Rassemblement du Centre : « Allocution de Jean ARTHUIS à Vannes le 8 septembre 2012 »

de | 2012-09-12

Rassemblement du Centre : Allocution de Jean Arthuis

Les enseignements de la déroute centriste, appel au rassemblement pour retrouver notre place et mettre nos idées en débat


Vannes est un lieu privilégié pour nous réunir en vue de nous rassembler. Le Morbihan et la Bretagne sont par tradition des terres centristes. C'est dire si les péripéties récentes sont riches d'enseignements pour la famille centriste. Les déceptions et les déconvenues sont un terreau fertile pour nourrir la réflexion. Nous disposons désormais d'enseignements partagés. L'heure de la refondation est venue.

La gauche tient tous les pouvoirs en France depuis l'élection de François Hollande et les élections législatives qui ont suivi. Minimisant la gravité de la crise économique et sociale, la nouvelle équipe gouvernementale détricote les lois de l'ère Sarkozy et tente fébrilement de donner corps à ses illusions, multipliant les instances de concertation et de discussion pour masquer l'absence d'action dans une communication tous azimuts. Le feu est dans la maison, et les secours s'en tiennent aux considérations rhétoriques. A droite, l'UMP attend son nouveau leader et les candidats à la succession de Nicolas Sarkozy occupent l'espace résiduel de la scène médiatique. La voix des centristes se fait attendre à défaut de se faire entendre. Il nous a fallu une décennie pour mettre en jachère notre champ politique, celui occupé naguère par l'UDF. Avec une franche détermination, nous avons mis en pièces notre famille. En 2002, au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle, Jacques Chirac, surpris d'affronter au second tour Jean-Marie Le Pen, crée l'UMP.

Il est alors rejoint par nombre de députés sortants qui prennent congé de l'UDF pour fonder le grand parti de droite. Près d'un sénateur centriste sur deux prend le même chemin quelques semaines plus tard. Notre camp, au plan parlementaire, s'amenuise. C'est la première vague. La seconde vient dès le lendemain du premier tour de l'élection présidentielle de 2007. Le bon score de François Bayrou ne fait l'objet d'aucune discussion en vue de prendre rang pour une éventuelle participation dans la nouvelle équipe gouvernementale. Le score inespéré passe par pertes et profits. La plupart des députés sortants tentent un partenariat à la lisière de l'UMP dont ils mesureront assez vite les limites. Les chapelles centristes fleurissent, achevant un processus de centrifugation qui rend inaudible notre message. La guerre des ego s'exacerbe dans une totale cacophonie. Les rendez-vous électoraux de 2012 tournent au cauchemar. Sans doute devions-nous aller jusqu'au bout de cette spirale, et je veux croire que nous y sommes enfin parvenus, pour réfléchir sur notre rôle et notre place dans la vie politique française. 

Bonne nouvelle, dispersés, nous existons encore. C'est si vrai qu'en dépit de luttes électorales picrocholines, un groupe de députés a pu se constituer, au centre, plus nombreux aujourd'hui qu'il ne l'était avant le renouvellement de l'Assemblée nationale. Belle performance à laquelle le groupe des sénateurs centristes était parvenue en septembre 2011.

ENSEIGNEMENTS :
1 – La stratégie d'un centre « ni à droite, ni à gauche » est géométriquement fondée mais chimérique en politique dès lors que le centre n'est pas à lui seul majoritaire. S'il est vrai qu'une formation politique doit être indépendante, elle doit penser à des alliances de gouvernance compatibles avec les valeurs et le projet qu'elle porte. L'indépendance ne doit pas conduire à l'isolement, car l'isolement aboutit à la marginalisation. La ligne suivie par la Direction de l'UDF depuis 2002 est un échec absolu ;

2 – L'élection présidentielle et son corollaire, les élections législatives, viennent de confirmer la bipolarisation. Dès lors, les acteurs politiques doivent prendre position clairement dans leurs alliances de gouvernement, tant aux plans national que local. L'élection de François Hollande démontre que la gauche au pouvoir n'a pas besoin de François Bayrou. Les radicaux de gauche incarnent les limites centrales de la nouvelle majorité ;

3 – Notre place est bien au centre droit, là où sous la bannière de l'UDF, ensemble jusqu'en 2002, nous défendions nos valeurs identitaires autour de l'économie sociale de marché et du fédéralisme européen. C'est bien sur cette position que nous avons pris part à des alliances nous donnant les moyens de prendre part à des exécutifs, d'agir, de gouverner, et d'exercer des responsabilités ;

