Philippe Dallier : « Pourquoi nous ne voterons pas en l’état la réforme de la taxe professionnelle »

de | 2009-11-17

Philippe Dallier : Voici la tribune de J-P RAFFARIN publiée par le JDD du 01/11/09 et cosignée par 24 sénateurs UMP.
  
Rappelons que l’objectif de ce texte est de demander au Gouvernement un temps de réflexion nécessaire, en vue de conduire au mieux la présente réforme sur la Taxe Professionnelle.
  
Car, si le premier aspect de cette réforme pose assez peu de problèmes (l’aspect taxe professionnelle payée par les entreprises), en revanche le second aspect de la réforme (celui portant sur les conséquences financières pour les collectivités territoriales) est un sujet plus délicat et sans doute moins clair en l’état. La grande peur des élus locaux – qui se sont notamment exprimés à travers cette tribune – étant de devoir prochainement augmenter les impôts locaux, pour maintenir à niveau les finances de leurs collectivités.
  
Ainsi, à travers cette action, les sénateurs signataires du texte ont cherché à avertir le Gouvernement qu’ils ne voteront pas, en l’état, l’article 2 du projet de loi de finances (qui concerne justement la taxe professionnelle). Ils demandent que soit votée maintenant la partie de la réforme qui concerne les allègements d’impôts des entreprises, mais qu’à l’inverse on reporte la partie du texte qui concerne les compensations des collectivités locales.
  
Cette dernière partie ne devant s’appliquer qu’en 2011, les responsables politiques gagneraient ainsi un temps précieux pour discuter, puis dégager un meilleur texte.
Le but étant de trouver une solution juste et équitable pour toutes les collectivités territoriales.
  
"Pourquoi nous ne voterons pas en l'état la réforme de la taxe professionnelle"
  
"Les réformes relatives aux territoires nécessitent à la fois sagesse et volontarisme pour une décentralisation juste et efficace. A la veille du Congrès des maires de France, nous entendons répondre aux préoccupations et inquiétudes des élus et exprimer nos convictions, en toute liberté et responsabilité.
  
Sénateurs, militants de la République décentralisée, nous souhaitons porter sur les réformes qui nous sont proposées un jugement sage, juste et réformateur. La réforme des collectivités territoriales nous paraît stratégique et moderne. Nous la soutiendrons avec conviction. Les décentralisateurs sont dans le camp des réformateurs. L’immobilisme est le pire adversaire de la décentralisation. Le débat sur les structures, leurs compétences et leurs moyens financiers est nécessaire à l’avenir de la République décentralisée. Il s’agit d’apporter à notre organisation territoriale plus de lisibilité, plus d’efficacité et un meilleur rapport coûts-avantages.

La réforme des collectivités territoriales et la recherche de plus de compétitivité pour les entreprises françaises nous conduisent à souhaiter une réforme de la taxe professionnelle. Les entreprises françaises sont pénalisées fiscalement par rapport à leurs concurrentes étrangères. Là aussi, nous sommes dans le camp des réformateurs. Cependant, la réforme de la taxe professionnelle, actuellement proposée par l’exécutif, ne peut être votée en l’état. Si le volet "allègement fiscal" pour les entreprises ne nous pose pas de problème et peut donc être voté rapidement, en revanche le travail relatif au volet territorial de la réforme n’est pas achevé.
   
L’actuelle proposition n’est ni claire, ni juste, ni conforme à nos convictions d’élus enracinés. Nous ne pouvons prendre à la légère l’inquiétude profonde et légitime de tous les élus qui, à la tête de leurs collectivités territoriales, sont les premiers investisseurs du pays.
  
Il nous apparaît peu rationnel de mener la réforme des finances avant celle des compétences. Le principe de réalité nous conduit à penser qu’il est nécessaire de voter d’abord la réforme des collectivités territoriales, puis la réforme de la taxe professionnelle. La seconde doit trouver ses fondations dans les choix et principes de la première.
  
Définissons les compétences de chaque échelon territorial puis, sereinement, logiquement et équitablement, répartissons les recettes fiscales en fonction des missions des différents échelons. Afin d’être informés en toute clarté et connaissance de cause, les élus ont besoin des simulations financières et fiscales que Bercy est dans l’impossibilité de fournir dans les délais impartis.
  
Puisque la réforme proposée n’impactera pas les budgets territoriaux de 2010, il est possible de voter la réforme des collectivités territoriales et leurs compétences avant 2011, année au cours de laquelle s’appliquera la réforme de la taxe professionnelle.
  
Pour toutes ces raisons nous proposons un amendement visant à donner le temps nécessaire au bon ordre des réformes. Nous voulons des simulations avant les décisions. Il s’agit de nous donner le temps pour une réforme plus juste et plus efficace. Le bloc communal qui doit être renforcé par la réforme des collectivités territoriales, l’acte III de la décentralisation, ne peut être fragilisé par la réforme de la taxe professionnelle.
   
Représentants de la Haute Assemblée, nous voulons promouvoir la sagesse réformatrice."
  
Signataires :
  
René Beaumont (Saône-et-Loire), Michel Bécot (Deux-Sèvres), Pierre Bernard-Reymond (Hautes-Alpes), Joël Billard (Eure-et-Loir), Jacques Blanc (Lozère), Paul Blanc (Pyrénées-Orientales), Pierre Bordier (Yonne), Christian Cambon (Val-de-Marne), Jean-Claude Carle (Haute-Savoie), Alain Chatillon (Haute-Garonne), Philippe Dallier (Seine-Saint-Denis), Béatrice Descamps (Nord), Alain Fouché (Vienne), René Garrec (Calvados), Françoise Henneron (Pas-de-Calais), Michel Houel (Seine-et-Marne), Alain Houpert (Côte-d’Or), Jean-Marc Juilhard (Puy-de-Dôme), Jean-René Lecerf (Nord), Antoine Lefèvre (Aisne), Philippe Paul (Finistère), Jean-Pierre Raffarin (Vienne), Charles Revet (Seine-Maritime), Bernard Saugey (Isère).
 
Source : philippedallier.fr 
– Le 16 novembre 2009