Présidentielle et Législatives 2012 : « Où va Borloo ? »

de | 2012-02-05

Présidentielle et Législatives 2012 :
Jean-Louis Borloo a présenté les 111 propositions du Parti radical, samedi 4 février 2012
© François Guillot / AFP

Au conseil national du Parti radical (PR), samedi, Jean-Louis Borloo a présenté les "exigences" de son clan "pour une France juste" : 111 propositions portant notamment sur l'économie et les questions de gouvernance, censées être un préalable à l'ouverture de négociations avec l'UMP. Coup de bluff ou véritable menace de la part de celui qui a renoué avec Nicolas Sarkozy en s'invitant dans la préparation du sommet social du mois de janvier, mais n'a pas encore annoncé officiellement qui il soutiendrait à la présidentielle?

Jeudi, l'ex-aspirant candidat à la présidentielle déjeunait avec le patron de l'UMP, Jean-François Copé. C'était quelques jours après que l'UMP a officiellement annoncé l'investiture de l'ancien ministre d'État pour les législatives dans le Nord. Si Jean-Louis Borloo laisse encore planer le doute sur ses intentions – y compris sur sa volonté d'être candidat à sa succession -, il n'a pas encore réagi officiellement à cette annonce, alors que dans moins d'un mois, le week-end du 3 mars, son parti doit officialiser sa position pour 2012. Un rendez-vous discret, donc, qui va dans le sens d'une entente cordiale entre PR et UMP d'ici aux législatives. "Entre le secrétaire général de l'UMP et Jean-Louis Borloo, il n'y a pas tellement de différences sur leur vision des choses…", s'empresse-t-on de commenter, côté UMP.

"Un petit peu malheureux"

Depuis le retrait de la course à la présidentielle de Borloo, en octobre, le rapport de force penche en faveur de l'UMP (de l'avis même de certains borlooïstes). Mais chacun des deux camps se montre prudent. D'autant que la fibre sociale du (toujours) populaire Valenciennois pourrait être précieuse pendant la campagne… Un ancien soutien confie que l'investiture du patron du PR par le parti majoritaire n'est pas tant un signe du poids de l'ancien ministre de l'Environnement – on notera d'ailleurs que son numéro deux, Laurent Hénart, n'a pas été investi par l'UMP en Meurthe-et-Moselle – qu'une marque de la fébrilité des troupes sarkozystes : "L'Élysée n'a pas le choix ! Vous pensez bien qu'ils ne peuvent pas se permettre d'envoyer quelqu'un en face de Borloo ou de Bayrou… Sans le centre, ils sont foutus !"

Si radicaux et UMP modérés s'accordent sur l'idée d'imposer une plate-forme programmatique "sociale" au parti majoritaire, ou en tout cas de tenter d'influencer le programme du candidat Sarkozy, peu entrevoient une véritable alternative. Pour ce même soutien UMP tendance borlooïste, il est clair que l'ex-ministre de l'Environnement exclut de rejoindre François Bayrou et n'aura d'autre choix que de soutenir Nicolas Sarkozy. "Nous, les centristes de droite, on est un petit peu malheureux. Qu'on le veuille ou non, c'est Bayrou qui incarne le centre aujourd'hui. Mais il ne décolle pas assez… Imaginons qu'il empêche Sarkozy d'être au second tour, mais qu'il n'y soit pas lui-même !" explique-t-il. 

Hantise

Traduisez : il faudrait que Bayrou soit au moins à 18 % pour qu'ils le rejoignent. Un second tour François Hollande vs Marine Le Pen, Bayrou et Sarkozy "out" : voilà bien la hantise de ces élus de la droite dite "sociale". Résultat : à l'image de Pierre Méhaignerie, nombre d'entre eux ne se décideront pas avant le mois de mars, et se donnent le temps d'observer la progression – ou plutôt la stagnation, ces jours-ci – de François Bayrou. 

Le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, qui avait pris ses distances avec le PR au moment des velléités de candidature de Borloo, voit, quant à lui, les choses encore plus simplement : "Aujourd'hui, nous devons nous poser deux questions : celle de nos doléances, et celle de savoir qui nous soutiendrons. Pour la deuxième, la réponse est très facile : Jean-Louis Borloo a été ministre d'État de Nicolas Sarkozy, et j'en suis moi-même ministre", résume-t-il, d'un air entendu.

Candidat par défaut

Pourtant, la "base" du parti semble plus sarko-réticente que ses cadres. Et "l'on peut raisonnablement penser que pas un seul radical ne soutiendra Hervé Morin", comme l'explique Jean Leonetti. Ne reste donc que l'option Bayrou. Mais les radicaux n'ont pas cessé de dénoncer "l'ambiguïté" prétendue du positionnement "ni droite, ni gauche" du patron du MoDem. Et si ce dernier pointe la "dangerosité" du programme de François Hollande, il joue le second tour de la présidentielle et ne risque pas de clarifier sa position avant l'entre-deux-tours… 

Dans cette configuration pour la présidentielle, la véritable préoccupation des radicaux, en cas de victoire de la droite comme en cas de défaite, est donc devenue celle de se trouver en capacité de constituer un groupe "charnière" indépendant à l'Assemblée nationale, en rassemblant diverses tendances centristes. Au grand dam de Leonetti, qui regrette que les radicaux tentent déjà de "jouer le coup d'après" : "Pour l'instant, il y a une élection. Il faut être clair !" insiste-t-il, en bon membre du gouvernement.

Si certaines figures du parti, telles que Rama Yade, qui n'a pas obtenu le soutien espéré de l'UMP pour sa candidature dans les Hauts-de-Seine, décidaient de soutenir François Bayrou, ce ne serait donc "pas un problème pour Borloo", décrypte un membre de son entourage. "Non seulement il s'en accommodera, mais ça l'arrangera : si Bayrou n'est pas au second tour, tout le monde se retrouvera pour les législatives…"

Source : Le Point – Pauline de Saint-Remy – Le 5 février 2012