Le recul du gouvernement sur la déchéance de la nationalité divise le parti majoritaire

de | 2011-03-09

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Tout sourire dans la cour de l'Assemblée nationale mardi après-midi, Jean-Louis Borloo n'a pas l'air franchement gêné par la nuée de journalistes qui se pressent auprès de lui. Bien au contraire. L'exécutif et les députés UMP viennent de renoncer officiellement à étendre la déchéance de la nationalité aux assassins de policiers, mesure-phare du projet de loi sur l'immigration.

"Alors, M. Borloo ! C'est la victoire des centristes ?" l'interroge-t-on. Une main dans la poche, l'élu du Nord tripote ses lunettes de l'autre, savourant quelques secondes au soleil avant d'entrer dans la salle des Quatre Colonnes. "Non, non, on ne va pas parler de victoire…" répond-il, sans trop convaincre. Et d'ajouter : "Notre position a été bien comprise, je crois."

S'il joue les modestes, Jean-Louis Borloo sait bien que la position des modérés de l'UMP s'est imposée au gouvernement, et même à Nicolas Sarkozy. Avec le chef du Parti radical, soixante-sept députés de la majorité avaient signé la semaine dernière un amendement pour contrer cette disposition controversée. Annoncée lors du "discours de Grenoble", en plein été hyper-sécuritaire, elle avait été le point culminant d'une politique de droitisation à laquelle certains imputent aujourd'hui la montée en force du Front national. Alors, pour justifier le rétropédalage du gouvernement mardi après-midi, François Fillon a parlé de "compromis" et d'unité : "Je demande à chacun de se rallier à la position de compromis qui a été prise en accord avec le président de la République", a-t-il déclaré lors de la réunion du groupe UMP. "La majorité doit rester soudée", a-t-il ajouté.

Jubilation et déception

Mais dans les couloirs de l'Assemblée, peu après, les membres de la majorité sont loin de parler d'une seule voix. Outre Jean-Louis Borloo, les "centristes" de l'UMP ne se font pas prier pour répondre à quelques questions. Le jeune Laurent Hénart, numéro deux du Parti radical, s'attarde même devant les caméras, lui qui dénonçait récemment la volonté de l'UMP de "faire la course" avec Marine Le Pen, vouée à l'échec selon lui. "Aujourd'hui, c'est l'acte I de l'équilibre de la majorité", affirme-t-il sans sourciller. Le secrétaire général adjoint de l'UMP Marc-Philippe Daubresse se réjouit également. Crâneur, le député villepiniste Jean-Pierre Grand, quant à lui, lâche : "Les députés les plus républicains de cette maison sont heureux."

D'autres, à l'inverse, ne cachent pas leur déception. Elle aussi dans les couloirs de l'Assemblée, la députée UMP des Bouches-du-Rhône Chantal Brunel, habituellement plus discrète, s'attire les foudres de l'opposition en suggérant de "remettre dans les bateaux" les immigrés "qui viendraient de la Méditerranée". Une sortie pour le moins maladroite qui n'est pas sans rappeler les récents propos de Marine Le Pen. Sur RTL, cette dernière proposait la semaine dernière de "repousser les immigrés dans les eaux internationales".

Si elle s'est excusée pour "la forme" de ses propos, la députée n'a pas voulu revenir sur "le fond", exprimant à sa manière l'attente d'une autre partie de la majorité sur la politique d'immigration du gouvernement. Ainsi, le député des Yvelines Jacques Myard s'est élevé, lui aussi, contre ses collègues opposés à la mesure de déchéance de la nationalité, les qualifiant de "bobos salonards", avant de lancer : "C'est une connerie de reculer là-dessus. Il y a un ras-le-bol dans ce pays dont nous ferons les frais." Une mise en garde à laquelle a fait écho son collègue du Rhône Philippe Meunier : "Il y a une attente du peuple sur cette question", a-t-il prévenu. Le souhait de Fillon – une majorité unie – est loin d'être exaucé.

Source : Lepoint.fr – Pauline de Saint Remy – Le 8 mars 2011