Claude Guéant les deux pieds dans la politique

de | 2011-03-18

Claude Guéant les deux pieds dans la politique - image  on http://www.billelouadah.fr Moins de 3 semaines après sa nomination au gouvernement, Claude Guéant se place au cœur de la polémique. Le ministre de l’Intérieur estime que "les Français ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux." Une petite phrase qui suscite un tollé.

Cela a commencé par une interview dans le Monde hier. "Les Français veulent que la France reste la France". La phrase intrigue.
Invité à s’en expliquer, Claude Guéant est explicite : "les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux." Aussitôt, les socialistes se bousculent pour dénoncer le propos du ministre de l’Intérieur. François Hollande lui conseille "d’éviter d’utiliser les mots du FN". Car pour Harlem Désir, Claude Guéant double le Front National sur sa droite. Martine Aubry, la première secrétaire du PS, établit un lien avec les élections cantonales dimanche : "avoir les propos que tient monsieur Guéant à 3 jours d’un premier tour, et nous faire pleurer des larmes de crocodiles en nous disant que le FN augmente c’est vraiment se moquer des valeurs de la République. Nous nous sommes fiers d’être français, nous sommes fiers de ces valeurs, mais nous voulons les faire vivre, alors q’aujourd’hui elles sont abîmées par le président de la République et son gouvernement."

Indignation également du coté des non sarkozystes de l’UMP, comme le député villepiniste Jean-Pierre Grand : "J’observe une montée du Front National, à partir de slogans, et quand j’entends le ministre de l’Intérieur, dire qu’on ne se sent pas chez soit en France, c’est gravissime. C’est un discours qui est à peu près celui que tiennent les candidats du Front National aux élections cantonales partout en France. Je ne pense pas que le ministre de l’Intérieur ait vocation à faire campagne pour le Front National. Quand on tient de tels discours, on crédibilise le Front National, et les électeurs ne s’y trompent pas, ils vont voter pour l’original. Ils ne vont pas voter pour la copie. C’est idéologiquement insupportable, et politiquement suicidaire".

Ce qui apparaît en tout cas, c’est que, publiquement, le Front National se frotte les mains. Marine Le Pen a bondi sur l’occasion… La présidente du FN ironise. Elle assure que Claude Guéant pourrait être adhérent d’honneur du Front National. Son numéro 2, Louis Aliot renchérit, sur l’impuissance de la majorité au pouvoir : "malheureusement pour monsieur Guéant, il est aux affaires depuis une dizaine d’années, il n’attrapera plus personne avec ce genre de propos. Qu’ont-ils fait pour inverser la tendance et faire échec à cette situation ? rien. Ils ont fait une politique qui a encouragé cet état des lieux. Il fait le constat, bravo. Les solutions, c’est nous qui les avons, et nous espérons bien les appliquer à partir de 2012."

Car au-delà des cantonales, c’est bien de la campagne présidentielle qu’il s’agit. Le propos de Claude Guéant est dans le droit fil de l’analyse de Nicolas Sarkozy, assure le député UMP Lionnel Luca : "cela me parait une évidence sur laquelle il n’y a pas à s’offusquer. Le débat de l’année dernière sur le Quick qui prétendait n’offrir que de la viande Hallal, le démontre à l’évidence. Ce qui fait le jeu du Front National, c’est surtout de ne rien faire pour y remédier. C’est d’ailleurs un peu cela l’enjeu du débat sur la laïcité, et des mesures qui seront nécessaires de prendre, et d’appliquer. Le président de la République nous a tenu exactement les mêmes propos lorsqu’il nous a reçus, les députés de la majorité, je pense que c’est un constat de bon sens."

Source : France-info – Marie-Eve Malouines – Le 17 mars 2011