Présidentielle 2012 : « La poussée de M. Bayrou dans les sondages rappelle celle de 2007 »

de | 2012-01-16

Présidentielle 2012 : L'actuelle hausse de François Bayrou dans les enquêtes d'opinion est-elle comparable à celle qu'il avait connue en 2007 ? Est-elle plus forte qu'il y a cinq ans ? Les quatre responsables d'instituts de sondages interrogés par Le Monde.fr soulignent les similitudes entre le parcours de celui qui fut le "troisième homme" à la dernière présidentielle et la campagne actuelle du candidat du MoDem, qui a doublé ses intentions de vote en deux mois et apparaît désormais, avec François HollandeNicolas Sarkozy et Marine Le Pen, comme l'un des quatre favoris du scrutin, dans les enquêtes d'opinion.

Quand 6 % à 7 % des sondés se disaient prêts à voter pour le centriste au premier tour en novembre dernier, ils sont aujourd'hui de 11 à 15 %. Depuis son entrée en campagne le 7 décembre, sa progression l'a fait atteindre un niveau d'intentions de vote légèrement supérieur à celui qu'il avait en 2007 à la même époque. Mais il y a certaines différences dans le paysage politique, pointent les sondeurs, alors que le Béarnais espère faire mieux qu'en 2007, où il obtint finalement plus de 18 % des voix.

  • Quelle a été la progression de M. Bayrou dans les sondages en 2007 ?

Quand ils rejouent le film de la campagne de 2007, les sondeurs observent trois séquences bien distinctes, concernant M. Bayrou. Il a d'abord connu "un premier décollage" des intentions de vote en sa faveur fin 2006-début 2007, passant successivement de 8 % en décembre 2006, à 9 % mi-janvier 2007, avant de monter à 12,5 % fin janvier. "Il progresse à partir du moment où il lance vraiment sa candidature puis il effectue une poussée constante et puissante", se remémore Gaël Sliman, directeur du pôle opinion de BVA.

La seconde accélération démarre fin février 2007. De 12,5 %, le centriste gagne près de 6 points et atteint 18,5 %, qui sera son score final du premier tour. Sa progression se poursuit jusqu'à atteindre un sommet de 23 % mi-mars, dans un sondage Sofres. À ce moment-là, M. Bayrou talonne Ségolène Royal, à deux points. "Une partie de l'électorat de gauche voyait alors M. Bayrou comme le meilleur rempart face à M. Sarkozy", estime Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l'IFOP.

A l'époque, les instituts BVA et CSA effectuent même des sondages de second tour, en opposant M. Bayrou et M. Sarkozy. Et le centriste est donné gagnant en finale face au candidat de l'UMP, avec 55 % contre 45 % dans un sondage BVA-L'Express du 17 mars 2007, se souvient Gaël Sliman.

Dans les deux derniers mois de la campagne, il redescend et obtient finalement 18,57 % des voix au premier tour (6,75 millions de voix). Ségolène Royal ayant profité d'un sursaut en sa faveur, essentiellement motivé par le "vote utile" et la peur de certains électeurs de gauche de revivre un 21 avril 2002, avec l'élimination du candidat PS au premier tour, selon le spécialiste de l'opinion de BVA.

 

Présidentielle 2012 :

Ségolène Royal et François Bayrou avant leur débat, le 28 avril 2007.AFP/BERTRAND GUAY

 

  • Quels étaient les ressorts de l'ascension de M. Bayrou dans l'opinion en 2007 ?

La progression du candidat du MoDem tient alors autant aux thématiques et aux valeurs qu'il incarnait, qu'à la faiblesse des principaux candidats, selon les sondeurs. En adoptant des positions anti-système – notamment ses critiques contre les média, jugés trop verrouillés – et en mettant en avant la question de la dette, M. Bayrou jouait une partition différente de ses principaux adversaires. "C'est le premier à avoir soulevé cette thématique, pendant que les deux favoris faisaient une campagne plus classique, en s'adressant aux catégories traditionnelles de leur électorat", rappelle Jérôme Fourquet. Selon ce dernier, le centriste a alors marqué des points en obligeant M. Sarkozy et Mme Royal à se repositionner sur ce thème.

