Jean-Louis Borloo (Parti Radical), portrait d’un pré-candidat qui fait douter Sarkozy

de | 2011-06-11

Borloo, candidat ? L'hypothèse peut faire sourire, tant la menace de sa candidature apparaît avant tout comme un rapport de force surjoué destiné à remettre un peu de centre dans la politique très à droite de la majorité actuelle. En voulant reconstituer une alliance centriste disparue avec l'explosion de l'UDF, celui qui a quitté le gouvernement après avoir échoué aux portes de Matignon se place au centre du jeu… sans apparaître comme un candidat crédible à la présidentielle.


Pourtant, la menace de cette candidature est prise très au sérieux par l'Elysée, qui dans le doute, a déclenché les grandes manœuvres pour dissuader Borloo de se présenter, et éviter ainsi un émiettement des voix de droite au premier tour de la présidentielle. Alors, Jean-Louis Borloo est-il un pré-candidat comme il y en a eu temps, ou le prochain troisième homme qui donnera des sueurs froides à Nicolas Sarkozy pendant la campagne ?

Jean-Louis Borloo (Parti Radical), portrait d'un pré-candidat qui fait douter Sarkozy - image  on http://www.billelouadah.fr Origines et formation

Jean-Louis Borloo est né le 7 avril 1951 dans le 15e arrondissement à Paris. Son père, Lucien Borloo, est originaire de Belgique. Il exerce la profession de coursier dans une caisse de retraite puis finit sa carrière en devenant directeur. Sa mère, Mauricette Acquaviva, est d'origine corse. Elle est présidente des Œuvres de Saint-Vincent-de-Paul. Jean-Louis Borloo est ainsi élevé dans les beaux quartiers de Paris. Il fait une brillante scolarité au lycée Janson-de-Sailly dans le 16e arrondissement et occupe ses loisirs en tant que scout.
Après son baccalauréat, il passe une double licence en droit et philosophie, puis en histoire et sciences économiques. En 1976, il s'inscrit en MBA à l'école de commerce HEC et poursuit des études de Finances à l'Institut supérieur des affaires de l'université de Manchester.
Au début des années 1980, Jean-Louis Borloo est nommé avocat au barreau de Paris. Il décide d'ouvrir son propre cabinet spécialisé dans l'entreprise en difficulté. Par la suite, il se spécialise dans la transmission, l'implantation d'entreprises, le marché financier, les fusions et les acquisitions d'entreprises. Son cabinet se situe dans l'un des quartiers les plus enviés de Paris : rue Brunel, dans le 17e arrondissement. Son allure décontractée ainsi que ses méthodes de négociations en déstabilisent plus d'un. D'après le magazine Forbes, il est l'un des avocats les mieux payés au monde. Il est notamment l'avocat d'affaires de Bernard Tapie.
Parallèlement à cette activité d'avocat, il donne des cours d'analyse financière à l'École à HEC Paris.


Reconversion : du football à la politique dans la région du Nord

En 1986, à la fois avocat et enseignant, il se lance dans une nouvelle activité : le football, en devenant président du Football Club de Valenciennes. Il découvre alors la région du Nord et s'intéresse à sa vie économique et sociale. Trois ans après, en 1989, il se présente aux élections municipales, à la mairie de Valenciennes, sans étiquette politique, ce qui ne l'empêche pas de se faire élire avec 76% des suffrages. En 1992, il est élu conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais.
Par la suite, il se présente aux élections législatives et est élu en avril 1993 député de la 21e circonscription du Nord. Cette fois, il s'est inscrit sous l'étiquette Divers droite. En 1995, il est réélu maire de Valenciennes dès le premier tour avec 63% des voix. En mars 2001, il est réélu mais choisi d'être premier adjoint, ne pouvant plus siéger à la mairie de Valenciennes pour cause de cumul des mandats. En 2008, il est de nouveau réélu.
Dans le Nord, Jean-Louis Borloo veille à lutter contre le chômage même si celui-ci touche près d'un cinquième de la population active. Pour cela, il fait venir une usine Toyota dans la ville d'Onnaing. Le maire de Valenciennes veut également développer les manifestations culturelles : il organise notamment un festival du film d'action et d'aventure et inaugure le théâtre « Le Phénix ».
Enfin, à la fin des années 1990, il lance de grands travaux pour reconstruire le centre de Valenciennes. En 2006 sont ainsi inaugurés le Centre Place d'Armes ainsi que le tramway. En juin 2007, il est réélu député de la 21e circonscription du Nord, au premier tour des élections législatives.


