Présidentielle 2012 : « François Bayrou dans le métro »

de | 2012-02-22

Présidentielle 2012 :
François Bayrou dans le métro parisien, mercredi matin.
© Pauline de Saint Remy / Le Point.fr

Les mains plongées dans les poches de son long manteau bleu marine, François Bayrou marche d'un pas tranquille vers le métro Invalides, à quelques pas du siège du MoDem, dans le 7e arrondissement de Paris, ce mercredi matin, aux alentours de midi. Il s'apprête à prendre la ligne 13 jusqu'à Gennevilliers, au nord de la ville, où il doit aller à la rencontre de diverses associations d'insertion professionnelle et sociale, dont Banlieue +. Certes, ce n'est pas l'heure de pointe, mais les quelques caméras qui le suivent suffiront (presque) à recréer l'atmosphère de la ligne 13 entre 8 h 30 et 9 heures du matin… Décontracté, mais n'affichant pas la mine des grands jours, François Bayrou serre des mains avant de s'engouffrer dans la bouche de métro et de passer le tourniquet. 

Si sa cote de popularité reste élevée, le dernier sondage CSA le place en quatrième position, à 11 % d'intentions de vote, nettement derrière une Marine Le Pen à 17 %. Mais ses partisans assurent ne pas céder à la morosité. "J'espère que vous allez gagner !" lui lance d'ailleurs une passante, sans s'arrêter. Interrogé par un journaliste sur la pique que lui adresse François Hollande dans son livre à paraître jeudi, Changer le destin, dans lequel il qualifie le candidat centriste d'"intrépide chevalier de la petite escouade centriste", qui a "du panache" mais un "panache gris" et dont "l'anti-programme" inspire "la peur du vide", le patron du MoDem soupire, s'abstient de répondre puis lâche finalement : "C'est peut-être parce qu'il a laissé passer l'interview du Figaro Magazine sans dire un mot qu'il parle d'intrépidité…" Une absence de réaction de Hollande après les propositions de référendum de Nicolas Sarkozy, qui relèvent d'un "manque de courage", ajoute-t-on dans l'entourage du candidat centriste.

Impuissants

Profondément heurté par l'idée d'un référendum sur les droits des chômeurs, Bayrou y avait répondu avec véhémence : "C'est non seulement pernicieux, mais inacceptable, dangereux et indigne de ce que doit être un chef de l'État." Mais ses propos n'ont, semble-t-il, pas fait mouche. Il y avait pourtant des semaines que les observateurs ne cessaient de noter que le candidat centriste tapait plus fort sur sa gauche que sur sa droite… Voilà que François Bayrou retrouvait (presque) les accents de son livreAbus de pouvoir - paru en 2009, il s'agissait d'un véritable brûlot anti-sarkozyste -, mais rien n'y fait : la dynamique est, semble-t-il, du côté des deux "gros" candidats. Au grand regret des membres de son équipe, qui constatent, impuissants, la "rebipolarisation" de la campagne. 

Selon eux, le problème n'est pas tant le nombre de passages médias ni le temps décompté que l'ancrage profond dans les mentalités d'un clivage droite-gauche. Ainsi ce constat dépité à propos d'une grande chaîne de télévision : "Ils font un sujet au JT sur les équipes des candidats, ils présentent celle de Hollande, celle de Sarkozy et puis… c'est tout ! C'est incroyable !" Lundi soir, c'était bienFrançois Bayrou qui a participé à la première de la nouvelle émission politique de TF1, Parole de candidat. Mais il partageait l'affiche avec Eva Joly, et, coup de grâce, l'émission a fait une audience très décevante pour la première chaîne. "La faute à la forme de l'émission", jugent ses proches, qui relèvent que le JT de M6, la veille, "a très bien marché". Bayrou, lui, préfère ne pas critiquer, mais concède que "l'échange avec des Français" sur un plateau de télévision est un exercice délicat.

Effarés

Retrouvant la lumière du jour, arrivé à Gennevilliers, le candidat centriste est rapidement interpellé par un jeune homme de 29 ans, jean, veste noire et casquette sur la tête : "La jeunesse gennevilloise, M. Bayrou, elle veut du changement. Ce qu'on veut, c'est travailler ! On n'est pas que des fouteurs de merde !" Bayrou écoute patiemment. Son interlocuteur de reprendre : "Hollande, vous voyez, on ne sait pas trop s'il dit la vérité. Sarkozy, tout le monde en a marre… Vous êtes centriste, c'est ça ? Donc vous coupez la poire en deux ? Vous mettez bien les gens de droite, les gens de gauche…. Alors, vous, faites des propositions et on votera pour vous !" Le Béarnais sourit et reprend sa marche. Les responsables associatifs l'attendent pour un déjeuner d'échange sur les thèmes qui touchent particulièrement la banlieue : le chômage des jeunes, l'éducation, la formation… Dans le même temps,François Hollande fait son annonce du jour : autoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Pas sûr que la petite promenade en banlieue de Bayrou, qui n'aura attiré qu'une dizaine de journalistes, fasse le poids médiatiquement.

Quelles cartouches reste-t-il aux bayrouistes pour retrouver la dynamique du mois de décembre ? Un proche hausse les épaules : "On est un peu étouffés par les séquences programmatiques de Hollande et Sarkozy… Cela prouve que les gens ont du mal à entendre le message qu'une autre voie est possible." Certains espèrent que le temps des propositions plus concrètes – censé venir après la (longue) période de maturation du projet, qui s'achèvera samedi avec le quatrième et dernier forum du MoDem – pourra relancer la campagne. 

Fin mars viendra le temps des meetings, mais chacun sait que le MoDem ne dispose ni des moyens financiers ni des réseaux locaux de l'UMP ou du PS. Ils ont beau se dire convaincus que Sarkozy ne rattrapera jamais son retard sur François Hollande, tous semblent effarés de voir combien le président-candidat reprend du poil de la bête, notamment grâce à ses meetings. "Ce que je ne comprends pas, c'est comment le fait de remplir une salle avec 10 000 personnes en adoration, les yeux ronds comme des billes, peut faire progresser Sarkozy de trois points !" Préférant les déplacements plus proches des Français, comme celui de Gennevilliers : "Ce que fait François aujourd'hui, ça, ça diffuse", estime ce proche.

Source : lepoint.fr – Pauline de Saint Rémy – Le 22 février 2012