Présidentielle 2012 : Jean-Louis Borloo s’inquiète de la montée du FN

de | 2011-12-09

Déplorant les "dérives communautaires", le président du Parti radical Jean-Louis Borloo fête ce soir le 106e anniversaire de la loi sur la laïcité.

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Jean-Louis Borloo tente de peser sur le débat SIPA/DUPUY FLORENT/SIPA
 
« Je ne regrette absolument rien. Aujourd’hui ma parole existe. Et, en plus, je suis libre puisque, figurez-vous, je ne cherche pas de job… » Lorsqu’on lui demande pourquoi, tous comptes faits et refaits, il n’est plus candidat à l’élection présidentielle – alors que François Bayrou, lui, l’est officiellement, depuis mercredi, pour la troisième fois – et si, vraiment, il n’a pas de regrets, la réponse de l’ex-ministre d’Etat Jean-Louis Borloo fuse. Sur un ton carré et tranquille, avec juste un petit sourire. « Je n’avais, insiste-t-il, aucun problème de signatures. Les 500, je les aurai eues sans problème… ».
   
Alors pourquoi, soudain, s’est-il retiré d’une course où les autres se bousculent pour en être ? « Par esprit de responsabilité », martèle le président du Parti radical qui, ce soir à Paris, va fêter, dans un grand banquet républicain, le 106e anniversaire de la promulgation de la fameuse loi de 1905 instaurant en France la séparation des Eglises et de l’Etat. Un rendez-vous annuel auquel tiennent les radicaux et qui, chaque fois, les fait vibrer. Un rendez-vous (où sont conviés cette année Jacques Attali, qui croit que l’euro aura disparu avant la fin du mois, Dominique Soppo, l’actuel président de SOS Racisme, et Xavier Emmanuelli, le fondateur du Samu social, qui s’est récemment rapproché d’Eva Joly) d’autant plus important, dit Borloo, que, dans une France en crise, « on n’entend guère parler aujourd’hui de la République. On dirait qu’il n’y a plus que des communautés… ».

"J’ai décidé en mon âme et conscience"

Si Borloo a jeté l’éponge, ce n’est pas caprice, et sûrement pas non plus pour aller planter ses choux ailleurs : « J’ai décidé en mon âme et conscience. » Sa vocation n’étant, dit-il, ni celle d’un « rabatteur » (de voix), ni celle d’un « nuiseur » (pour flinguer tel ou tel), Borloo a considéré, dès lors qu’il n’était pas en situation de pouvoir l’emporter, qu’il ne devait pas se tromper de République : sous la Ve, le premier tour, a fortiori quand la crise bat son plein, n’a rien à voir avec on ne sait trop quel scrutin proportionnel. Et l’ancien ministre (de Chirac puis de Sarkozy) de mettre les points sur les « i » : « Je ne connais pas l’ordre d’arrivée, mais le débat se joue à trois. – Quels sont les trois en question ? – Sarkozy, Hollande et le FN. – Il y aura donc Sarkozy ? – C’est très probable. Mais ce n’est pas totalement certain. Et je le dis très respectueusement. Car il sera peut-être difficile au même homme de se battre 24 heures sur 24, comme il le fait, sur le front de crise du siècle, et de porter demain un projet d’avenir. On verra. Clairement, ce sera même extraordinairement difficile. – Le troisième homme, ce ne sera pas, selon vous, François Bayrou ? – Non. Car le raisonnement qui a été le mien doit valoir pour lui. – Le troisième « homme », pour vous, c’est donc Marine Le Pen ? – Oui. Je le pense et, bien sûr, je le crains. Je la crois aujourd’hui sous-estimée dans les sondages d’autant que la crise de l’euro la porte, en tout cas risque de la servir. La voici souverainiste ! – Où se situe-t-elle aujourd’hui ? – La fourchette, pour elle, c’est, à mon avis, entre 16 et 25 %. A chacun d’en tirer les conséquences. Moi, je l’ai fait. Car, entre Sarkozy, Hollande et le FN, bien malin qui pourrait deviner l’ordre d’arrivée. »
 
La "métamorphose" de la France

Décidé à « peser » – mais peser, avertit-il, ce n’est pas tenter de grappiller, sur les marges, quelques centièmes de points au premier tour – Borloo souhaite, avec ses amis, se faire entendre au moment où la France vit ce qu’il choisit d’appeler « une métamorphose », et va donc devoir « changer complètement de méthode de gouvernement ». Fidèle à lui-même, le président du Parti radical insiste, un brin iconoclaste : « Bien sûr que l’Etat est un acteur, mais un acteur parmi d’autres. La société civile, c’est capital. Les partenaires sociaux gèrent des budgets énormes. Les collectivités territoriales aussi. Tout le monde, sans exception, doit être associé et embarqué… »

Autant dire que Borloo se méfie des appels récurrents, face à la crise qui s’amplifie et nourrit la « peur », à un gouvernement d’union nationale. Si, en clair, cela veut dire l’ouverture, c’est très bien et on connaît, résume-t-il. Ce qui compte, c’est « l’union de la nation ». Et le président du Parti radical d’en donner, loin des petits arrangements politiques ou politiciens, « sa » traduction : « On peut parfaitement être dans l’opposition et s’entendre avec la majorité, pendant les deux premières années d’un mandat présidentiel, pour faire aboutir des projets jugés de part et d’autre d’intérêt national… »

La « majorité » ? Quelle majorité ? Un grand silence…

Source : France Soir – Dominique de Montvallon – Le 9 décembre 2011