Quartiers : Les maires redoutent une rénovation urbaine au rabais

de | 2008-06-20

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La ministre du Logement a beau se montrer rassurante, les élus s’inquiètent de la poursuite des chantiers alors que le coût de la construction flambe.

Il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter. La rénovation urbaine, lancée en 2004 par Jean-Louis Borloo, ira à son terme. C’est ce qu’a affirmé, hier, Christine Boutin, la ministre du Logement et de la Ville : « L’Anru (NDLR : Agence nationale de la rénovation urbaine) marche très bien. Elle joue un rôle majeur dans la restructuration des quartiers fragiles. »

Pour autant, sur le terrain, des difficultés apparaissent. Des chantiers tardent à démarrer. D’autres sont dans l’attente de financements. Et les factures s’alourdissent. En trois ans, le prix moyen de revient des opérations de logement social a augmenté de 37 %. « Entre la signature de la convention et le début des travaux, il se passe souvent plusieurs années. Entre-temps, les prix des matières premières ont explosé et les entreprises, saturées de commandes, préfèrent travailler au Vésinet plutôt qu’à Mantes-la-Jolie », explique Pierre Cardo, le député-maire UMP de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). L’urgence est telle que le 30 juin, en Seine-Saint-Denis, la préfecture réunit les maires, les bailleurs et les entreprises de construction sur le sujet.

Christine Boutin promet de respecter les engagements

Le départ du directeur de l’Anru, Philippe Van de Maele, en avril, a ravivé les interrogations. Certains se demandent si les projets iront jusqu’au bout. Interrogée hier par « le Parisien » à la veille du Conseil interministériel de la ville (CIV), Christine Boutin a balayé ces craintes. Elle estime possible de respecter les engagements et refuse de parler d’un « Anru 2 », évoqué par la secrétaire d’Etat à la Politique de la ville, Fadela Amara : « Nous avons les financements et ils sont beaucoup plus importants que les engagements pris. » Reste que l’Anru rechigne à verser des rallonges.

A Aulnay-sous-Bois, par exemple, le surcoût lié au retard sera pris en charge par la commune : « 31 à 35 millions d’euros contre 21 à l’origine ! » calcule le maire (PS) Gérard Ségura, qui craint de devoir « rogner sur la future ZAC ou les crèches » et use du « lobbying » pour obtenir davantage de subventions. Autant dire que la course aux financements est lancée. « L’Anru va devoir hiérarchiser ses priorités. Aux Bosquets, il n’est pas envisageable qu’on ne démolisse pas la septième barre des Bosquets, sous prétexte que la convention de 2004 ne le prévoyait pas », estime Xavier Lemoine, maire (UMP) de Montfermeil. Si la rénovation a toute chance d’aboutir dans les quartiers emblématiques, comme les Bosquets à Montfermeil ou les 4 000 Nord à La Courneuve, d’autres villes craignent d’être oubliées. « Va-t-on continuer à afficher une vraie ambition ou va-t-on gérer a minima, quitte à laisser de côté des îlots de male vie ? », questionne Gilles Poux, le maire (PC) de La Courneuve.

La rénovation urbaine doit permettre la métamorphose de 530 quartiers dans toute la France d’ici à 2013. Hier, Christine Boutin affirmait que le cap serait respecté.
   
Source : Le Parisien – Le 19/06/2008 – Gwenael Bourdon et Nathalie Perrier