Les défis de Jean-Louis Borloo (Parti Radical)

de | 2011-06-24

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Dimanche aura lieu le lancement de l'Alliance. Une fête qui ne devrait pas faire oublier les nombreux challenges à relever pour le clan Borloo.

Cela fait neuf mois qu'ils l'attendaient : l'Alliance républicaine écologiste et sociale (Ares). Comme il fallait fêter ça, un faire-part a été envoyé à toute la presse : dimanche, à Épinay-sur-Seine, ce sera son "acte de naissance", selon les mots de Laurent Hénart, secrétaire général du Parti radical (PR). Mais si pour Jean-Louis Borloo et les trois autres heureux papas, Hervé Morin, Jean-Marie Bockel et Hervé de Charrette, la satisfaction est d'autant plus grande que la naissance a été douloureuse, c'est bien connu, ce n'est que maintenant que les ennuis commencent…

Tout est parti d'un discours, en septembre 2010, à Lyon, dans lequel Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'Environnement, jetait les bases d'un "grand rassemblement centriste". Depuis, le leader valoisien a commencé par rêver de Matignon avant de claquer la porte du gouvernement "pour reprendre sa liberté de parole". Confronté par la suite aux velléités de leadership de son homologue du Nouveau Centre (NC), Hervé Morin, il est parvenu à calmer le jeu en persuadant son ex-collègue au gouvernement de lui faire confiance. Jean-Marie Bockel et Hervé de Charrette l'ont suivi, eux aussi. En avril, reçu sur France 2, il franchissait une nouvelle ligne en annonçant son départ de l'UMP. Prenant le soin de préciser, au passage, qu'une candidature à la présidentielle était la "vocation" de son mouvement.

L'école "primaire"

Depuis ce coup d'éclat, l'équipe de campagne borlooiste se constitue progressivement. Une fois trouvé le directeur ("un préfet ou un haut fonctionnaire de préférence, le profil neutre", confie un proche), ne restera qu'à affronter l'étape de l'annonce de la candidature à l'automne. À moins que ne ressurgisse un autre problème, qui semblait pourtant définitivement oublié : le retour à la charge des morinistes.

Officiellement, le président du NC joue les beaux joueurs. Il assure, lorsqu'on l'interroge, qu'il n'y a pas de raison d'imposer une primaire au centre, puisque c'est "un facteur de division" et que les sondages devraient les départager naturellement. Mais le vice-président de son parti, Jean-Léonce Dupont, appelait cette semaine, dans une interview au Point.fr, à organiser "un vote démocratique" à l'automne pour départager "les deux leaders naturels de l'Alliance." Et il n'aura pas fallu attendre deux jours pour qu'un autre proche, Charles de Courson, lui emboîte le pas sur l'Express.fr. "Nous sommes plusieurs à trouver cette idée bonne", assurent-ils, dans des termes assez similaires. Côté radical, l'initiative agace, mais ne suscite que peu de débats. "Hors de question", lâche-t-on simplement.

Rallier les radicaux

Pour l'heure, les borlooistes se concentrent sur d'autres défis : d'abord, convaincre autant d'élus radicaux que possible de les suivre. Car, outre le spectaculaire ralliement de Rama Yade, du côté des radicaux historiques, seul Yves Jégo a rendu sa carte à l'UMP. Sans parler de ceux qui, comme Jean Leonetti, ont exprimé ouvertement leur désaccord avec la stratégie Borloo, se rangeant définitivement derrière Nicolas Sarkozy. Les plus fervents soutiens se veulent pourtant sereins à ce sujet, Laurent Hénart en tête : "Il n'y a pas de problème. Nous ne sommes pas en guerre avec l'UMP. Ça ne pouvait pas se faire du jour au lendemain…", martèle-t-il.

Autre préoccupation : occuper, jour après jour, le terrain médiatique, sans pour autant déroger au "calendrier". S'il n'a toujours pas officialisé sa décision, Jean-Louis Borloo répète ainsi sa "détermination" depuis des semaines, à qui veut l'entendre – au point, parfois, d'en dire plus qu'il n'en faut. Mais si, jusque-là, l'idée était de "cibler sur l'essentiel" – autant dire, afficher une posture, se démarquer -, dimanche sera, selon ses soutiens, l'occasion d'entrer dans une "nouvelle séquence". Traduction : Jean-Louis Borloo devrait petit à petit rentrer dans le vif du sujet en commençant par égrener "quelques éléments concrets sur un thème précis", comme un avant-goût de programme.

L'objectif est double : entrer dans l'action et mettre en avant les thèmes sur lesquels son entourage le juge le plus crédible en tant qu'ancien maire de Valenciennes et ex-ministre de l'Environnement. Entre autres : l'emploi, la formation professionnelle, le développement durable. La garde rapprochée de Borloo ambitionne également de le positionner comme une "arme anti-FN" en s'attaquant, "point par point", au programme de l'extrême droite. L'idée : faire oublier le risque d'un "21 avril à l'envers", alors même que les plus sceptiques imaginent déjà le radical se servir de cette menace pour se retirer dignement de la course. Reste – que ses proches le reconnaissent ou non – à relever son plus grand défi : réussir, enfin, à prendre le dessus sur celui qui incarne le centre aux yeux des Français, François Bayrou.

Source : Le Point.fr – Pauline de Saint Remy – Le 24 juin 2011