Présidentielle 2012 : cinq hommes veulent rassembler les voix du centre

de | 2010-06-09

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Les initiatives fleurissent pour reconstituer un rassemblement semblable à l'UDF pour 2012. Mais les stratégies divergent. Les arbitrages de Nicolas Sarkozy pourraient s'avérer décisifs.
  

L'ex-ministre de l'Éducation Gilles de Robien, le président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée Pierre Méhaignerie et maintenant le sénateur Jean Arthuis… Ils sont nombreux au centre à vouloir initier un mouvement de réunification. Objectif affiché : renouer avec une formation indépendante de la majorité, à la sauce UDF.

Mais depuis 2007 et l'éclatement de la famille centriste, symbolisé par la création du MoDem et du Nouveau Centre, la tâche s'annonce ardue. Et les Etats généraux, colloques, et autres assises lancés par les différents leaders apparaissent dès lors comme des moyens de mettre la main sur l'électorat centriste à la veille de 2012.

De son côté, l'Elysée surveille ce petit manège de très près. Pour Nicolas Sarkozy, une candidature du centre-droit au premier tour en 2012 permettrait de constituer un réservoir de voix intéressant. Reste encore à trouver le bon candidat…

Jean-Louis Borloo :

Au lendemain des régionales, lorsque Nicolas Sarkozy a caressé l'idée de présenter un candidat pour capter les voix du centre en 2012, il a d'abord pensé à Jean-Louis Borloo. Très populaire, le président du parti radical valoisien dispose de plusieurs atouts pour faire le plein des voix. Fort d'une image sociale depuis son passage à la mairie de Valenciennes, l'homme du Grenelle de l'environnement, est désormais le héraut de l'écolo-centrisme. Son objectif ? S'adresser «aux écolos qui ne sont pas à gauche… Si on ne les a pas, la droite perdra en 2012», expliquait-il en avril dernier.

Problème pour l'Elysée : très populaire et très proche de l'UMP, dont il est le vice-président, Jean-Louis Borloo pourrait faire de l'ombre au parti présidentiel au premier tour. Nicolas Sarkozy pourrait décider de nommer Jean-Louis Borloo à Matignon lors du remaniement prévu à l'automne. De quoi calmer les ardeurs du ministre-star du gouvernement.

Jean-Louis Borloo a fait part de son intérêt pour une candidature. Mais n'a pas encore pris de décision. Si les radicaux le soutiennent, les autres franges de la famille centristes sont en revanche plus réticentes. A commencer par le Nouveau Centre d'Hervé Morin, qui voit dans cette hypothèse un torpillage en règle de sa propre candidature.

Hervé Morin :

Il a promis d'«aller jusqu'au bout». Même s'il ne bénéficie pas du soutien de l'Elysée, Hervé Morin, patron du Nouveau Centre, reste coûte que coûte déterminé à réunir sur son nom quelque 15% des suffrages au premier tour. Idéaliste ? Sans doute. Mais Hervé Morin bénéficie du soutien sans faille des 13.000 adhérents de son parti et de ses proches. Pour convaincre Nicolas Sarkozy, il rappelle que la question de l'alliance au second tour avec l'UMP «ne se pose pas». Comme il l'avait fait en 2007 pendant l'entre-deux-tours, le Nouveau Centre compte donc apporter ses voix au candidat de la majorité présidentielle. Preuve de sa motivation, Hervé Morin se dit aussi prêt à renoncer à son poste de ministre de la Défense en cas de candidature.

François Bayrou :

C'est la nouvelle proie convoitée par l'Elysée. Après sa tentative avortée d'ouverture à la gauche et les résultats catastrophiques du MoDem aux régionales, François Bayrou est dans une mauvaise posture. Officiellement, Bayrou reste farouchement «indépendant». Mais lors d'une rencontre fin mai avec l'ex-UDF Pierre Méhaignerie, il aurait confié vouloir se «recentrer».

Une information qu'il dément mais qui fait suite aux nombreux appels du pied de la majorité. A commencer par celui de Jean-Pierre Raffarin, qui demandait début mai au «troisième homme» de 2007 de «réfléchir à un retour au sein d'une majorité présidentielle élargie». De plus en plus critique vis-à-vis du parti socialiste, François Bayrou s'est entretenu avec Nicolas Sarkozy le 22 avril dernier. Ordre a ensuite été donné à l'UMP de ménager le candidat centriste.

L'éventualité d'un rapprochement entre le MoDem et le camp présidentiel est très mal perçue par les autres clans de la famille centriste, Nouveau Centre en tête. Elle est aussi loin de convaincre les éléments les plus radicaux du MoDem, comme l'ancien Vert Jean-Luc Benhamias.

Jean Arthuis :

C'est le centriste par excellence. Indépendant, Jean Arthuis a quitté le MoDem début 2008 sans pour autant accepter de rejoindre l'UMP ou le Nouveau Centre. Il a préféré transformer son club, l'Alliance centriste, en parti. Une douzaine de sénateurs et deux députés en sont membres.

A l'origine des Assises de la refondation du Centre, qui se tiennent ce mardi, le sénateur centriste Jean Arthuis se différencie du Nouveau Centre en laissant la porte ouverte au MoDem de Bayrou et en invitant ce dernier. Lequel s'est empressé de décliner, acceptant cependant de rencontrer le sénateur en privé.

Pour 2012, Jean Arthuis ne semble pas s'intéresser aux stratégies élyséennes. Il milite pour l'organisation de «primaires à l'intérieur de la famille centriste pour savoir qui est le plus apte à porter notre projet». Une compétition à laquelle, évidemment, il «n'exclut pas» de participer.

Gilles de Robien

ll se défend de vouloir propulser quelconque candidat pour la prochaine présidentielle. Mais avec son club «Société en mouvement», qu'il préside, Gilles de Robien se démène pour réunir les centristes autour d'un projet commun. En retrait de la vie politique depuis sa défaite aux municipales à Amiens en 2008, Gilles de Robien prépare son grand retour. Il a organisé le 18 mai, un colloque sur le thème «Comment rassembler les centres». Déplorant un «déplacement à droite de la majorité», l'ancien ministre des gouvernements Raffarin et Villepin veut «revenir aux fondamentaux» et «souhaite que ceux qui se sentent esseulés, orphelins, se retrouvent sur une plate-forme de travail, autour de valeurs communes».
 
Source : Le Figaro – Jim Jarrassé – Le 9 juin 2010