Jean-Louis Borloo soigne son profil social

de | 2010-11-01

Jean-Louis Borloo soigne son profil social - image  on http://www.billelouadah.fr Le ministre de l'Écologie, Jean-Louis Borloo, a de sérieux atouts pour conduire le gouvernement jusqu'à la présidentielle de 2012. (Crédits photo: Jean-Christophe Marmara/Le Figaro)

Pour l'Élysée, le ministre de l'Écologie présente l'avantage de faire bouger les lignes de l'électorat centriste. 

 
«C'est un débat inélégant», a déclaré, ce dimanche, Jean-Louis Borloo sur Canal+, à propos du «mercato» des premiers ministrables. Le remplacement ou non de François Fillon à Matignon relèvera d'«un choix politique» d'adaptation à la réalité du moment, a-t-il estimé, en répondant à une question sur la formation d'un nouveau gouvernement par Nicolas Sarkozy. Le ministre de l'Écologie a aussi plaidé pour un choix politique qui, en creux, lui donne la préférence: «Plus il y a des crises, plus il y a un besoin de justice sociale. Il faut tendre la main aux plus fragiles», a-t-il résumé. Borloo, qui était ce dimanche interrogé dans l'émission «Dimanche +», a aussi ironisé sur la condescendance dont font preuve les commentateurs qui ne le jugent pas à la hauteur de la fonction de premier ministre: «On a dit cela quand je suis devenu maire de Valenciennes, quand on m'a nommé au gouvernement, puis quand j'ai été promu ministre du pôle de cohésion sociale, à chaque fois j'ai l'impression de revoir le même film», a-t-il commenté. «D'abord, on dit que je suis pas bien coiffé, puis que je suis trop bien coiffé», a raillé Borloo.

Conscient d'avoir un peu écorné son image dans la gestion de la crise des raffineries, il a tout fait pour reprendre les choses en main. Un reportage le montrait ce dimanche aux manettes dans son ministère, animant une réunion d'experts pour évaluer les blocages dans les raffineries. Et il est déjà prévu qu'il annonce lui-même, dès mercredi, la fin définitive de la pénurie d'essence.

Du côté de l'Élysée, on relativise le léger recul de Borloo. Et on estime qu'il s'est rattrapé en partie depuis. «Il a été bon à Marseille, il est sur tous les médias, et il fait le job», estime un conseiller du président. Les chances de Borloo restent donc bien réelles de succéder à Fillon. Tout d'abord parce que, comme le rappelle l'un de ses conseillers, «former un gouvernement, c'est aussi mettre des digues et organiser des contre-feux». Et Jean-Louis Borloo est devenu une caution écologique -identifié dans l'opinion comme l'homme du Grenelle de l'environnement- et il a su aussi s'imposer comme un rassembleur de la famille centriste. Avec lui, c'est l'assurance -mais pas la garantie- qu'il n'y aura pas de candidat du centre droit au premier tour de l'élection présidentielle -qu'il s'agisse d'Hervé Morin ou d'un autre, comme l'ex-député européen Jean-Louis Bourlanges ou le sénateur Jean Arthuis.

La carte de l'empathie

Dans la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui veut limiter au maximum l'éparpillement de l'offre politique dans son camp, c'est un élément décisif.

Autre atout politique de la carte Borloo, aux yeux de certains conseillers du président -mais ce point ne fait pas l'unanimité-, sa présence à Matignon aidera à faire bouger les lignes de l'électorat centriste entre le premier et le second tour, parce qu'il aura fait, pendant un an, la pédagogie de l'engagement écologique et social du gouvernement. «Borloo premier ministre, cela permet de mettre en route un programme choc dans les banlieues et pour l'accession sociale à l'habitat, ou encore pour traiter avec les partenaires sociaux et le patronat la question de l'emploi des seniors», résume-t-on dans l'entourage du ministre de l'Écologie. Un argument que l'Élysée ne contredit pas. Pour jouer, face aux Français, la carte de l'empathie face aux difficultés des «gens modestes», Borloo reste donc l'atout du chef de l'État.

Ce dimanche, le numéro deux du gouvernement a eu un autre test grandeur nature pour un premier ministrable: commenter les dernières incartades de la turbulente Rama Yade. Mais Jean-Louis Borloo a botté en touche, en s'abstenant de blâmer l'étonnante désinvolture de la secrétaire d'État à l'égard de Nicolas Sarkozy, où elle a fait allusion au manque de «culture» du chef de l'État sur l'Afrique. Il a préféré enchaîner sur le potentiel de croissance du continent noir, l'un de ses sujets de prédilection. «C'est à l'Élysée de dire ce qu'ils en pensent, pas à lui», justifie l'un des proches du ministre.
 
Source : Le Figaro – Charles Jaigu – Le 1er novembre 2010