Jean-Louis Borloo, le séducteur prudent

de | 2011-05-07
Jean-Louis Borloo, le séducteur prudent - image  on http://www.billelouadah.frJean-Louis Borloo s'est imposé comme le leader naturel de la confédération. © Thomas Samson / AFP. Le NC a voté samedi son adhésion à la confédération des centres, après un discours très diplomate du président du parti radical.
  

Lunettes au bout du nez, le menton rentré, Jean-Louis Borloo révise ses notes, samedi, sur la scène du Palais des Congrès de Versailles, au Conseil national du Nouveau centre. Deux des quatre autres co-présidents de la confédération des centres, Hervé de Charrette et Jean-Marie Bockel, viennent de prononcer leur discours. C'est presque à son tour. Hervé Morin, qui joue chez lui, devant ses militants, clôturera la journée.

Si le patron du Nouveau centre, assis à coté de son ex-collègue au gouvernement, est tout sourire, le député du Nord, lui, doit marcher sur des oeufs. Borloo sait qu'il s'adresse peut-être à ses futurs soutiens. Celui qui s'est imposé comme le leader naturel de la confédération et comme son futur candidat pour 2012 fait attention à ménager les susceptibilités. Le leader valoisien finit donc par s'installer au pupitre, la mine sérieuse. Et commence son discours par un hommage au député PS Patrick Roy, décédé cette semaine, et dont il a tenu à assister à l'enterrement, le matin même. La voix est basse, le regard posé sur ses feuilles, le ton très solennel : "Patrick Roy voulait réhabiliter la politique et l'action publique" déclare-t-il. "Je crois que c'est probablement ce dont nous avons le plus besoin".

S'en suit un autre hommage, au centriste Bernard Stasi, dont le décès l'a profondément marqué, et à qui Borloo applique cette formule :"Il vaut mieux perdre une élection que perdre son âme". Et de retracer l'histoire de la famille centriste, évoquant le "délitement des années 90, 95", dont "2002 et 2007 ne sont que les enfants"

La carte de l'unité

Visiblement déterminé à jouer à fond la carte de l'unité, le radical en profite pour saluer solennellement le travail Hervé Morin, qui avait soutenu la candidature de François Bayrou avant de créer le Nouveau centre. "Je sais l'amitié qui vous liait" clame-t-il, le regard tourné vers son ancien rival. "Vous avez dû faire un choix entre les deux tours, le coeur serré, les yeux souvent embués de larmes. On vous a alors accusé de trahison alors que vous étiez fidèles d'entre les fidèles…" Et d'énumérer, un à un, presque toutes les figures du Nouveau centre. "Merci Hervé pour tout ce que tu as fait au gouvernement et pour le Nouveau Centre" termine-t-il.

N'assumant que très discrètement son futur leadership, Jean-Louis Borloo s'emploie par la suite à redire combien la formation d'une alliance centriste est "nécessaire" : "Nous donnons tort à tous ceux qui ricanaient", se félicite-t-il, sans lever la voix. Et de s'adresser à Morin, de nouveau : "Nous avions en réalité plus de querelles de posture que de véritable désaccord sur le fond des choses"

Morin assume les querelles du passé

Un discours centré sur les valeurs et volontairement pacificateur… auquel le patron du Nouveau centre répondra sur un ton nettement moins politiquement correct. " Tout le monde sait que notre relation n'a pas toujours été un long fleuve tranquille, Jean-Louis", lâche l'ancien ministre de la Défense, dès l'entame de son discours de clôture. Et d'ajouter, d'une voix forte : "Nos chemins ont été plus souvent parallèles que convergents. Mais au fond, nous avons les mêmes valeurs. J'aime les gens, toi aussi."

Hervé Morin, amusé, ira jusqu'à mettre totalement les pieds dans le plat : "Au sein du Nouveau centre, certains doutaient de ta volonté. Certains craignaient même que la tête des centristes soit apportée sur un plateau à Nicolas Sarkozy…" Evoquant "l'exigence absolue d'avoir un candidat" pour 2012, le patron du Nouveau centre a néanmoins martelé que "la guerre des égos n'aurait pas lieu". Reste que, faisant mine de vouloir rassurer ses militants, il a précisé: "Je ne resterai pas dans une confédération qui renoncerait ou qui serait aux ordres…" Un message clair à Borloo, que certains disent "hésitant", "torturé", et qui doit faire adhérer son propre groupe à la confédération des centres le weekend prochain.

Source : Le Point.fr – Pauline de Saint Remy – Le 7 mai 2011