Santé : « Le bonus financier n’a pas enrayé la pénurie de médecins » par Elodie Soulié / LP

de | 2008-06-26

   Nouveau découpage mais constat identique : la Seine-Saint-Denis reste l’un des départements franciliens où la pénurie de médecins libéraux se fait le plus sentir. L’an dernier, quatre zones y étaient classées « sous-médicalisées » (Clichy-Montfermeil, La Courneuve, Bobigny, Pierrefitte). Désormais, le 93 compte des villes « très sous-dotées » et d’autres « sous-dotées ».
Les premières, parmi lesquelles Bobigny, Pierrefitte, Pantin, Romainville, Villetaneuse et Tremblay-en-France, sont les parents pauvres de la médecine libérale. A peine mieux loties, les « sous-dotées » comprennent Aulnay, Saint-Denis, La Courneuve et Stains, selon les critères de la Mission régionale de santé*.
A l’ordre départemental des médecins, on n’est pas surpris de cette dernière carte de la démographie médicale, pas plus que de l’échec relatif du bonus de 20 %. Cette mesure incitative entrée en vigueur début 2007 vise à attirer les praticiens dans les zones de désert médical et à promouvoir la permanence des soins.
 
Elargir les critères d’attribution
   
Un an et demi après la signature de l’accord entre l’assurance maladie et les principaux syndicats de libéraux, le « 20 % en plus », directement versé par la CPAM, a montré ses limites. Si la carotte a apporté une aide annuelle d’environ 20 000 € par médecin bénéficiaire, selon l’évaluation de la Sécurité sociale, elle n’a pas vraiment créé de vocations. « Sur un millier de médecins inscrits en Seine-Saint-Denis, elle n’a concerné que 21 praticiens », souligne le Dr Fellous, président de l’ordre départemental, pour qui les critères d’attribution retenus ne pouvaient pas faire de miracle. « Elle ne bénéficiait qu’aux médecins qui se regroupent, et à condition d’exercer dans l’une des zones recensées comme sous-médicalisées, rappelle-t-il. Or le regroupement est une démarche particulière, et les praticiens installés dans le département n’y sont pas forcément prêts. »
La preuve, une seule maison médicale s’est ouverte depuis 2007, dans le quartier de la Rose-des-Vents, à Aulnay. Et ce n’était pas un nouveau cabinet de groupe, mais un déménagement de trois médecins déjà associés ("A Aulnay, un regroupement réussi") .
Le bonus de 20 % est-il alors menacé ? A priori non, mais l’ordre départemental voudrait en faire profiter les médecins indépendants. « Cela aurait plus d’effet », pronostique le docteur Fellous, qui parle de « l’érosion lente, mais réelle » de la démographie médicale de Seine-Saint-Denis. « On inscrit une vingtaine de médecins nouveaux chaque mois, dont les trois quarts de salariés, notamment dans les hôpitaux, et un quart de libéraux. Mais chaque mois l’on compte aussi un libéral en moins… »

* Les missions régionales de santé, instituées par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008, sont chargées de définir les zones rurales et urbaines où peuvent se justifier des dispositifs d’aide à l’installation des médecins libéraux.
   
Source : Le Parisien – Le 25 juin 2008 – Elodie Soulié