Jean-Louis Borloo, l’avocat international du climat

de | 2009-12-05

Jean-Louis Borloo, l'avocat international du climat - image  on http://www.billelouadah.fr

Jean-Louis Borloo, ministre d'État, de l'Écologie et du Développement durable,
 dans le fjord d'Ilulissat, au Groënland, en 2007. Crédits photo : DENIS/REA

 

Le ministre de l'Écologie sera lundi à Copenhague pour l'ouverture de la 15e conférence internationale sur le climat. Un événement pour lequel «la France s'est investie comme jamais», assure-t-il.

«Mais qu'est-ce que vous faites à Poznan ? C'est à Bruxelles que ça se passe…» C'était il y a un an. Jean-Louis Borloo exulte au téléphone. Alors que les journalistes suivent pas à pas, en Pologne, la quatorzième conférence internationale sur le climat, le ministre de l'Écologie installé dans la capitale belge ne s'y intéresse guère. Seule compte à ses yeux la signature des 27 pays de l'Union européenne sur le «paquet climat énergie» qu'il vient d'obtenir au côté de Nicolas Sarkozy. Un texte qui fixe les règles que l'Europe s'impose jusqu'en 2020 sur le climat.

En janvier 2009, retour aux grands rendez-vous internationaux : «Cette année, je vais consacrer toute mon énergie à la quinzième conférence sur le climat de Copenhague», affirme-t-il. Aujourd'hui on y est. Le sommet de Copenhague débute lundi et s'achèvera dans deux semaines en présence d'une centaine de chefs d'État et de gouvernement. Le ministre d'État y sera dès l'ouverture avec quelques allers retours à Paris. «Il est épuisé mais à fond dans l'événement», commente un de ses proches. «Je suis concentré», précise l'intéressé.

Jean-Louis Borloo est ainsi : «séquentiel», «besogneux», rappelle-t-il souvent, un brin cabotin. Il s'est d'abord ­occupé du Grenelle de l'environnement, puis de l'accord européen, enfin il s'est jeté sur le monde avec le même enthousiasme, persuadé que seul l'ajout de bonnes volontés peut faire tomber les préventions pour aboutir à un accord historique. Cela fait des mois qu'il sillonne la planète.
  
Au point que certains conseillers de ministères voisins s'étonnent ouvertement d'un agenda parisien qui leur paraît vide. Mais Borloo consulte tous azimuts, organise des rencontres bilatérales, participe à des réunions officieuses, monte des conférences téléphoniques… Tout son temps, ou presque, est dédié à la négociation climatique. Aujourd'hui encore, le ministre fait un saut à Moscou.

«Ma première croisade a été pour que les chefs d'État soient présents à Copen­hague. C'est irréversiblement acquis», se félicite-t-il. «La deuxième idée, c'est que tout le monde peut-être gagnant.» Le propos n'a pas toujours été aussi positif. Lors des premières rencontres officielles, «il n'y avait que des discours émaillés des mots “ambitieux”, “leadership”, “urgence d'aboutir”…On était entre gens bien élevés», ironise-t-il.
  
Et puis est apparue une autre antienne : «Pour beaucoup, préparer Copenhague, c'était préparer la rhétorique pour expliquer l'échec. Je l'entendais partout.» Sans oublier le moment où, au milieu de l'été, les textes élaborés par les négociateurs de l'ombre étaient devenus illisibles. «Les traducteurs n'arrivent même plus à les traduire», s'énervait Yvo de Boer, le chef des négociateurs onusiens.

Mais Jean-Louis Borloo continue d'y croire. On le voit alors apparaître à l'automne avec deux dossiers sous le bras. Le «plan justice climat» tout d'abord. Plusieurs centaines de pages qui détaillent pays par pays, en Afrique, les moyens d'apporter de l'énergie, 100 % renouvelable. «II faut raccrocher ce plan à la négociation de Copenhague. C'est notre responsabilité. Qui peut dire qu'il est contre une telle ­architecture ?  », demande­­-t-il, faussement naïf.
 
Une ébauche d'accord

Dans l'autre main, c'est un document au titre un peu ronflant, «Copenhague : un projet pour le monde», qu'il s'échine à faire circuler dans l'enceinte onusienne. Un draft comme on dit dans le jargon, qui propose une ébauche d'accord. Il en est au moins à sa quarantième version. Mégalo Jean-Louis Borloo ? «Je ne suis pas en train de vous dire que cela va marcher, mais il faut essayer de trouver un chemin», explique-t-il. «C'est un texte de bonne foi comme un dossier de plaidoirie», ajoute l'ancien avocat.

Pour l'heure, le texte reste plutôt confidentiel, mais le ministre n'en a cure, car «il y a une rumeur positive» dans les délégations des 192 pays qui se retrouvent au Danemark. «Un changement d'état d'esprit. C'est aussi le fait de ceux qui ont mouillé leur chemise depuis des mois et des mois», plaide-t-il. Nicolas Sarkozy se rendra dans la capitale danoise avec les chefs d'État les 17 et 18 décembre. «La France s'est investie comme jamais. On ne fait pas les malins, mais on s'est donné du mal.» Un accord à Copenhague et la boucle serait bouclée.

Source : Le Figaro – Marielle Court – Le 4 décembre 2009