Présidentielle : « Dominique de Villepin prend goût à la campagne »

de | 2010-04-11

Présidentielle : Noidans-Les-Vesoul (Haute-Saône), le 9 avril 2010. On l’avait photographié en Bretagne avec un porcelet dans les bras.
  
Cette fois, c’est avec un agneau que l’ancien Premier ministre pose dans une exploitation laitière.   
L’occasion d’échanger avec des agriculteurs et de rappeler qu’il est né dans une ferme (AFP/Fred Dufour).

  
L’ancien Premier ministre continue son tour de la France rurale. Hier, en Haute-Saône, il a trait une vache et appelé au rassemblement.
 
Dominique de Villepin poursuit son périple à la rencontre de la « majorité silencieuse des Français », comme le dit son ami député Jean-Pierre Grand. Hier, tout juste revenu de Dubaï, où il a donné mercredi une conférence semble-t-il très appréciée, l’ancien Premier ministre était dans la région de Vesoul, où un autre ami député UMP, Michel Raison, lui avait mitonné une journée aux petits oignons.
   
Loin des rumeurs de la ville. On lui apprend que son entourage a été soupçonné par l’Elysée d’avoir colporté des rumeurs, justement, sur le couple présidentiel. L’accusation l’étonne à peine : « Quelle faute n’ai-je pas commise ? » sourit-il. Se situant très au-dessus du marigot, Villepin affirme n’avoir jamais eu « aucune passion pour le microcosme parisien » et exécrer « la politique politicienne ». Lui se veut « au contact des réalités ».
   
« Mieux vaut avoir l’oeil rivé sur le cul des vaches que sur les courbes des sondages », conseille le meilleur rival de Nicolas Sarkozy.
  
Dans une usine de transformation du bois, la femme du patron lui offre une horloge en bois aux formes aérodynamiques, censée symboliser la vitesse : « Comme vous êtes très rapide… » Un peu plus tard, dans le salon d’un hôtel, une cinquantaine de notables endimanchés sont venus de toute la région pour le rencontrer discrètement. Certains sont de hauts fonctionnaires, qui craignent des représailles si leur nom apparaît dans la presse. Ambiance. Villepin leur déclame un discours de « rassemblement » et se voit offrir, en retour, un portrait de… Napoléon.
   
En venant de Luxeuil, la route domine Vesoul, dont le maire, le très sarkozyste Alain Joyandet, également ministre, s’est récemment fait épingler pour avoir utilisé un jet privé à 116 500 €. « Il y a un petit aérodrome par là, sur la gauche », indique Raison, pince-sans-rire. Eclat de rire villepinesque.
   
L’ancien ministre est invité, point d’orgue de la journée, à l’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs de Haute-Saône. « Nous sommes heureux d’accueillir ceux qui dirigeront la France », lance maladroitement, à la tribune, un jeune agriculteur. Jean-Pierre Grand s’attend que son héros soit chahuté. Il aura seulement droit à un rappel de la crise de la viande, en 2006, alors qu’il était Premier ministre. « Je ne me rappelle pas vous avoir beaucoup entendu défendre la profession à l’époque », lui lance un syndicaliste. « De mon temps, l’agriculture ne se plaignait pas beaucoup », rétorque Villepin, alors que les agriculteurs ont perdu en 2009 la moitié de leurs revenus.
  
Un peu plus tard, dans une ferme laitière des environs de Vesoul, son costume protégé par une combinaison, Villepin écoute longuement les jeunes agriculteurs lui parler de leurs difficultés et… fait le show. Les photographes l’immortalisent en train de traire une montbéliarde, de papouiller un agneau, de donner le biberon à un veau, de caresser une jument comtoise, de s’asseoir au volant d’une moissonneuse-batteuse, d’avaler un verre de lait-grenadine tout frais. « Je suis né dans une ferme », réplique-t-il à qui s’étonne. Les journalistes japonais qui le suivent écarquillent les yeux. « Nos amis japonais n’ont jamais vu ça ! » se marre Villepin. Un peu en retrait, un vieux paysan observe le spectacle : « On voit qu’il n’a rien à faire. On se dit qu’il est en campagne… »
  
Source : Le Parisien – Nathalie Segaunes – Le 10 avril 2010