Elysée 2012 : « Villepin qui doute, Borloo qui jubile »

de | 2011-06-21

Elysée 2012 :
L’ex-Premier ministre, qui réunit ses troupes aujourd’hui à Paris, a un petit moral tandis que l’ancien maire de Valenciennes devient la nouvelle cible de Nicolas Sarkozy.

Bringuebalé dans un minibus qui dévale les départementales bretonnes en ce pluvieux vendredi de juin, Jean-Louis Borloo alterne entre effarement et jubilation. Effarement, parce qu’il vient d’apprendre que des représentants de l’État ont tenté de l’évincer d’une photo officielle, lors de l’inauguration d’une unité de géothermie à laquelle il était convié. Jubilation parce que son éventuelle candidature à la présidentielle semble donc désormais prise au sérieux par l’Élysée.

Dans un retournement de situation inimaginable il y a encore six mois, l’ancien numéro 2 du gouvernement Fillon a fini par voler à Dominique de Villepin, l’ex-Premier ministre, la place d’homme à abattre. Il y a dix jours, l’ex-maire de Valenciennes avait, sur RTL, osé rêver à voix haute du bureau présidentiel. Mercredi, il a observé les réactions à la démission de Rama Yade. La nouvelle égérie des Radicaux a quitté son poste d’ambassadrice à l’Unesco afin de s’investir totalement à ses côtés. Un engagement qui vaut presque confirmation de candidature. "Un joli coup", apprécie-t-on dans le camp Villepin où l’on reconnaît que depuis quelque temps, Borloo a réussi à prendre toute la lumière alors que pâlissait l’étoile de l’homme du discours contre la guerre en Irak à l’ONU, empêtré dans l’acte II du procès Clearstream et crédité pour le moment de 3 % des intentions de vote.

Pour compliquer encore les choses, Villepin a été cette semaine la victime collatérale de "l’humour corrézien". "Il ne s’est pas ému de la phrase sur Hollande, explique l’un de ses proches. Ce qui l’a touché, c’est la première partie où Chirac parlait d’une éventuelle candidature Juppé." Et donc pas de la sienne.

Villepin et les "mains tendues"

Le président de République solidaire se consolait samedi, à la veille de réunir les cadres de son parti à la maison de l’Amérique latine, en comptant le nombre de "mains tendues" vers lui : François Bayrou, Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo ou François Hollande. "On ne tend pas la main vers des personnes qui ne portent rien, explique-t-il au JDD. Cela ne fait que me conforter non pas dans le chemin virtuel de la politique spectacle mais dans le chemin réel vers les Français."

Un chemin réel qu’il ne compte pas emprunter avant la fin de l’année. Celui qui parlait jusqu’à présent de se déterminer à l’automne, recule désormais le moment du grand saut, s’il a lieu, et estime désormais "que le calendrier long n’est pas adapté à cette campagne" et que "le moment de cristallisation n’aura pas lieu avant le début 2012".

Borloo pressuré par l’élysée

Pendant que Villepin procrastine, Borloo se prépare à se mettre en mouvement, après ce qu’il prédit comme l’échec de la majorité aux sénatoriales. Et apprend à faire avec les pressions élyséennes dont il se dit la victime. Vendredi dans le TGV qui le menait vers la Bretagne, il confessait "avoir découvert des trucs qui l’ont stupéfié". Il ne veut pas en dire plus, conscient qu’il n’a aucun intérêt à se mettre à découvert sur ce que l’entourage du chef de l’État considère comme ses faiblesses.

Déjà, Villepin lui donne un avant-goût de la suite. "Cela fait quatre ans que je vis sous la pression, la menace, l’étau des critiques, assure-t-il. C’est d’abord surprenant, puis usant et frustrant. J’ai vécu avec cela, mais aujourd’hui, je suis dans un parcours où plus personne ne peut peser sur moi." Borloo ne dit pas autre chose : "Si j’y vais, c’est que je suis assez costaud pour y aller."

Quand Villepin a longtemps privilégié la bataille frontale avec Sarkozy, Borloo prévient : "N’insistez pas, vous ne me ferez pas dire du mal de lui." Sa stratégie est plutôt celle de l’indifférence polie devant ce Président dont il considère qu’il était le bon candidat… en 2007.

Source : Le JDD.fr – Le 19 juin 2011