En 2007, le Béarnais avait également posé des actes d'indépendance vis-à-vis de la droite, en ne votant pas le budget de l'Etat ou celui de la sécurité sociale. Son positionnement centriste devenait un atout, selon le directeur adjoint du département opinion de l'IFOP : "Avec son côté 'attrape-tout', il avait réussi à matérialiser au maximum le potentiel du centre."

M. Bayrou était parvenu à grignoter des voix aussi bien à Nicolas Sarkozy qu'à Ségolène Royal, qui n'avaient pas assez "couvert" leur centre et rebutaient une partie de leur électorat. Symboliquement et politiquement, il est d'ailleurs intéressant de constater qu'en 2007, M. Bayrou arrive second chez les agriculteurs, traditionnellement de droite, et chez les professeurs, historiquement à gauche.

Le même phénomène s'opère aujourd'hui, pointe Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos : "François Bayrou prend actuellement autant de voix au centre-droit qu'au centre-gauche. Le sentiment de déception vis-à-vis des deux favoris le sert." Comme en 2007. "Au moment où les électeurs n'expriment pas un désir fort pour les autres candidats, son positionnement centriste – à la fois hors et dans le système – plait à certains", estime également Edouard Lecerf, directeur général de TNS-Sofres.

Autre parallèle avec sa précédente campagne, souligné par les sondeurs : cette année, un des thèmes forts de l'entrée de campagne de François Bayrou, tient une place importante. La formule du "Made in France" – dont l'UMP lui conteste la paternité – s'est imposée dans le débat. Et la question des dettes souveraines est plus dans l'actualité qu'en 2007. L'idée qu'il faille adopter un gouvernement d'unité nationale en temps de crise, prônée de longue date par le candidat centriste, peut également être plus audible aujourd'hui qu'il y a cinq ans, estiment les spécialistes de l'opinion.

 

Présidentielle 2012 :

Nicolas Sarkozy et François Bayrou, à l'usine Turbomeca, à Bordes (Pyrénées-Atlantiques), le 22 juin 2010.AFP/PHILIPPE WOJAZER

 

  • La progression actuelle de M. Bayrou est-elle plus forte qu'en 2007 ?

Contrairement à présidentielle précédente, le centriste est cette fois-ci parti de plus bas, avec seulement 6 % d'intentions de vote en novembre dernier, alors qu'il était déjà crédité de 10 % cinq ans plus tôt. Fin janvier 2007, François Bayrou était dans les mêmes eaux qu'aujourd'hui, à un niveau légèrement supérieur. Cette année, il est donc "en avance" de quinze jours environ par rapport à la courbe de ses sondages de 2007.

"Sa progression actuelle est peut-être un peu plus spectaculaire qu'en 2007 mais on ne peut pas dire qu'elle est plus forte", nuance pourtant Edouard Lecerf.

Les sondeurs soulignent également que le paysage politique n'est plus le même. Avec seulement 12 % d'intentions de vote, en janvier 2007, Jean-Marie Le Pen se situait à un niveau bien plus bas que sa fille aujourd'hui. Créditée de près de 20 %, Marine Le Pen laisse moins de potentiel à M. Bayrou du côté des électeurs tentés par un discours "anti -système".

Le centriste a annoncé que, s'il n'atteint pas le second tour, il se prononcera, pour l'un ou l'autre des candidats qualifiés, contrairement à 2007. Mais en attendant, il ne parle que de son éventuelle accession au second tour. Un scénario jugé improbable par les sondeurs, selon lesquels il faudrait pour cela qu'il fasse le plein de son principal réservoir de voix, qui serait sur sa droite : "C'est lui qui semble le plus en capacité d'agréger les électeurs de droite, qui n'ont pas envie de voter pour Nicolas Sarkozy", selon Edouard Lecerf.

Selon Brice Teinturier, le vrai enjeu pour M. Bayrou sera de répondre aux attentes des électeurs potentiels, s'il passe la barre des 15 % dans les sondages. "Une fois qu'un candidat est perçu comme pouvant accéder au second tour, les Français le regardent autrement et se posent des questions qu'ils ne se posaient pas avant, du type : 'Quel est son programme ? Comment gouvernera-t-il ? A-t-il une majorité pour appliquer ses mesures ? Et surtout : veut-on vraiment qu'il accède au second tour ?'" Avant de résumer : "S'il arrive à 16 ou 17 %, il devra convaincre qu'il peut occuper la fonction et répondre à ces interrogations."

Source : Le Monde –  Alexandre Lemarié - Le 15 janvier 2012