La grosse colère de Jean-Louis Borloo

de | 2010-11-05

La grosse colère de Jean-Louis Borloo - image  on http://www.billelouadah.fr «Fillon panique ! Il tire sa dernière cartouche !» Mercredi soir, Jean-Louis Borloo laisse éclater sa colère devant sa garde rapprochée centriste, discrètement réunie au ministère de l’Ecologie. Il vient de découvrir les propos du Premier ministre, qui a avoué pour la première fois son désir de rester en poste.

« Borloo était piqué au vif », raconte un participant. Le duel entre les deux hommes pour Matignon se tend. A l’UMP, beaucoup jugent en effet que le prudent Fillon ne serait pas sorti du bois s’il n’avait pas obtenu l’assurance de rester. Mais Borloo ne veut pas croire à un accord contre lui. « Fillon et Copé sont en train de mettre Sarkozy dans un coin. Je suis la porte de sortie du président! » assène-t-il à ses proches.
 
Très remonté, Borloo rend coup pour coup à ces élus UMP qui raillent sa coupe de cheveux, le traitent de dilettante et mènent campagne contre l’arrivée d’un centriste à Matignon. « S’ils me cherchent, ils vont me trouver! » cogne le ministre de l’Ecologie. « On essaie de me faire passer pour un dépensier. Je n’ai jamais été ministre du Budget, ni Premier ministre, je ne suis pas responsable du déficit! » « Jean-Louis était assez chaud, il a lâché la bride et les coups », souffle un élu centriste présent lors de la réunion. Dans la salle, ils étaient une quinzaine ce mercredi soir : les ministres Valérie Létard, Jean-Marie Bockel, Marc-Philippe Daubresse, les députés Jean-Christophe Lagarde, Pierre Méhaignerie, Maurice Leroy… « Trop, c’est trop! » approuve Bockel.
  
S’il se veut « loyal » à Sarkozy, son « meilleur allié », Borloo, devant ses troupes, a tout de même agité la menace : « Matignon ou pas, la question se posera à un moment donné de savoir s’il y aura un candidat du centre à la présidentielle. » Une ligne rouge pour le président, qui ne veut pas en entendre parler. Face à l’UMP, Borloo veut accélérer la création d’une « confédération » des centres. « La diversité fait partie de la majorité. Sans diversité, on ne gagne pas 2012 », appuie Valérie Létard.
  
C’est donc peu dire que le contraste était saisissant entre le Borloo aux nerfs à vif de mercredi soir et le ministre de l’Ecologie tout miel qui accompagnait hier Sarkozy à Troyes, fief de François Baroin, qu’on dit aussi Premier ministrable. Raie sur le côté, gestes maîtrisés et sourire un brin forcé — bref bon élève —, Borloo n’a pas lâché le président d’une semelle. Au point d’éclipser Baroin, celui qui devait être la vedette du jour, visiblement amusé par le manège de son collègue.
   
Mais voilà : impossible de dire hier avec précision qui tenait la corde pour Matignon. « Un jour, c’est Borloo, un jour, c’est Fillon et ainsi de suite », soupire un élu UMP. Sarkozy s’est amusé à brouiller les pistes, saluant le « courage » du ministre de l’Ecologie, puis évoquant sa « totale confiance » en son ministre du Budget. « Je suis pour la concurrence », a même plaisanté le président, en parlant… des trains. Selon ses proches, Sarkozy n’a tout simplement pas tranché.
  
Mais en retardant le remaniement, prévu mi-novembre, il laisse les rancœurs s’accumuler. « C’est gothique, se désole un ténor de l’UMP. Les ministres sont affaiblis. Les clans sont en train de se former. Ce mode de management monte les uns contre les autres. Or, toutes les guerres laissent des traces. »
 
Source : Le Parisien – Nathalie Schuck avec F.G. – Le 5 novembre 2010