La droitisation de Copé ouvre un espace à Borloo et aux centristes

de | 2012-10-10

L'Union des démocrates et indépendants (UDI) est face à un paradoxe : le parti de centre-droit affiche sa volonté d'alliance systématique avec l'UMP, alors que certaines prises de position de leaders de ce parti vont à l'encontre des convictions "humanistes" affirmées dans son pacte fondateur. Le ton employé par Jean-François Copé a poussé le président de l'UDI, Jean-Louis Borloo, et le secrétaire général du parti, Jean-Christophe Lagarde, à prendre leurs distances avec la "stratégie à droite toute" adoptée par le secrétaire général de l'UMP dans la campagne qui l'oppose à François Fillon pour la présidence de son parti.

"COPÉ ATTISE LA PEUR DE L'AUTRE"

Invité à commenter les propos de M. Copé sur "le racisme anti-Blancs" et son anecdote du "pain au chocolat" pendant le ramadan, M. Borloo a expliqué, mardi 9 octobre, sur France Inter, que ce n'était "pas des propos ou des attitudes" qu'il approuvait. "Si on crée l'UDI, c'est bien parce que notre vision de la société n'est pas exactement celle-là et c'est le moins que l'on puisse dire", a-t-il souligné, en rappelant que son parti était opposé à toute alliance, même locale, avec le FN.

Jean-Louis Borloo par franceinter

Dimanche, le porte-parole de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, s'en est pris dans des termes moins feutrés à M. Copé, dont il a vivement condamné la droitisation du discours. "Franchement Copé me tape sur le système quand il attise la peur de l'autre. Nombre d'UMP doivent se sentir mal à l'aise avec de tels bobards", a "tweeté" le député de Seine-Saint-Denis. Invité à commenter ce message, Jean-Louis Borloo – qui ne souhaite pas exprimer une préférence entre MM. Fillon et Copé – a concédé que M. Lagarde avait là "reflété une opinion assez partagée" à l'UDI.

 
La droitisation de Copé ouvre un espace à Borloo et aux centristes - image image_normal on http://www.billelouadah.frLAGARDE Jean-Christo@jclagarde

Franchement COPE me tape sur le système quand il attise la peur de l'autre.Nombre d'UMP doivent se sentir mal à l'aise avec de tels bobards.

"PEU IMPORTE QUE CE SOIT COPÉ OU FILLON"

Mais, au delà des condamnations de MM. Borloo et Lagarde, la droitisation de l'UMP fait les affaires de l'UDI. Même si aucun des responsables ne le dit ouvertement, une UMP radicalisée présidée par Jean-François Copé ouvrirait politiquement un champ des possibles beaucoup plus vaste que si c'est François Fillon qui prend le contrôle du principal parti d'opposition. Ce dernier est en effet perçu comme plus modéré et pourrait donc en principe séduire davantage l'électorat de centre-droit. "Il est évident que cette droitisation va faire s'éloigner une partie de la droite et du centre-droit", estime Dominique Paillé, conseiller du Parti radical. 

  L'espace ouvert au centre-droit serait donc plus grand en cas de victoire de M. Copé. Une lecture que réfute Maurice Leroy, sénateur du Loir-et-Cher, porte-parole de l'UDI. "Dire cela, c'est enfoncer des portes ouvertes", estime-t-il. "Peu importe que ce soit Jean-François Copé ou François Fillon, qui gagne le congrès de l'UMP. Il y a un espace au centre qui existe. A nous de l'occuper", ajoute-t-il.

"PRENDRE LE LEADERSHIP"

Pour autant, une UMP très à droite pourrait servir la stratégie de M. Borloo, dont l'objectif est, in fine, de créer un "grand parti d'opposition" capable de contester le leadership à l'UMP. Le président de l'UDI a résumé ce positionnement mardi, sur France Inter, en affirmant : "Nous sommes dans le principe d'une coalition et nous avons l'intention de peser dans cette coalition voire d'une prendre le leadership."Les centristes de droite comptent aussi sur le départ de certains modérés de l'UMP en cas de victoire de M. Copé.

Il faut aussi noterr qu'au sein de l'UDI même, il existe des tentations droitières. Le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) en est membre, en tant que personne morale. Il arrive d'ailleurs aux responsables de ce parti, qui a longtemps servi de passerelle entre l'extrême droite et la droite parlementaire, de s'exprimer dans l'hebdomadaire d'extrême droite Minute. C'est un parti loin d'être "centriste". Dernièrement, François Lebel, maire du 8e arrondissement de Paris et vice-président du CNIP, s'est illustré en affirmant que le mariage homosexuel pourrait ouvrir la porte à l'acceptation de l'inceste, la pédophilie et la polygamie. Gilles Bourdouleix, président du CNIP, a d'ailleurs condamné ces propos.

 LE MODEM CONTRE UNE UMP DROITIÈRE

Le MoDem, qui n'entend pas nouer une alliance globale avec l'UMP, se démarque particulièrement de la droitisation du principal parti d'opposition. Une des raisons les plus souvent avancées par les militants et les cadres du parti de François Bayrou pour s'opposer à un rapprochement avec l'UDI est que cette dernière a lié son destin à celui de l'UMP. Or, le MoDem refuse de travailler avec une UMP droitière.

D'ailleurs, en clôture des universités de rentrée de son mouvement, le 30 septembre, à Guidel, dans le Morbihan, M. Bayrou ne s'est pas privé de tacler Jean-François Copé – sans le nommer – à propos du "racisme anti-Blancs". Pour le président du MoDem, ces prises de position attiseraient "le feu" "Ce feu-là, c'est un pays qu'il brûle, c'est une nation qu'il ravage, ce sont des enfants qu'il sépare et jette les uns contre les autres , au nom de l'origine ou de la religion, ou de la peau qu'il faut mettre en avant, noire ou bistre ou blanche."

Source : Le Monde – Le 10 octobre 2012 – Abel Mestre et Alexandre Lemarié