Hervé de Charette : « Jean-Louis Borloo doit faire savoir qu’il est déterminé »

de | 2011-05-25

Hervé de Charette :
Ancien ministre des affaires étrangères d'Alain Juppé, de 1995 à 1997, Hervé de Charette a quitté l'UMP en 2009, l'estimant trop à droite. Il préside le petit parti Convention démocrate, qui doit voter, mercredi 25 mai, son rattachement à la Confédération des centres.

Cette structure doit voir le jour à la fin du mois, sur le modèle de feu l'UDF, en agrégeant le Parti radical de Jean-Louis Borloo, le Nouveau Centre d'Hervé Morin, la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel et Convention démocrate. M. de Charette doit devenir l'un des quatre coprésidents de cette nouvelle formation politique, censée porter M. Borloo vers une candidature à la présidentielle.

L'Elysée, comme l'UMP, ne comprennent pas votre volonté de créer une nouvelle formation politique, alors que vous vous déclarez membre de la majorité. Comment justifiez-vous cette démarche ?

Nous nous donnons un organe politique pour reconstruire la famille des modérés et des centristes. La France a besoin que cette famille fasse entendre les valeurs qu'elle porte, qu'elle a toujours défendues. Cela vaut pour aujourd'hui, avec l'élection présidentielle de 2012, et pour demain, pour les élections qui suivront. Cette construction est rendue nécessaire parce que nous avons constaté aujourd'hui que la formule qui prévaut, avec un parti, l'UMP, censé réunir toutes les sensibilités, ne marche pas. Beaucoup de Français, qui se considèrent dans la majorité, estiment que l'UMP est trop à droite.

Les ténors de l'UMP en appellent à votre responsabilité, celle de ne pas faire perdre la droite, en prenant le risque d'un 21 avril 2002 à l'envers, où Marine Le Pen, profitant des divisions de la droite, parviendrait au second tour…

Pour perdre les élections, Nicolas Sarkozy n'a besoin de personne… Pour gagner, il a besoin de nous. Je suis intimement convaincu que la candidature unique de la droite a fonctionné en 2007 parce que M. Sarkozy a fait une campagne hors du commun. Mais ça ne marche pas deux fois. Là, il faut que la majorité parvienne à rassembler des hommes et des femmes, où il y a aussi beaucoup de déçus du sarkozysme. Il faudra réussir à les rassembler sur un projet commun, au second tour. Soit on accepte cette légitime compétition au sein de la majorité, où notre sensibilité peut gagner, soit la bataille présidentielle sera perdue.

Reste la menace Marine Le Pen…

Je suis persuadé que les Français ont durablement compris les leçons du 21 avril 2002. Ils ne voudront pas échapper, comme cela a alors été le cas, à un vrai débat politique au second tour. Pour l'instant, le seul effet tangible sur l'opinion de l'affaire Strauss-Kahn est de faire baisser la cote de Mme Le Pen.

Les doutes demeurent sur la réelle volonté de M. Borloo de se porter candidat en 2012. Comment pouvez-vous convaincre les sceptiques ?

Il nous faut accélérer le mouvement. Je souhaite que Jean-Louis Borloo ne laisse pas les Français partir en vacances sans avoir marqué sa détermination à être candidat à l'élection présidentielle. Il est temps qu'il réponde à l'attente de ses amis, qu'il fasse savoir à l'opinion publique qu'il est clairement déterminé et qu'il se prépare à être candidat. C'est un appel pressant.

Le PS a déjà présenté un programme, l'UMP y travaille. Comment pouvez-vous rattraper ce retard et convaincre que vous proposez un projet différent de celui de l'UMP ?

Il ne faut pas trop s'illusionner sur le travail de l'UMP… Notre candidat devra axer sa campagne sur quelques sujets précis, qui touchent les Français : le pouvoir d'achat, l'absence de travail pour les jeunes, les difficultés pour trouver un logement… A la fin de la semaine, nous aurons créé la Confédération. A partir de là, nous allons nous organiser pour répondre aux légitimes inquiétudes des Français.

Source : Le Monde – Pierre Jaxel-Truer – Le 25 mai 2011