Le Figaro : « L’UMP espère tourner au plus vite la page des polémiques »

de | 2009-10-19

Le trouble n'est pas dissipé dans la majorité. Au lendemain de l'interview du président de la République dans Le Figaro, les griefs des parlementaires – anciens ou nouveaux – continuent à «brouiller», selon plusieurs élus, le message de l'Élysée. Claude Goasguen n'en démord pas : «Il faut arrêter de troubler l'électorat de la majorité avec l'ouverture, car on sent nos sympathisants réagir sur des sujets mineurs.» Député des Yvelines, Jacques Myard ne fait pas de langue de bois : «Oui, nos militants continuent d'être troublés par les affaires Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy

Il faut dire que la probable accession du fils Sarkozy à la tête du quartier de la Défense est désapprouvée, selon un sondage CSA-Le Parisien, par deux tiers des Français et plus de la moitié des sympathisants de droite. De quoi miner le moral des militants UMP. «C'est vrai que ça déconne à plein tube. On a la désagréable impression que le président allume des incendies qu'il essaie ensuite d'éteindre», résume crûment un ancien ministre, sous couvert d'anonymat.

Les députés UMP, qui ne savent plus quoi répondre à leurs électeurs, ont envie de tourner au plus vite la page des polémiques successives sur Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy pour «se concentrer sur le fond des dossiers». Tout le monde espère que David Douillet,candidat UMP à la législative partielle dans les Yvelines, ne sera pas pénalisé. Appelant ses collègues au «sang-froid», Alain Gest, député sarkozyste de la Somme, explique que «la majorité n'a aucun intérêt à participer à la critique». Secrétaire général adjoint de l'UMP, Axel Poniatowski souhaite également que le parti majoritaire «se consacre à la sortie de crise et aux réformes, pour placer la France en état de compétitivité dans une économie mondialisée».

Le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, qui a fait entendre une voix dissonante sur le dossier de la baisse de la TVA à 5,5 % dans la restauration, réclame «l'union derrière le président de la République». «C'est lui qui nous a fait gagner en 2007, c'est lui qui nous fera gagner en 2012. Il ne faut pas qu'on l'oublie», lance-t-il. Pragmatique également, Thierry Mariani avertit : «Il faut se serrer les coudes. Arrêtons les états d'âme qui nous coûteraient cher aux régionales.»

Élu de Lorraine, une région particulièrement touchée par le chômage, Laurent Hénart affirme que «sur le terrain, les gens n'ont que l'emploi pour première préoccupation». «Ils sont inquiets pour la reprise économique, et ne voient pas les carnet de commandes se remplir», témoigne l'ancien ministre.
  
Mais d'autres élus s'inquiètent aussi de la grogne qui monte dans le monde rural. «On est à l'aube d'une immense crise agricole. Les gens ont le sentiment que le gouvernement mène une politique pour les villes et ignore les campagnes», avertit le chiraquien François Baroin. L'élu du Rhône Philippe Meunier confirme : «Il y a une désespérance du monde rural. Il faut y répondre très vite. C'est l'une des faiblesses du quinquennat.»

Calmer les députés

Pour remobiliser la majorité, Christian Jacob invite le gouvernement à «associer davantage le groupe à la conduite des réformes». «Plus nous serons associés en amont, plus le travail législatif sera efficace», insiste le député chiraquien de Seine-et-Marne. Le bras droit de Jean-François Copé au sein de son club générationfrance.fr se félicite que le rapporteur général du budget, Gilles Carrez, ait pu «réécrire» l'article du gouvernement sur la réforme de la taxe professionnelle.

L'exécutif aura, en revanche, fort à faire pour calmer les députés qui veulent assouplir le bouclier fiscal. Après le rejet de justesse d'un amendement du Nouveau Centre visant à exclure la CSG et la CRDS du bouclier fiscal, le président UMP de la commission des lois Jean-Luc Warsmann a déposé vendredi avec Marie-Anne Montchamp (UMP) un amendement visant aussi à exclure la CRDS du bouclier. Un nouveau bras de fer en perspective. Encore un. Car la réforme des collectivités territoriales promet d'être rude pour le gouvernement qui est loin d'avoir rassuré les parlementaires UMP qui sont aussi des élus locaux.

Source : Le Figaro – Sophie Huet et Bruno Jeudy – Le 16 octobre 2009