Sécurité : La police satisfaite de ses nouvelles unités de quartier par Carole Sterlé / Le Parisien

de | 2008-06-18

Sécurité : La police satisfaite de ses nouvelles unités de quartier par Carole Sterlé / Le Parisien - image leparisiencs on http://www.billelouadah.fr

   Depuis deux mois, les Uteq arpentent les cités de Saint-Denis, La Courneuve et Clichy-Montfermeil où la délinquance baisse, comme ailleurs dans le département.

Voilà deux mois que les Uteq ont pris leurs quartiers en Seine-Saint-Denis. Derrière cet acronyme barbare, se cache l’un des nouveaux outils du plan d’action de la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, supposé «rétablir la confiance entre la population et la police». Résurgence de la défunte police de proximité, à quelques différences près (travail avec les autres services de police, pas de tâches administratives ni de procédures), les nouvelles unités territoriales de quartier sont expérimentées au Franc-Moisin et à Bel-Air à Saint-Denis, aux 4 000 à La Courneuve et sur le plateau de Clichy-Montfermeil.

Dans le futur, ce dispositif doit être étendu au reste de l’Hexagone.
Hier, pour la première fois depuis le 14 avril, des journalistes ont été autorisés à rencontrer quelques-uns de ces policiers et commissaires qui, chiffres à l’appui, dressent un bilan d’étape encourageant.
En Citroën Jumper, mais surtout à pied, les policiers arpentent les quartiers de 13 heures à 21 heures, tranche horaire modulable en fonction des événements. Ils se présentent aux associations et commerçants, traquent les délinquants, sécurisent des lignes de bus, fouillent des halls d’immeubles où ils trouvent parfois de la résine de cannabis, ou un pistolet automatique, comme sur le plateau de Clichy-Montfermeil, font enlever les voitures-épaves qui alimentent le sentiment d’abandon des habitants, ou encore délogent les garages de mécanique sauvage…
Des «délégués de cohésion police-population» leur prêtent main-forte. Ces policiers à la retraite jouent l’interface pour faire remonter les attentes de la population.
 
«L’expérience porte ses fruits, on est optimiste»
 
«C’est la première fois depuis des années qu’on peut discuter ainsi avec des policiers», se réjouit une responsable associative de Clichy-sous-Bois, qui «attend quand même de voir». «Au début, il y avait des tensions, mais c’est passé», commente Pascal Delannoy, de l’Uteq de Montfermeil. C’est à Saint-Denis surtout que l’accueil a été le plus hostile. En guise de bienvenue, les policiers ont eu droit à des pierres. Des peines judiciaires fermes ont permis de mettre les points sur les i et le climat s’est depuis amélioré (lire ci-dessous : *«On avait plus de moyens sur un secteur plus petit»).
Par leur présence dissuasive, ces policiers armés de tonfas, Taser et flash-ball doivent aussi faire remonter des informations utilisées par d’autres services. «L’expérience porte ses fruits, on est optimiste», commente Thibault Dubois, commissaire de Gagny, coresponsable de l’Uteq de Montfermeil. Sur ces trois secteurs, la délinquance générale et de proximité baisse, mais cela ne saurait être le seul fait des Uteq puisque c’est la tendance générale dans le département. Au Franc-Moisin – Bel-Air, les vols à la portière ont baissé de 30 % en mai. «Des résultats encourageants, même s’il faut rester humble, parce qu’on n’est jamais à l’abri d’une flambée de violence», tempère Pascale Dubois, commissaire du district de Saint-Denis.

*«On avait plus de moyens sur un secteur plus petit»
Deux anciens de la police de proximité à Montfermeil et La Courneuve
La police de proximité a aussi connu des débuts difficiles il y a dix ans. Laurence Stapf, à Montfermeil, et Loïc Le Couplier, aux 4 000 Sud à La Courneuve, tous deux délégués Alliance, se souviennent des caillassages, insultes, traquenards… « Il a fallu au moins six mois pour que ça aille mieux, mais on avait plus de moyens que les Uteq », racontent-ils.
Ils étaient 33 à Utrillo, 22 à La Courneuve dans un secteur deux fois plus petit que celui dévolu aux Uteq. « On tenait la cité, estime Laurence Stapf. On avait nos entrées partout, on était capable d’aider autant que de réprimer et on n’a jamais joué au foot avec les jeunes ! » « On travaillait en autarcie, rappelle Loïc Le Couplier. On connaissait les gens par leurs surnoms, on connaissait les familles, qui sortait avec qui… Des délinquants nous disaient qu’on leur faisait la misère, ils nous craignaient parce qu’on était imprévisibles. »
Ecueil de ce travail à huis clos, les renseignements circulaient moins entre services. "Si les Uteq réussissent à bien connaître la population, leur action pourra porter ses fruits. C’est un travail sur la durée", ajoute-t-il.
   
Source : Le Parisien / Carole Sterlé – Le 17 juin 2008