« Les caravanes toujours sur le site de Renault » par Gwenael Bourdon / Le Parisien

de | 2008-06-29

  L’image est frappante. Au carrefour de l’Europe, à Aulnay, un panneau a été planté devant les ruines de l’ancienne concession Renault : « Ici, 5 000 m 2 de locaux commerciaux », promet-il depuis déjà plusieurs mois. Mais, derrière, la carcasse noircie des hangars incendiés durant les émeutes de l’automne 2005 est toujours visible.
   
Entre les bâtiments, une quinzaine de caravanes sont installées depuis la fin de l’année dernière.
Ce campement de gens du voyage devient un casse-tête pour la municipalité, qui a interpellé les services de l’Etat et l’aide sociale à l’enfance à ce sujet.
   
« C’est dangereux de vivre là »
 
La ville est en pleine négociation avec la foncière Fiminco, propriétaire des lieux, qui souhaite y construire quatre restaurants. « Mais cela ne réglera pas la situation de ces familles qui vivent dans des conditions sanitaires effroyables », reconnaît le maire PS, Gérard Ségura.
En ce mercredi matin, peu de monde dans le campement. Les enfants jouent comme ils peuvent, zigzaguant entre les montagnes de détritus, s’aventurant parfois sous les hangars, d’où pendent dangereusement des lambeaux de tôle. Quelques femmes étendent leur linge, un flot de musique s’échappe d’un auto-radio.
« Regarde comme on vit, c’est pas possible ! Pas de toilettes, pas d’eau ! » lance une jeune femme, cigarette aux lèvres. Cette mère de cinq enfants dit venir de Belgrade, en Serbie. Depuis le début de l’année, ses trois filles vont à l’école. « C’est le plus important : qu’elles apprennent à lire, à écrire. Je voudrais qu’on habite dans une maison, mais je n’ai pas de papiers », explique-t-elle. Dix enfants du campement sont aujourd’hui accueillis dans les écoles aulnaysiennes.
   
Un contact a été établi avec les services sociaux de la ville.
   
   A quelques mètres de là, les habitants de la cité de l’Europe ont pris l’habitude de ce voisinage, avec méfiance et incrédulité. « Il n’y a pas de problème avec eux, mais c’est dangereux de vivre là-dedans », glisse un vieux monsieur qui bavarde avec des amis sur le parking. Une jeune mère s’inquiète surtout des problèmes d’hygiène : « Avec les tas de détritus, on commence à voir des rats en pleine journée. Si l’Etat leur permet de rester là, il faut installer des toilettes et des bennes à ordures. Si c’est interdit, qu’on leur propose un autre endroit… » Une aire d’accueil est justement en cours d’aménagement à la frontière d’Aulnay et de Gonesse (Val-d’Oise). Reste à savoir si le terrain sera prêt à temps pour accueillir les familles.
   
Souce : Le Parisien – Le 28 juin 2008 –
Gwenael Bourdon