Présidentielle 2012 : « Nicolas Sarkozy, fauteur de trouble à droite »

de | 2012-02-14

Présidentielle 2012 :

Le projet de référendums sur les chômeurs et les immigrés a choqué des centristes de l’UMP. Bayrou compte bien en profiter.

Certains sont choqués, beaucoup approuvent : tous les parlementaires de la majorité sont très surpris par la proposition de Nicolas Sarkozy de soumettre à référendum des questions relatives au traitement des chômeurs et des immigrés.

Cette idée «très personnelle», comme la qualifie un ministre, devrait être au cœur des débats, mardi matin, quand députés et sénateurs UMP se retrouveront pour leurs réunions hebdomadaires. Il appartiendra à François Fillon de défendre cette proposition choc que l’un de ses plus fidèles partisans, le député des Yvelines Etienne Pinte, qualifiait jeudi de«faute contre l’éthique républicaine».

En embuscade, François Bayrou guette les réactions des gaullistes sociaux, des centristes de l’UMP et des radicaux, fidèles de Jean-Louis Borloo. Le candidat du Modem espère que «le trouble profond» provoqué par cette entrée en campagne très droitière précipitera la sécession de ceux qui «ne peuvent accepter qu’on prenne le risque de mettre le pays à feu et à sang en faisant des chômeurs des ennemis publics».

Vendredi, l’ex-ministre et cofondateur de l’UMP Philippe Douste-Blazy, nouvellement rallié à Bayrou, a estimé qu’en se plaçant sur le terrain de«la droite pure et dure», Nicolas Sarkozy apparaît comme un candidat«aux abois» au côté duquel le centriste finira par «apparaître comme le recours républicain».

Sans se prononcer sur ce dernier point, un autre ex-ministre de Jacques Chirac, Alain Madelin, s’est livré à une charge beaucoup plus violente contre Sarkozy, accusé de vouloir «rabattre les électeurs du Front national». Ce référendum sur les chômeurs est une «manœuvre cousue de fil brun», affirme Madelin dans une tribune publiée par le Huffington Post : «Instrumentaliser politiquement la détresse d’une partie de nos compatriotes, tout ceci constitue une faute lourde.»

«Appel des 43». Dans ce climat, les amis de Bayrou se prennent à rêver d’un nouvel «appel des 43». L’événement est entré dans la légende de la droite : en avril 1974, en pleine campagne présidentielle, quelques dizaines de frondeurs conduits par Jacques Chirac avaient lâché in extremis le candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas pour soutenir son rival, Valéry Giscard d’Estaing.

Florent Longuépée et Xavier Jaglin, deux anciens proches de Philippe Séguin, ont annoncé vendredi la création d’un «collectif d’opinions républicaines» (Coloré) dont la raison d’être sera précisément de recruter, parmi les députés UMP, les futurs signataires d’un «appel» pour Bayrou. Aux députés de la majorité présidentielle qui tremblent pour leur réélection, ils assurent que ce dernier est désormais le seul à pouvoir barrer la route à la gauche. Affirmation fondée sur des enquêtes bien évidemment «confidentielles», puisque la commission des sondages interdit de publier les résultats d’un duel François Bayrou-François Hollande, jugé irréaliste au regard des intentions de vote au premier tour.

Ils ont encore beaucoup de travail pour convaincre. Car les principaux leaders «sociaux» et «centristes» de la majorité s’efforçaient vendredi de rester solidaires du chef de l’Etat. Jean-Pierre Raffarin veut croire qu’il ne s’agit là que d’une péripétie bientôt oubliée : «Une campagne, ça commence toujours à droite», philosophait l’ancien Premier ministre. De son côté, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, estimait que les propos du chef de l’Etat sont «caricaturés» et soulignait qu’il n’a pas d’objection de principe au référendum, qui fait partie de «la doxa gaulliste».

Décolérer. Avec Pierre Méhaignerie, le député UMP Michel Piron fait partie des possibles acteurs d’un remake de «l’appel des 43». Vendredi, ce centriste têtu ne décolérait pas contre les projets de référendum du président de la République : «Si cela suffisait à résoudre le problème du chômage, ça se saurait. Et d’ailleurs, dans quel autre pays européen traite-t-on cette question par référendum ? On ne m’entraînera pas vers des rivages que je ne veux pas fréquenter», expliquait l’élu de Maine-et-Loire.

Moins définitif, son collègue Jacques Domergue, député (UMP) de l’Hérault, estimait que «le risque politique de voir les questions détournées de leur objet est réel. Mais pour l’heure, la question que chacun va se poser, c’est : "Pourquoi ne pas l’avoir fait avant, durant son mandat ?"» Le parlementaire de Montpellier s’interrogeait sur l’intérêt d’une«droitisation» de la campagne : «Cela peut avoir du bon de chercher le clivage sur des sujets comme le chômage ou l’immigration, mais il faut aussi faire très attention à ne pas être excessif.»

Quant à Jean-Louis Borloo, expert de la négociation sociale, il s’est prudemment abstenu de tout commentaire. Son conseiller politique Dominique Paillé n’avait pas cette réserve : «Cette dérive populiste m’inquiète et ne peut pas satisfaire les républicains modérés de la droite et du centre. Si Nicolas Sarkozy poursuit dans cette voie, ça va ouvrir un espace pour Bayrou, qui va apparaître comme le recours républicain.» Tel est, en effet, l’option ouverte par ce début de campagne.

Source : Libération – Antoine Guiral, Alain Auffray et Jonathan Bouchet-Petersen – Le 13/02/2012