieusement, il leur transmet les règles élémentaires de conduite et de sécurité, leur explique le fonctionnement de la cantine, à quoi sert l’assistante sociale… « C’est comme une psy ? » lui demande une fillette. Il leur présente leurs principaux interlocuteurs, de la gardienne à la nouvelle principale. Suzanne Thillay sort de son bureau pour leur souhaiter la bienvenue : « J’espère que vous serez tous sages comme des images ! » La visite dure une demi-heure et les six classes de 6ème y ont droit. « Cela les met à l’aise et les cadre », apprécie le principal adjoint, Bernard Civeyrac. La petite Mélissa se dit « rassurée » : « Le collège est plus grand et propre que je croyais. »
 
Source : Le Parisien – Julien Duffé, Gwenaël Bourdon, Eric Bureau – Le 03/09/08