Présidentielle 2012 – Sondage TNS-SOFRES le Nouvel Observateur et i-Télé : « Le Pen et Bayrou ne parviennent pas à troubler le duel annoncé »

de | 2012-02-01

Présidentielle 2012 - Sondage TNS-SOFRES le Nouvel Observateur et i-Télé : C’est le paradoxe d’une campagne où tout bouge mais rien ne change. La semaine dernière a été marquée par l’accélération réussie de François Hollande, entre son meeting du Bourget, la présentation millimétrée de son projet et son débat téléviséavec Alain Juppé. Dimanche, Nicolas Sarkozy est entré de facto dans la compétition en essayant de faire croire qu’il serait jusqu’au bout le président réformateur que décrivent ses derniers thuriféraires.

Ces prestations pèseront lourd quand les électeurs devront faire leur choix, les 22 avril et 6 mai prochains. Et pourtant, le sondage Sofres, réalisé au lendemain de cette double séquence hollando-sarkoziste, décrit un paysage qui ne s’est guère modifié depuis la dernière enquête de cet institut, à la fin novembre 2011.

Pour l’instant, la compétition oppose deux champions, le président sortant et son challenger socialiste, dans un rapport de force très favorable à ce dernier, tant au premier qu’au second tour de scrutin.

Nicolas Sarkozy : Déjà battu ?

Jamais dans l’histoire électorale de la Ve République un président sortant n’a abordé une compétition élyséenne dans une position aussi périlleuse. Devancé nettement au premier tour (5,5 points de retard), Nicolas Sarkozy ne paraît plus en mesure de virer en tête le 22 avril prochain, comme l’avaient fait en leur temps tous ses prédécesseurs (Giscard, Mitterrand et Chirac) lorsqu’ils briguaient un second mandat.

Cette absence de dynamique d’un candidat UMP peu rassembleur explique en outre l’ampleur de sa défaite annoncée, lors du tour décisif. 42/58 : là encore, Nicolas Sarkozy bat un record, à trois mois du scrutin. Et pour cause : il n’attire au second tour qu’un quart des électeurs de Bayrou et que 40% de ceux de Le Pen.

Par rapport à l’enquête Sofres de la fin novembre, le chef de l’Etat ne parvient donc pas à combler son handicap. Il perd deux points au premier tour. Il en regagne deux au second. Mais sans améliorer les reports sur son nom.

Seule consolation pour lui : la perspective d’un 21 avril à l’envers ne semble toujours pas d’actualité. L’écart avec la candidate du Front reste de dix points.

C’est une marge qui, a priori, le met hors de portée de tous ceux qui rêvent de le sortir du jeu, dès le premier tour de scrutin. Sarkozy plie, mais ne rompt pas. Il va devoir mener campagne le dos au mur.

Toute la question est maintenant de savoir s’il peut maintenir à distance ses concurrents centristes et lepénistes en étant capable de retrouver une crédibilité face à son challenger socialiste.

Alors que la campagne s’accélère, Nicolas Sarkozy a choisi une stratégie d’attente dont on mesure les risques alors que s’opère la grande cristallisation électorale qui fige les positions des uns et des autres et consolide des rapports de force établis de longue date.

François Hollande : Insubmersible ?

Le candidat socialiste retrouve, à un demi-point près, son score de la fin novembre. Il sortait alors d’une primaire qui l’avait propulsé vers les sommets de la popularité. Il expliquait lui-même, à l’époque, que cette situation était trop extraordinaire pour durer très longtemps.

Avec le recul, on mesure la puissance de l’élan qui porte François Hollande. Pendant deux mois, ses adversaires ont annoncé sa chute inéluctable.

Certains commentateurs ont même parlé de dévissage. Les débuts de campagne laborieux du candidat socialiste lui ont sans doute fait perdre quelques points, au début de l’année. Mais cette décélération n’a pas été suffisamment forte pour briser une dynamique que la séquence post-Bourget a suffi à relancer.

Pour gagner le 6 mai prochain, François Hollande continue à bénéficier de deux atouts majeurs : une domination sans partage sur son camp et une capacité de rassemblement sans égale.

Entre les deux tours, le candidat socialiste double presque son score. Alors que le total de la gauche, au premier tour, est assez médiocre (environ 43%), il demeure le champion de tous ceux qui communient dans un anti-sarkozysme viscéral, transcendant les clivages partisans.

Marine Le Pen : En embuscade ?

La candidate du FN ne parvient pas à troubler ce qu’elle appelle le "duopole UMPS". Entre la fin novembre et la fin janvier, elle se maintient à un haut niveau (16%), mais sans progresser et sans pouvoir recoller surtout avec les grands candidats qui font la course en tête. Dans d’autres enquêtes d’opinion, Marine Le Pen avait donné le sentiment que cet espoir-là n’était pas hors de portée en raison, notamment, de la faiblesse supposée de Nicolas Sarkozy.

Au moment où les grosses machines de l’UMP et du PS se mettent en branle, la force lepéniste ne paraît pas suffisante pour faire "turbuler le système". Un peu comme si, au moment décisif, les règles classiques de la compétition élyséenne retrouvaient leur vigueur, en excluant du même coup les hypothèses baroques évoquées par certains, courant janvier.

François Bayrou : Encalminé ?

Le président du MoDem est le seul candidat qui progresse nettement en deux mois. Il était à 7% fin novembre. Il pointe à 12% fin janvier. Pour autant, il ne parvient pas à rendre crédible son ambition affichée de participer au tour décisif de la compétition.

Après l’élan de la fin décembre, voici venu, pour Bayrou, le temps de la stagnation. Et donc de la déception. De tous les candidats, le président du MoDem est celui dont l’élan est le plus indexé sur le verdict des sondages.

Pour être audible, il doit monter sans cesse. Sans cette progression, il se banalise. Sa stratégie est fondée sur l’hypothèse d’un décrochage du candidat UMP ou du candidat PS. Elle s’écroule d’elle-même dès lors qu’ils tiennent bon. D’autant que le vote Bayrou est le moins solide de tous : 61% de ses soutiens disent pouvoir encore changer d’avis (contre 28% et 27% pour les électeurs d’Hollande et de Sarkozy).

Jean-Luc Mélenchon : Incontournable ?

Le patron du Front de Gauche flirte désormais avec la barre des 10%. C’est une très belle performance politique sans être un exploit électoral. Jean-Luc Mélenchon couvre désormais à lui seul le champ de la gauche de la gauche.

Il retrouve le score cumulé du candidat communiste et des candidats trotskistes de 2007 et devient un interlocuteur incontournable de l’entre-deux-tours pour le candidat socialiste. Epine ou aiguillon ? Mélenchon est aujourd’hui le seul qui puisse compliquer la longue marche d’Hollande vers l’Elysée.

Eva Joly : Inexistante ?

La candidate écolo ne s’impose toujours pas. Le risque est aujourd’hui réel qu’elle renoue avec les pires performances de son parti lors de l’élection présidentielle. Plus proche de Voynet-2007 (1,6%) que de Mamère-2002 (5,2%)?! Eva Joly, maigre consolation, est la plus grosse des petits candidats. Avec Dominique de Villepin (1,5%), elle garde, vaille que vaille, un mince crédit qui lui garantit une écoute minimum. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. Chose rare dans un sondage d’intentions de vote, cinq des candidats testés sont au niveau zéro !

Source : Le Noubelobs.com – François Bazin – Le 1er février 2012