« Quand Borloo se prend à rêver… »

de | 2011-03-19


Redevenu député et affranchi du président, Borloo se verrait bien en outsider de la droite…
(Photo EPA)

Juppé qui jubile en secret, Fillon qui rumine, Borloo qui se prend à rêver et Sarkozy, un brin parano… A droite, aucun scénario n'est désormais exclu pour 2012.

 
Juppé prétend avoir le triomphe modeste.
Il y eut la harangue étincelante de Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité de l'Onu du 14 février 2003. Il y a désormais l'allocution impeccable d'Alain Juppé du jeudi 17 mars 2011. Moins de grandiloquence, moins de cheveux, un front plissé, de petites lunettes hexagonales, ça ne s'invente pas. Mais une vraie victoire : la résolution autorisant des frappes en Libye a été votée. Une semaine jour pour jour après avoir été ridiculisé par la diplomatie parallèle de Bernard-Henri Lévy, le ministre des Affaires étrangères fait mieux que reprendre la main : il a forgé le consensus de la communauté internationale. Certes, Nicolas Sarkozy ne manquera pas, et à raison, de tirer la couverture à lui, mais c'est Juppé qui a porté la voix de la France.

Un homme rumine secrètement: François Fillon. Le Premier ministre, passé maître dans l'art d'affaiblir ses concurrents – jadis Xavier Bertrand, naguère Jean-Louis Borloo et récemment Jean-François Copé – a aujourd'hui, en la personne de Juppé, un rival autrement redoutable. C'est d'ailleurs toute l'habileté de Sarkozy d'avoir mis ces deux fauves-là en situation de se neutraliser.

Borloo se prend pour un recours. Il faut voir la mine contrite de ce ministre peu suspect d'anti-sarkozysme, tandis qu'il murmure : «La vraie question, ce n'est plus : "Qui à côté de Sarkozy?", mais "Qui à la place de Sarkozy?''». Voilà encore quelques semaines, seuls les plus audacieux des fillonistes se risquaient, sous le sceau de l'anonymat, à poser cette question interdite. À présent, l'interrogation taraude la droite entière.«Nicolas est en chute libre. On a pris conscience que ça ne reviendrait pas et ça, c'est un événement, expose un dirigeant de la majorité. Ce phénomène change les comportements». Les espoirs des alternatives, aussi. François Fillon et Alain Juppé, évidemment. Mais aussi… Jean-Louis Borloo. Le président du Parti radical est convaincu que le fait d'avoir refusé de rester ministre de Sarkozy lui donne un avantage sur les deux autres : contrairement à eux, pense-t-il, lui ne saurait être accusé de trahir le Président.

Sarkozy a sa liste de fautifs. Le chef de l'État n'en finit pas de se présenter en victime du sort, de la mauvaise foi et de la haine des autres. Dans le huis clos du petit-déjeuner de la majorité, mardi dernier, il s'en est pris à tout le monde. Aux journalistes, qui l'accablent quand il réagit trop tard sur la Tunisie et qui lui reprochent d'avoir gesticulé trop tôt sur la Libye.«Faudrait savoir», a-t-il tonné. Aux voix humanistes, si promptes à le dénigrer quand il reçoit Kadhafi, mais bien silencieuses maintenant qu'elles devraient louer son action.«Je ne les entends pas dire que j'ai eu raison de déstabiliser un dictateur». Aux élus, qui n'assurent pas assez ardemment le service après-vente de ses exploits. «Pourquoi vous ne défendez pas le pacte pour l'euro et la prolongation des facilités financières pour la Grèce, que j'ai fait adopter par l'Europe». Réplique de Jean-Pierre Raffarin : «Ça n'intéresse personne».

Source : Le Télégramme.com – Les carnet d'Anna Cabana – Le 19 mars 2011