Le Nouveau Centre au bord de l’implosion

de | 2012-02-27

Le Nouveau Centre au bord de l'implosion - image 2a164160-6071-11e1-a681-2790bf6e5344-493x328 on http://www.billelouadah.frLe congrès du parti centriste, qui s'est tenu samedi, a révélé au grand jour les rivalités profondes entre Hervé Morin et ses adversaires internes, dont Jean-Christophe Lagarde.

Le Nouveau Centre a donc confirmé son ancrage à droite, dans la douleur. Mais les protagonistes du congrès extraordinaire de Nogent-sur-Marne (94) en sont repartis samedi avec la ferme intention de poursuivre les hostilités dès la première occasion.Le Nouveau Centre au bord de l'implosion - image coeur- on http://www.billelouadah.fr

En ce qui concerne la présidentielle, certains pro-Bayrou, bien que largement devancés par les pro-Sarkoy, n'ont pas renoncé à soutenir le candidat du MoDem au premier tour. À l'instar du sénateur parisien Yves Pozzo di Borgo, qui «ne désespère pas» que le patron du MoDem appelle à voter pour le président sortant au second tour, ils considèrent que l'UMP les respectera davantage s'ils ne se rallient pas immédiatement.

«Je me souviendrai des saloperies!»

Ce désaccord, aussi profond soit-il, ne pèse presque rien à côté des autres motifs de division de la «famille» NC. «Les comptes ont été réglés», a affirméHervé Morin samedi soir, mais son discours de clôture de congrès prouve le contraire. Vainqueur du match des motions, avec 67,63% des suffrages exprimés – soit 1642 voix -, il s'est lancé dans une diatribe furieuse contre ses adversaires. Malheur aux vaincus!

Le président du NC n'a pas cité le nom de Jean-Christophe Lagarde, mais l'auditoire a compris de qui il parlait quand il a dénoncé des gens venus de Drancy «par car, ne sachant même pas parfois à quelle manifestation ils se rendaient!», et qui ont hué tous les orateurs, sauf le député maire de leur ville. «Mon erreur, a poursuivi Morin, c'est de considérer qu'on peut tout accepter même quand on a pris quatre baffes. Je me souviendrai des saloperies!»

La principale, à ses yeux, n'est même pas que Lagarde ait essayé, avec un succès certain, de transformer le congrès extraordinaire en foire d'empoigne. Il lui reproche surtout de s'être «jeté, par opportunisme, dans les bras de Jean-Louis Borloo», «candidat à la présidence puis à la présidence de Veolia». Et il soupçonne le député de Seine-Saint-Denis de vouloir diluer le Nouveau Centre dans une alliance avec les Radicaux de Borloo.

Quand Jean-Christophe Lagarde est monté à la tribune, ses supporteurs ont hurlé: «Lagarde président!» Convoite-t-il vraiment le fauteuil d'Hervé Morin? Pas si sûr, tant l'avenir du NC s'annonce sombre. Ce qui ne signifie pas que le président du parti est assuré de garder son siège lors du congrès de renouvellement de ses instances, prévu en septembre ou octobre prochain. Le ministre de la Fonction publique François Sauvadet a d'ores et déjà prévenu que «le problème de gouvernance du Nouveau Centre devrait se régler à la rentrée».

Les trois scénarios de Bourlanges

Ces critiques ne vont pas faciliter la prochaine épreuve du leader du NC: les pourparlers avec l'UMP pour les législatives de juin. Vertement critiqué pour n'avoir rien négocié avec le parti de Sarkozy en échange de son retrait de la course présidentielle, Morin a revendiqué son attitude: «J'ai eu la dignité de ne rien demander du tout à Nicolas Sarkozy, ni remboursement de frais de campagne ni sièges!» Mais toute considération esthétique mise à part, on voit mal pourquoi, dans ces conditions, Jean-François Copé se montrerait généreux.

Jean-Louis Bourlanges, qui a quitté François Bayrou sans pour autant rejoindre Hervé Morin en 2007, se désole que «le centre soit mort aujourd'hui structurellement», alors que ses thèmes sont «fondamentaux». À commencer par l'Europe, «dont personne ne parle plus».

Selon lui, trois scénarios sont désormais possibles: «L'indépendance, siFrançois Bayrou obtient un score à deux chiffres ; la reconstitution de l'UDF autour d'un duo type Borloo-Raffarin, avec accord de primaires avec ce qu'il restera de l'UMP pour tenir compte de la menace de l'extrême droite, ou, enfin, le renouveau de l'UMP sur d'autres bases, avec la reconnaissance d'une vraie diversité.» La première solution serait, selon lui «la pire», la deuxième, «la meilleure», mais il se garde bien de tout pronostic.

Source : Le Figaro – Judith Waintraub – Le 26 février 2012