Laurent Hénart : « L’UMP n’arrivera jamais au sprint devant Marine Le Pen »

de | 2011-03-06

Laurent Hénart : Numéro 2 du Parti radical, Laurent Hénart, député de Meurthe-et-Moselle, monte au créneau contre le projet de loi gouvernemental sur l’immigration. Soixante-huit députés de la majorité – tout le groupe Nouveau Centre, les radicaux et des centristes de l’UMP comme Pierre Méhaignerie – demandent la suppression de l’amendement instaurant la déchéance de la nationalité aux personnes coupables de crime à l’encontre de personnes dépositaires de l’autorité publique. Ce texte pourrait donc, comme au Sénat, être retoqué à l’Assemblée nationale la semaine prochaine.

Qu’est-ce qui vous gêne dans le texte gouvernemental ?

Je n’avais pas voté le texte en première lecture, à cause de cet article sur la déchéance de la nationalité. Nous venons de déposer un amendement le supprimant à nouveau. Je ne comprends pas le message envoyé sur ce point sous prétexte de sécurité. Ce n’est pas le risque de déchéance de nationalité qui va avoir une vertu dissuasive ou répressive. Par contre, nous jouons avec un symbole. Instiller l’idée qu’il y aurait des citoyens de souche à la nationalité intouchable et d’autres naturalisés depuis moins longtemps dont la nationalité pourrait être remise en cause, c’est un retour au droit du sang.

Tous les centristes, y compris ceux de l’UMP, sont-ils sur la même longueur d’onde ?

Cet amendement a été signé par Pierre Méhaignerie pour les centristes de l’UMP, par François Sauvadet, président du groupe parlementaire Nouveau Centre, par Hervé de Charette, de la Convention démocrate, et par Philippe Folliot, député de l’Alliance centriste. Notre amendement de suppression va mobiliser l’ensemble des centristes et des républicains sociaux.

Vous êtes donc associés à l’UMP, mais en total désaccord…

Il est clair que nous ne pensons pas la même chose que la majorité du groupe. Une ligne de partage existe dans la majorité sur cette question.

Ce clivage se retrouve-t-il au sein de la majorité à propos du débat sur la place de l’islam en France ?

Oui. Cette affaire de déchéance de la nationalité est lancée en plein milieu d’un débat sur la sécurité des Français. Et, aujourd’hui, elle entre en résonance avec un débat sur l’identité française, sur l’unité de notre nation et le principe de laïcité, sur notre capacité à faire vivre ensemble des gens différents dans leurs convictions, leurs religions. Nous n’avons pas demandé ce débat sur la laïcité pour lequel les radicaux estiment qu’il n’y a plus lieu à débattre. Tout le principe de laïcité, rien que le principe de laïcité. Et sans épithète. Arrêtons de parler de nouvelle laïcité, de laïcité revisitée ou active. Cela signifie deux choses. D’abord son application stricte. Comme cela a été le cas après le débat sur le foulard, qui s’est soldé par une interdiction du port de signes religieux dans les établissements scolaires et dans les services publics. Le deuxième point repose sur une égalité parfaite de traitement entre toutes les religions puisque la loi de 1905 stipule que l’Etat ne reconnaît aucun culte. Elle ne fait pas obstacle à la pratique à ciel ouvert de l’islam.

L’UMP court-elle une nouvelle fois après les électeurs du FN ?

L’UMP n’arrivera jamais au sprint devant Marine Le Pen auprès des électeurs du FN en courant dans le même couloir. Marine n’est pas Marianne. Quand elle use de locutions républicaines, tout le monde saisit ce qu’il y a derrière. Pour elle, la laïcité ne revient pas à considérer également toutes les religions mais à affirmer en filigrane que la France est un pays catholique où les musulmans ne sont pas les bienvenus. On peut reconnaître le patrimoine issu de la chrétienté, comme l’a fait le chef de l’Etat au Puy-en-Velay, et dans le même temps permettre une pratique officielle et transparente du culte musulman en France. Marine Le Pen véhicule les mêmes peurs que son père avec juste un changement de lexique.

Ces désaccords fondamentaux avec l’UMP vont-ils vous conduire à vous séparer du parti du chef de l’Etat ?

Depuis 2007, il y a déjà eu des points de divergence. Mais aujourd’hui le débat est plus vif. D’abord parce que nous sommes au lendemain d’une crise sans précédent. Nos concitoyens exigent de nous que nous apportions des réponses nouvelles. De plus, nous sommes à un peu plus d’un an de la présidentielle, suivie des législatives. Face à cette échéance, les républicains sociaux doivent davantage se faire entendre. Sans pour autant dénoncer des «méchants» qui nous brideraient. Mais simplement en défendant plus fermement nos convictions.

Allez-vous rompre avec l’UMP ?

Nous allons d’abord affirmer plus fortement nos idées. Ce travail est en cours et le congrès du Parti radical, en mai, nous permettra de faire connaître plus largement notre «Manifeste pour 2012». Nous sommes aujourd’hui dans une démarche de construction d’une confédération des centristes, radicaux, républicains sociaux et écologistes indépendants. Et, si elle aboutit, elle réorganisera complètement l’actuelle majorité. Au sein de cette future confédération indépendante, le Parti radical ne pourra reconduire l’accord d’association avec l’UMP. C’est évident.

Les centristes de l’UMP sont-ils prêts à vous suivre au sein de cette nouvelle confédération ?

Ils sont convaincus que la prochaine législature ne pourra ressembler à celle qui se termine. Après… Certains bougeront parce qu’une force nouvelle se sera organisée, d’autres parce qu’ils souhaitent une candidature présidentielle centriste. La volonté d’aboutir à cette confédération est très forte. Et les débats d’actualité nous soudent.

Source : Libération – Christophe Forcari – Le 5 mars 2011

Une réflexion au sujet de « Laurent Hénart : « L’UMP n’arrivera jamais au sprint devant Marine Le Pen » »

  1. alain rabier

    La place de l’Islam en France est la même que toutes les autres religions : appartenant à la sphère privée et soumises au cadre législatif républicain et laïque dans la sphère publique.

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