4 – La désagrégation de notre famille a donné lieu à la constitution de chapelles qui se sont neutralisées mutuellement. Les dernières élections législatives ont donné lieu, notamment pour des motifs de financement des partis, à des confrontations de multiples candidats centristes. Spectacle affligeant que les électeurs ont sanctionné. En marge de cette déroute programmée, ceux de nos candidats qui ont été élus ont émergé par leurs qualités personnelles mais aussi par les accords conclus avec l'UMP. Avec toutefois une exception dans le Tarn. Seul Philippe Folliot, en effet, est sorti victorieux de l'adversité farouche du PS et de l'UMP ; 

5 – Ainsi vaporisé, éclaté, divisé, atomisé, le centre est devenu cacophonique, inaudible, insignifiant, inutile, voire parasitaire et donc méprisable face à la gravité de la crise et des problèmes que nous devons résoudre. Pris dans une spirale de l'absurde, nous avons cessé de réfléchir collectivement et nos messages ont manqué de tranchant pour trouver place dans l'espace médiatique saturé par le jeu politicien rituel. L'urgence est de retrouver nos repères, d'exprimer notre vision, notre projet, notre éthique de la gouvernance publique, retrouver notre enracinement territorial. Notre signature doit être suffisamment originale pour justifier notre volonté d'exister politiquement, au service du pays et de nos concitoyens ;

6 – La bipolarisation ne conduit pas nécessairement au bipartisme. A droite, deux tempéraments coexistent : les bonapartistes et les humanistes. Leur organisation partisane est spécifique, les premiers ont le culte du chef et marchent en rang serrés, les seconds sont attachés à une gouvernance participative et rejettent tout manichéisme. Leur alliance n'est fructueuse que si chacun des partenaires tient sa place dignement, sans complexe. Contre sa nature, la gouvernance de l'UDF s'est focalisée à outrance sur le présidentialisme à compter de 2002, c'est pour cette raison qu'elle est entrée dans un processus de désagrégation, perdant ses élus au fil des consultations électorales ;

7 – Pour retrouver notre place sur l'échiquier politique, nous devons d'abord travailler le fond et cesser d'amuser la galerie avec des propos de circonstance, démontrer notre valeur ajoutée pour sortir de la crise, conduire les réformes, faire preuve de lucidité et de courage. Nos réponses claires, nos propositions marquées du sceau de la faisabilité sont attendues à propos de questions cruciales : compétitivité de l'économie, réduction du chômage, équilibre des comptes publics, désendettement, souveraineté partagée au sein de la zone euro, gouvernance de l'Europe ;

RESOLUTIONS :
1 – Notre place sur l'échiquier politique est au centre droit, c'est bien là que nous existons et c'est bien là que les Français nous attendent ;

2 – Notre devoir est de nous retrouver, nous rassembler pour travailler le fond et formuler des propositions originales, conformes à nos valeurs, à l'écart du jeu politicien classique. La seule question qui compte est de savoir comment nous sortons la France et l'Europe de la crise ;

3 – L'urgence est de nous organiser et de nous doter d'une gouvernance exemplaire. L'idéal est de former un parti unique, signe distinctif de tous ceux qui se rassemblent en confiance. La guerre des chefs appartient au passé. Il n'est pas question ici et maintenant de présidentielle 2017. La préparation commune de cette échéance viendra en son temps. En revanche, il y a urgence à préparer les élections municipales et européennes de 2014. Les responsabilités doivent être réparties entre ceux qui sont prêts à les exercer. La démocratie interne appelle le débat et le recours à l'élection en tant que de besoin pour répartir les responsab
ilités. Pour nos premiers pas, évitons de nous donner en spectacle en vue de la conquête des responsabilités. 

4 – L'Alliance centriste, conformément à sa vocation, est prête à fusionner avec les autres composantes du centre pour constituer un parti unique. Nous avons retenu les leçons de notre histoire « le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble, il disparait lorsqu'ils se séparent ! ». Comme vous, je ne doute plus de l'avenir de notre famille. Sa refondation est en cours. Notre responsabilité individuelle et collective est totalement engagée. Naturellement, nous souhaitons aboutir le plus tôt possible. En rupture avec les pratiques usuelles, nous démontrerons que pour nous l'effectivité prime l'annonce.

Source : alliancecentriste.fr – Le 10 septembre 25012