De l'UDF à l'UMP

Jean-Louis Borloo a commencé à faire de la politique sans appartenir à aucun parti. Néanmoins, en 1991, il cofonde avec Haroun Tazieff et Brice Lalonde le parti Génération Ecologie qu'il décide de quitter neuf mois plus tard. Son choix politique est très mal perçu et explique sa défaite aux régionales de 1992. Le RPR, méfiant à son égard, ne veut pas se rallier à un politique sans étiquette. Parce qu'il n'a pas le choix s'il veut poursuivre son ascension politique au niveau national, Borloo se rapproche du groupe UDF en se présentant sur la liste de Simone Veil aux élections européennes. Mais ce n'est qu'en 1997 qu'il prend la carte du parti.
Dès lors, Borloo fait une rapide ascension au sein de l'UDF : il devient délégué général du parti en 1999, porte-parole en 2001. En 2002, il s'affiche comme l'un des plus grands soutiens de François Bayrou qui le nomme directeur de sa campagne pour l'élection présidentielle.
Encore une fois, Borloo ne se sent pas attaché à un parti. Cinq ans après son adhésion à l'UDF, il décide de changer de bord et de rejoindre le Parti Radical, parti associé de l'Union pour la majorité présidentielle (UMP) tandis que François Bayrou reste à la tête de l'UDF. Cette stratégie, sinon ce repositionnement politique, vaut à Jean-Louis Borloo d'entrer dans le gouvernement Raffarin et d'obtenir un poste de ministre. Il est en quelque sorte la caution gauche du gouvernement.


Ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine (2002-2004)

En 2002, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, nomme Jean-Louis Borloo ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine. Celui-ci doit développer les initiatives concernant la politique de la ville. Il poursuit l'opération « ville-vie-vacances » mise en place chaque été depuis 20 ans et propose en 2002 à 820 000 jeunes des quartiers défavorisés de partir en vacances grâce aux subventions locales. Par la suite, Jean-Louis Borloo met en place divers projets urbains favorisant la cohésion sociale. L'objectif visé serait de développer les logements sociaux tout en cassant les zones de ghettos urbains. Pour y parvenir, le ministre présente un plan de reconstruction urbaine ainsi que la création d'une Agence nationale pour la rénovation des villes. Encore une fois, son look brouillon détonne dans le paysage politique mais son bilan satisfait Jacques Chirac si bien qu'en 2004, il est nommé ministre de l'Emploi.


Ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale (2004-2007)

En 2004, Jean-Louis Borloo est promu ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement dans le gouvernement Raffarin et il conserve ce poste quand Dominique de Villepin arrive à la tête du gouvernement en 2005. C'est à cette époque que Jean-Louis Borloo devient particulièrement populaire auprès des Français. Le 24 juin 2004, il présente en conseil des ministres son fameux Plan de cohésion sociale qui comporte 20 programmes et 107 mesures destinés à agir simultanément sur l'emploi, le logement et l'égalité des chances.
En ce qui concerne le logement, il propose en 2005 la création de maisons pour le prix de 100 000 euros. La proposition est très médiatisée mais en 2008, seules 800 maisons ont pu être construites et pour 120 000 euros.
Jean-Louis Borloo est également très impliqué par les problèmes des sans-abri et doit notamment faire face à la polémique des enfants Don Quichotte qui chaque hiver, depuis 2006, se mobilisent pour montrer au grand public (par le prisme des médias) les conditions de vie des SDF.


