Policiers condamnés à Bobigny (Seine-Saint-Denis) : François Fillon désavoue Brice Hortefeux

de | 2010-12-13

Policiers condamnés à Bobigny (Seine-Saint-Denis) : François Fillon désavoue Brice Hortefeux - image  on http://www.billelouadah.fr François Fillon prend position. Trois jours après le jugement et la polémique qu'il a provoquée, le Premier ministre a affirmé, lundi, que les policiers condamnés à Bobigny avaient commis des «faits injustifiables», rappelant que «l'honneur de la police» exigeait «un comportement exemplaire».

Vendredi, sept policiers de Seine-Saint-Denis avaient été condamnés à des peines de 6 mois à 1 an de prison ferme.

Lors d'une course-poursuite à Aulnay-sous-Bois, ils avaient faussement accusé un automobiliste d'avoir renversé l'un d'eux, alors que ce dernier avait en fait été percuté par une voiture de police.

Benoît Hamon : «Un désaveu cinglant»

Le Premier ministre a également appelé «chacun à la raison, à la modération et au sens des responsabilités». La condamnation des fonctionnaires avait immédiatement donné lieu à un affrontement verbal entre policiers et magistrats, ainsi qu'à un désaccord public entre les ministres de l'Intérieur, Brice Hortefeux, et de la Justice, Michel Mercier. Le premier avait évoqué une peine «disproportionnée» tandis que le second, dans un entretien exclusif au Parisien, avait estimé que la justice avait fonctionné correctement. 

Les déclarations de François Fillon n'ont pas laissé insensible le monde politique. C'est un «désaveu cinglant» de Brice Hortefeux, a estimé le député socialiste André Vallini. Quant à Benoît Hamon, porte-parole du PS, il a fustigé «un ministre qui se comporte de la pire façon qui soit, comme le premier des syndicalistes policiers». Robert Badinter, sénateur socialiste et ancien ministre de la Justice, a lui estimé qu'«il n'appartient pas à un ministre de critiquer une décision de justice».

Les critiques de Rachida Dati

Une autre ancienne garde des Sceaux, mais dans la majorité présidentielle cette fois, s'est jointe à ce concert de critiques. Pour Rachida Dati, qui n'a jamais caché sa mésentente avec l'actuelle ministre de l'Intérieur, une décision qui n'est «pas définitive» n'a «pas à être commentée.» «Lorsque j'étais garde des Sceaux et que Michèle Alliot-Marie était ministre de l'Intérieur, nous n'avions pas ce genre de choses. On travaillait main dans la main», a-t-elle argué.

Dans le monde judiciaire, la journée de lundi a également réservé son lot de déclarations.

L'Union syndicale des magistrats (USM) a demandé au ministre de la Justice la tenue d'une table ronde police-justice. Le syndicat majoritaire menace même de porter plainte pour éviter que «ce type de mises en cause ne se reproduise». «Depuis des mois, voire des années, les décisions rendues par les magistrats sont, en violation de la séparation des pouvoirs et des règles du code pénal, contestées, critiquées par le ministre de l'Intérieur et certains syndicats de policiers», écrit le président de l'USM, Christophe Régnard, dans un courrier au garde des Sceaux, Michel Mercier.

Le Syndicat des avocats de France, marqué à gauche et également «scandalisé» par les propos de Brice Hortefeux et a lui aussi menacé lundi de porter plainte «à défaut de réactions fermes et immédiates des pouvoirs publics pour que la justice retrouve la sérénité dont elle a besoin».

 «Un affaiblissement de l'Etat profite aux délinquants»

«Passé l'émotion, je ne puis admettre que magistrats et policiers donnent le sentiment de se dresser les uns contre les autres», a conclu François Fillon lors d'une réunion à huis clos des préfets, selon le texte de son discours. «Le respect dû à la justice est un des fondements de l’Etat, la justice ayant elle-même le devoir d’assurer la cohérence de la chaîne pénale tout entière», a insisté François Fillon.

«Qui profite de cet affaiblissement de l'Etat ? Certainement pas les magistrats, certainement pas les policiers et encore moins les citoyens; les seuls bénéficiaires sont les criminels et les délinquants !», a-t-il relevé. Ce jugement avait provoqué la colère de leurs collègues et relancé les tensions entre policiers et magistrats.

Source : Le Parisien – Le 13 décembre 2010