Débat sur la laïcité : les éditorialistes fustigent l’entêtement de Sarkozy

de | 2011-03-31

Débat sur la laïcité : les éditorialistes fustigent l'entêtement de Sarkozy - image  on http://www.billelouadah.fr De nombreux éditorialistes de la presse nationale et régionale critiquent vertement jeudi l'entêtement de Nicolas Sarkozy concernant la tenue le 5 avril d'un "débat sur la laïcité et la place de l'islam", une initiative qu'ils jugent "dangereuse".

"Ni la défaite de son camp aux cantonales, ni la progression du Front national, ni les déchirements de sa majorité n'ont fait changer d'avis le président de la République", assène Le Monde. "Le débat sur la laïcité et la place de l'islam aura lieu, comme prévu, le 5 avril. Nicolas Sarkozy semble considérer qu'il n'y a rien de plus urgent. Plus que jamais, pourtant, ce débat est inopportun et déplacé…"

Appelant le chef de l'Etat à "sortir du déni de réalité… en renonçant à un tel débat", le journal du soir estime que, "comme en 2009 sur l'identité nationale, M. Sarkozy court derrière le Front national, avec pour seul effet de nourrir ses thématiques de rejet de l'étranger".
 

"La stigmatisation, et la ficelle électoraliste étaient si grosses qu'il fallut en urgence faire machine arrière", ironise Nicolas Demorand dans Libération. "Le grand débat annoncé devint un simple débat parmi d'autres, puis une petite table ronde sur la laïcité", s'amuse-t-il.

"Les urnes des cantonales à peine vidées, avec le succès que l'on sait pour l'UMP, le président, plus inconscient que jamais, semble ne pas vouloir renoncer à son pseudo-débat sur la laïcité", s'insurge Jean-Emmanuel Decoin dans l'Humanité. "Rien pour l'instant ne l'a ramené à la raison, pas même les réserves, nombreuses, venues de son propre camp, occasionnant un psychodrame UMP-institutions quasi unique dans l'histoire de la Ve République."

Pourtant, rappelle Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, "l'organisation d'un débat sur la laïcité par l'UMP est une initiative dangereuse", comme l'ont expliqué les représentants des six grandes religions dans une déclaration commune insistant sur les risques de stigmatisation"

Cette initiative oecuménique est sans précédent, souligne Jacques Guyon dans la Charente Libre. "Ironie de la situation – ce sont aujourd'hui les instances religieuses de notre pays qui se posent en rempart de cette laïcité", écrit-il.

"Que va-t-il falloir de plus à Nicolas Sarkozy pour qu'il comprenne que le débat sur la laïcité et l'islam est en train de tourner à la Berezina? Qui va réussir à faire admettre à Jean-François Copé, son grand ordonnateur, qu'il joue avec le feu et qu'après s'être pourtant brûlé deux dimanches de suite, il est maintenant temps qu'il range sa boîte d'allumettes?", s'interroge l'éditorialiste.

Pour Patrick Fluckiger de l'Alsace, "Nicolas Sarkozy est en passe de réaliser le rassemblement dont rêvent tous les élus" mais "contre lui!". Il a "choisi de ne pas écouter les protestations. Il n'a pas de stratégie de rechange. Il a déjà reculé sur trop de promesses – pouvoir d'achat, sécurité, État irréprochable – pour sortir indemne d'une nouvelle marche arrière."

Source : AFP – Le 31 mars 2011