Un soutien tardif à Nicolas Sarkozy en 2007

En 2006, au moment où Nicolas Sarkozy annonce qu'il est candidat à la présidence et que l'UMP l'investit officiellement, Jean-Louis Borloo tarde à lui apporter son soutien. Alors que certains le voyaient déjà Premier ministre au vu des bons résultats de ses différents projets au gouvernement, Jean-Louis Borloo veut des garanties avant de se prononcer. En effet, certains aspects défendus par le candidat ne le satisfont pas, il souhaite que Nicolas Sarkozy s'engage pour défendre les problèmes sociaux. Finalement, après des négociations en interne, Jean-Louis Borloo apporte son soutien au candidat UMP en février 2007.


Gouvernement Fillon : de l'économie à l'écologie

Au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo est nommé ministre de l'Economie. Après avoir travaillé sur les questions sociales pendant plusieurs années, il obtient le poste qu'il convoitait tant. Mais en raison de sa bourde sur la TVA sociale entre les deux tours des élections législatives, Jean-Louis Borloo, dont les débuts en tant que ministre de l'Economie ont été jugés trop brouillons, est transféré de Bercy au grand ministère du développement durable laissé vacant par Alain Juppé, vaincu à Bordeaux et démissionnaire.
Jean-Louis Borloo est plus connu pour sa fibre sociale que son engouement pour l'écologie. Pourtant, il est l'un des fondateurs de « Génération Écologie » au début des années 1990. En tant que ministre de l'Ecologie, il doit veiller au respect des engagements pris par Nicolas Sarkozy au cours de sa campagne présidentielle avec Nicolas Hulot : c'est le fameux Grenelle de l'environnement. Mais après sa mise en œuvre à la fin de l'année 2007, Borloo disparaît du paysage politique et médiatique. Nathalie Kosciusko-Morizet, sa secrétaire d'Etat, semble assurer le service après-vente du Grenelle.
En automne 2010, un remaniement ministériel est prévu : Jean-Louis Borloo se prépare à devenir Premier ministre. Une véritable rivalité s'engage entre lui et François Fillon. Finalement, le 14 novembre 2010, Nicolas Sarkozy décide de reconduire Fillon à son poste. Il propose à Borloo le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l'Economie ou le pôle des affaires sociales. Mais, ce même jour Jean-Louis Borloo annonce par communiqué qu'il refuse de faire partie du nouveau gouvernement.


En course vers la présidentielle ?

Après avoir quitté le gouvernement, Borloo est décidé à reprendre sa liberté et agite la menace d'une candidature à la présidentielle. Pour cela, il réunit à l'Assemblée nationale les centristes, les radicaux de droite ainsi que les libéraux pour tenter de reconstituer une force politique censée davantage peser dans la majorité. Il démissionne de l'UMP et coupe les liens entre le Parti radical et le parti de Nicolas Sarkozy (tout en espérant conserver l'aide financière).
Dans son projet de réconcilier les centres, Borloo est sur le point de créer une « alliance républicaine, écologiste et sociale » réunissant à la fois le centre-droit (Parti radical, Nouveau Centre) et un centre-gauche encore marginal (Gauche moderne). Bayrou a d'ores et déjà annoncé que son parti, le MoDem, ne rentrait pas dans ce schéma d'un centre qui penche à droite.
Depuis mai 2011, Borloo multiplie les déplacements à travers la France pour expliquer son projet : « bâtir une France plus juste ». Et d'affirmer « les objectifs, tout le monde a les mêmes : endiguer le chômage, l'éducation, etc. Moi, le seul truc qui me fascine, c'est la méthode, ce ne sont pas les objectifs… Il faut faire du diagnostic, il faut tout grenelliser. » Un slogan pour 2012 ?


Par Anne-Sophie Demonchy

*** Sources
– Guirec Gombert, « Le Flop des maisons Borloo », Le Figaro, 29 janvier 2008.
– Emilie Trévert, « Les trois vies de Jean-Louis Borloo », Le Point, 23 décembre 2009.
– « Portrait de Jean-Louis Borloo », La Tribune, 14 novembre 2010.

Source : politique.net – Le vendredi 10 juin 2011