Grand Paris : « Beaucoup de lignes de banlieue sont en grande difficulté »

de | 2010-11-05

Grand Paris : « Beaucoup de lignes de banlieue sont en grande difficulté » - image  on http://www.billelouadah.fr Patron de la SNCF en Ile-de-France, Jean-Pierre Farandou craint que le débat médiatique sur les projets de métro automatique ne fasse oublier la modernisation urgente des lignes de banlieue saturées.

Double Boucle ou Arc Express ? Alors que les débats publics ont débuté depuis un mois sur les deux projets portés respectivement par le gouvernement et la région Ile-de-France dans le cadre du Grand Paris, la SNCF se garde bien de prendre parti. En revanche, elle estime que ces deux métros automatiques ne combleront pas les besoins à l’avenir.

Jean-Pierre Farandou, directeur général de SNCF Proximités (la branche qui s’occupe, entre autres, de tous les trains de banlieue en Ile-de-France et les RER pour la partie SNCF) tire la sonnette d’alarme. Selon lui, les projets de tangentielles sont primordiaux, tout comme la modernisation du réseau actuel, fréquenté chaque jour par trois millions de voyageurs.

Les deux projets de métro automatique portés par la région et l’Etat sont-ils suffisants pour répondre au problème des transports en Ile-de-France ?
JEAN-PIERRE FARANDOU.
Non. Pour absorber l’augmentation du nombre d’usagers dans les années à venir, ces projets doivent être impérativement complétés par la mise en place de lignes de tram-train, les fameuses tangentielles, pour relier les zones mal desservies, et par la modernisation du réseau existant. Il ne faudrait pas que le halo médiatique entourant le Grand Paris fasse oublier que beaucoup de lignes sont en grande difficulté. Plus que de savoir quel tracé sera retenu, l’important est de réfléchir au réseau dans son ensemble.

Aujourd’hui, les projets de tangentielles passent au second plan…
Elles sont pourtant complémentaires avec les tracés en débat, elles permettent un maillage avec les lignes RER actuelles et des liaisons banlieue-banlieue. D’autre part, les emprises existent déjà, les travaux peuvent aller vite et coûteraient moins cher que l’Arc Express ou la Double Boucle. Seule la première étape de la tangentielle nord, entre Epinay-Seine et Le Bourget, est décidée. Il reste à la prolonger entre Sartrouville et Epinay-sur-Seine et entre Le Bourget et Noisy-le-Sec C’est également le moment d’enclencher le processus de décision pour la tangentielle ouest entre Cergy et Versailles, la ligne Massy-Evry et la tangentielle est entre Champigny et Val-de-Fontenay et remontant jusqu’à Noisy-le-Sec. Je pense que cette logique de complémentarité vaut aussi pour le TGV.

C’est-à-dire ?
Ces nouveaux tracés seraient l’occasion de desservir trois nouvelles gares, l’une à proximité d’Orly pour faire comme à Roissy, où trois modes de transport (TGV, avion, métro) sont interconnectés. Une autre, quelque part entre La Défense et Nanterre, et la troisième en Seine-Saint-Denis. Toutes seraient reliées au métro automatique. Il est nécessaire d’améliorer le réseau des lignes à grande vitesse en Ile-de-France. Seulement trois millions de Franciliens sur onze sont bien desservis. Or, les gares parisiennes ne peuvent plus accueillir beaucoup de voyageurs en plus. Il faut conduire cette réflexion dans le débat actuel.

Votre priorité est-elle d’améliorer les lignes de banlieue existantes ?
Il y a urgence à s’en occuper, car elles sont saturées. Nous ne rougissons pas de la qualité de service délivrée : 25000 cheminots font partir et arriver neuf trains sur dix à l’heure. Mais quand un usager prend deux fois le train par jour, il subit un retard par semaine! Nous voulons arriver à 95% de régularité. Mais gagner 5% nécessite des investissements importants.

Combien faut-il ?
Pour les RER C et D, on a besoin d’un milliard d’euros par ligne, à la fois pour améliorer la fiabilité et la capacité. Sur la ligne D, il y a 5% d’usagers en plus chaque année, alors qu’en l’état actuel des infrastructures on ne peut pas faire circuler un train de plus aux heures de pointe. Les décisions n’ont pas encore été prises, pourtant il faut vite trouver l’argent.

Quels sont les programmes déjà engagés ?
Sur le RER B, une ligne sera dédiée sur la partie nord fin 2012, alors que des RER, des trains de fret et des TER de Picardie passent aujourd’hui sur la même ligne. Entre Aulnay-sous-Bois et Paris, un train circulera ainsi toutes les trois minutes. Sur le RER E, la prolongation de la ligne Eole prévue entre 2017 et 2020 permettra de désengorger le RER A. A Saint-Lazare, l’arrivée des rames Francilien se fera entre 2013 et 2015. De manière générale, en 2016, il n’y aura que du matériel neuf ou rénové en Ile-de-France.

 
Source : Le Parisien – Sébastien Lernould – Le 4 novembre 2010