« Les nouveaux maires en Seine-Saint-Denis » par G. Bourdon et N. Amiri – Le Parisien

de | 2008-09-24

Aulnay, le 3 juin 2008. Gérard Ségura (à gauche) est venu sur le site de l’ancienne usine d’amiante (CMMP). La ville réclame l’intervention de l’Etat pour sa démolition (LP/G.B.)

Six mois après leur prise de fonction, « le Parisien » dresse un premier bilan de l’action de ces nouveaux maires. Aujourd’hui, dernier volet de notre série avec un zoom sur Gérard Ségura (PS).

Le 16 mars 2008, 204 voix ont fait la différence. Le socialiste Gérard Ségura (60 ans) a délogé l’UMP Gérard Gaudron de son siège de maire, mettant fin à vingt-cinq ans de droite à Aulnay-sous-Bois.

Fort d’une expérience de conseiller général, l’ancien enseignant s’est adapté avec aisance à ses nouvelles fonctions.

Son style
Même s’il tient en général à s’exprimer sur les gros dossiers, Gérard Ségura insiste sur le rôle de son équipe : « Beaucoup d’élus jeunes en termes d’expérience, et totalement investis dans leur mission », assure-t-il. La méthode Ségura, c’est aussi le contact avec la population. Adepte de la démocratie participative, il a notamment réinstallé les conseils de quartier. Et un service dédié aux demandes et aux plaintes des habitants va être mis sur pied le 1er octobre.

Ses premiers chantiers
S’appuyant sur les premières conclusions d’un audit financier, Gérard Ségura souhaite revoir l’organisation des services municipaux : « La ville est peu endettée, mais elle a vécu sur des acquis confortables. Les dépenses de fonctionnement ont régulièrement augmenté. En 2011-2012, il faudra assumer celles liées à la rénovation urbaine et aux plans de sauvegarde des copropriétés de la Morée et de Savigny Pair. » Le maire s’est également attaqué au problème du logement, a repris en main le projet de rénovation urbaine et souhaité réviser le plan local d’urbanisme (PLU), jugé trop permissif à l’égard des promoteurs. Pour « densifier de manière raisonnable, en consultant les habitants », la ville vient de conclure un partenariat avec l’Etablissement foncier d’Ile-de-France, pour acheter ou préempter des terrains. L’élu annonce également un programme de 150 logements sociaux « par petites unités ». En matière économique, il réfléchit au réaménagement des zones d’activités des Mardelles, de la Fosse à la Barbière, mais aussi à un « projet le long du boulevard André-Citroën ».

Son constat

« On est là depuis cinq mois et on possède maintenant l’essentiel des gros dossiers. En un temps aussi court, c’est un bon travail », se félicite Gérard Ségura, qui concède un léger « moins bien » sur les questions de sécurité et de prévention. L’élu se dit « surpris du manque d’implication de l’ancienne équipe, durant les dernières années, en matière d’emploi, de modernisation des services, de développement économique », et promet des résultats rapides.

Ce qu’en dit l’opposition

L’opposition UMP (la seule au conseil) a commencé la bataille en raillant la « gauche bling-bling », lorsque la nouvelle majorité a décidé d’augmenter les indemnités des élus. Aujourd’hui, l’ancien maire Gérard Gaudron pointe « beaucoup d’effets d’annonce, des actions dans tous les sens, mais des projets peu lisibles ». Son ex-adjoint à la sécurité, Franck Cannarozzo, estime que « Gérard Ségura a honoré quelques-uns de ses engagements de campagne, mais de manière symbolique. Par exemple, concernant l’ancienne usine d’amiante CMMP, un vote a eu lieu, mais il n’existe aucun moyen juridique d’obtenir une démolition… »

Vu par les habitants – «Il faut que ça bouge »
«Je ne vois pas trop de changements pour l’instant.»
A l’image de Stéphanie, étudiante, 21 ans, les habitants d’Aulnay sont encore dans l’expectative.
Certes, Malik, 29 ans, trouve « merveilleux » que la municipalité soit « passée à gauche. On avait tout le temps les CRS dans les quartiers, maintenant ça va mieux. »
« La ville n’était pas si mal gérée avant, note Olivier, 37 ans, expert immobilier. J’aimerais qu’on donne une image plus positive d’elle… »
Danièle, 23 ans, étudiante, qui vit à la cité de l’Europe, note une « vraie différence entre le nord et le sud de la ville » comme s’il y avait « une frontière invisible ». Elle souhaiterait qu’on se préoccupe « de l’emploi et de l’environnement ».
« Je ne connais pas tellement le nouveau maire, remarque Bonassi, 36 ans, mais un défilé a été organisé pour le 14 juillet dernier, la population s’est sentie concernée. »
« Il faut que ça bouge, complète Abelnour, 22 ans, agent de nettoyage. J’aimerais plus de sécurité, mais il faut faire quelque chose pour les jeunes. »

Source : Le Parisien – Gwenael Bourdon et Naïma Amiri – Le 24/09/2008