Présidentielle 2012 : « François Bayrou, l’alternative de la droite ? »

de | 2012-01-20

Présidentielle 2012 :

Sondage après sondage, la progression de François Bayrou est indéniable.
(JEROME MARS/JDD/SIPA )

Le devenir de François Bayrou passe-t-il par son retour aux sources ? Le député des Pyrénées-Atlantiques doit-il songer à infléchir sa campagne pour retrouver un positionnement de centre droit qui fut celui de la plus grande partie de sa carrière politique, jusqu’à sa candidature présidentielle de 2007 ?

S’il veut franchir une étape supplémentaire, le président du Modem doit désormais se poser cette délicate question stratégique. Sondage après sondage, sa progression est indéniable. Bayrou a désormais lâché le peloton des "petits" candidats (Mélenchon, Joly, Villepin, etc) pour rejoindre la catégorie des "outsiders" et s’installer à la quatrième place.

Il s’est stabilisé sur un palier appréciable de 14-15% des intentions de vote. Mieux, il lui arrive de talonner dans certaines enquêtes Marine Le Pen : Bayrou peut rêver de dépasser la candidate d’extrême droite pour grimper sur le podium. Et retrouver ce statut honorable mais frustrant qu’il connaît bien de… "troisième homme".

Voilà un envol qui salue sans nul doute la solidité, la crédibilité et la persévérance d’un prétendant élyséen qui peut se targuer d’une certaine antériorité sur ses concurrents quant à l’analyse des causes de la crise et des moyens d’y remédier, à commencer par l’urgente nécessité de s’attaquer à ce mal français qu’est la dette publique.

Le voilà donc troisième. Fort bien. Et alors ? À l’élection présidentielle, la médaille de bronze a moins de goût qu’une médaille en chocolat et le "troisième homme" est le dindon de la farce élyséenne. Il suffit de se réciter les noms de ceux qui l’ont obtenu depuis un quart de siècle pour s’en convaincre : Raymond Barre en 1988, Edouard Balladur en 1995 ou encore Lionel Jospin en 2002, chacun d’entre eux a disparu corps et biens au lendemain du premier tour du scrutin avec les félicitations du jury et sa sympathique médaille autour du cou, sans jamais parvenir à peser sur la suite des événements. François Bayrou le sait trop bien lui qui a subi le même sort il y a cinq ans…

À l’époque, une fois atteint le niveau de 21 à 23% d’intentions de vote dans les sondages, le candidat de l’ultra-centrisme a payé son incapacité à expliquer aux Français avec quelle majorité et quel gouvernement il gèrerait le pays s’il était élu. Difficile de voter alors pour quelqu’un dont on ignorait s’il souhaitait affronter et battre au tour final Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal pour renvoyer dans l’opposition la droite ou la gauche…

Cette panne stratégique l’a condamné à la défaite dans une élection au scrutin uninominal à deux tours qui scinde le pays en deux camps. En 2007, c’est au détriment de la candidate socialiste, Ségolène Royal, fragilisé au sein de son propre camp, que François Bayrou avait fait sa pelote électorale jusqu’à la menacer dans les sondages à un mois de l’échéance. Mais c’est parce qu’il n’a pas franchi le Rubicon jusqu’à poser le pied sur sa rive gauche qu’il a fini par s’y noyer…

Cette année, c’est plutôt du côté de Nicolas Sarkozy que les fragilités les plus béantes apparaissent. Alors que le candidat-président change de tactique et d’options (TVA sociale, taxe Tobin, etc…) à mesure que la panique s’accroît à l’Elysée, c’est seulement s’il parvient à se transformer en alternative crédible à droite que François Bayrou peut espérer accéder au deuxième tour.

Du ralliement de Philippe Douste-Blazy aux encouragements de Christine Boutin, de premiers signes venus du centre droit, son camp naturel, devraient l’y encourager. Si l’électorat du centre et de la droite commencent à percevoir l’élu béarnais comme le seul à même de suppléer un Nicolas Sarkozy condamné et de faire barrage à la victoire de la gauche, François Bayrou peut devenir un concurrent redoutable pour le président sortant au premier tour. Et un adversaire bien plus difficile à battre pour François Hollande au second…

Source : nouvelobs.com – Renaud Dély – Le 20 janvier 2012