Environnement : Mais si, les vaches polluent !

de | 2008-06-21

Environnement : Mais si, les vaches polluent ! - image vaches on http://www.billelouadah.fr    «MORT aux vaches ! » Le slogan fait fureur actuellement auprès du lobby aéronautique. Accusées d’être en partie à l’origine du réchauffement planétaire, plusieurs compagnies aériennes ont récemment pointé du doigt, dans une campagne de publicité, la responsabilité des élevages bovins dans le dérèglement climatique. Les chiffres leur donnent en partie raison : les éructations et flatulences de nos placides ruminants sont responsables de près de 20 % des émissions mondiales de méthane, l’un des gaz à effet de serre les plus nocifs.

Les vaches larguent dans l’atmosphère une centaine de millions de tonnes de méthane, dont le pouvoir de réchauffement est considérable. Une molécule de méthane provoque un effet de serre vingt fois plus important qu’une molécule de gaz carbonique (CO2). Un pot catalytique « spécial bovin » ayant peu de chances de voir le jour, les chercheurs travaillent depuis plusieurs années à la modification du régime alimentaire des ruminants. Sanders, l’un des leaders français de l’alimentation pour bétail, présente aujourd’hui les résultats d’une étude étonnante. Le fabricant affirme pouvoir réduire de 40 % les rejets digestifs de méthane d’une vache laitière en modifiant sa ration alimentaire. Les équipes de recherche en nutrition de Sanders ont nourri leur cheptel expérimental de matières grasses insaturées qui « régulent les populations de micro-organismes responsables de la production de méthane » dans la panse des vaches.
Un nouveau régime pour réduire leurs flatulences Coup de pub ou vraie découverte scientifique ? Difficile pour l’heure de le savoir. « On sait que les acides gras insaturés peuvent contribuer à réduire les émissions de méthane mais aucun effet durable n’a été constaté jusqu’à maintenant, tempère Jacques Lucbert, responsable des développements techniques à l’Institut de l’élevage. Les animaux ont tendance à s’adapter à ce nouveau régime alimentaire puis à reprendre leurs habitudes après quelques semaines. » « Nous avons quatre années de résultats probants derrière nous », affirme Jean-Philippe Rousseau, le responsable ruminants de Sanders.
   
En attendant qu’un institut officiel comme l’Inra valide ces résultats, d’autres organismes de recherche travaillent à la réduction des émissions de méthane des ruminants. Le gouvernement australien teste depuis plusieurs années chez les ovins un vaccin qui permettrait de détruire les gènes producteurs de méthane. D’autres études sont menées sur la flore intestinale du… kangourou. Car cet herbivore, contrairement aux autres ruminants, ne relâche pas de méthane. Autre solution, plus radicale, préconisée par les militants écologistes du Réseau action climat : réduire la consommation mondiale de viande qui a augmenté depuis deux décennies dans les pays en développement de 5 à 6 % par an, notamment en Inde et en Chine. « Gare à ceux qui voudraient supprimer les vaches, prévient Jacques Lucbert, de l’Institut de l’élevage. Car les prairies utilisées pour leur élevage contribuent à stocker une quantité non négligeable de carbone dans le sol. Le vrai problème, ce sont les nouvelles activités qui ont émergé au cours du siècle passé, notamment le développement des transports et de l’industrie. »
      
CLÉS
Le cheptel bovin est estimé à 19 millions de têtes en France, 90 millions de têtes en Europe et 1 379 millions de têtes dans le monde.
Au niveau mondial, les ruminants larguent dans l’atmosphère une centaine de millions de tonnes de méthane, un des gaz à effet de serre les plus dangereux, et sont responsables de 16 à 20 % des émissions totales de méthane.
Les émissions de gaz à effet de serre du secteur herbivore représentent 11 % des émissions nationales.
80 % de ces émissions proviennent des bovins. Selon un rapport de l’organisme des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation paru en 2006, le secteur de l’élevage dans son ensemble émet 18 % des gaz à effet de serre de la planète. Les transports représentent 26 % des émissions et l’industrie 22 %.
   
Source : Le Parisien – Le 20 juin 2008 – Frédéric Mouchon