Ces candidats de droite qui gênent Nicolas Sarkozy

de | 2011-12-27

Nicolas Sarkozy n'a jamais eu qu'une stratégie électorale : être le seul candidat de son camp, pour tenter de virer en tête au premier tour et créer un élan pour le second. A quatre mois de l'élection présidentielle, force est de constater qu'il n'a pas réussi à faire le vide.

Le chef de l'Etat a peut-être évité le pire lorsque Jean-Louis Borloo s'est retiré de la course, en octobre. Mais pas moins de cinq candidats issus de la "famille" de la majorité, outre le président de la République, projettent toujours, cependant, de se présenter en 2012. Nul ne sait combien iront au bout de l'aventure. Tour d'horizon de ces ambitions, de leurs motivations et de leurs moyens.

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La présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD), Christine Boutin, a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle le 22 juin. AFP/JACQUES DEMARTHON

 Christine Boutin, la foi en bandoulière

Elle avait mal digéré sa sortie du gouvernement, le 23 juin 2009. Mme Boutin, pendant deux ans ministre du logement et de la ville, avait espéré se maintenir jusqu'à la dernière minute. C'est à la télévision, sans un coup de fil préalable, qu'elle avait appris son éviction.

Promis, juré, sa candidature n'a rien à voir avec une revanche. La présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD), qui fut déjà candidate en 2002 (1,19 % des voix), après avoir été la figure du combat anti-pacs, s'est lancée en s'affirmant comme"une candidate de premier tour" pour "porter des valeurs".

Elle a mis sur la table les conditions de son soutien, au second tour, à Nicolas Sarkozy : "une réflexion pour la mise en place du revenu de base""l'inscription du mariage, composé d'un homme et d'une femme, dans la Constitution", et l'inscription des racines judéo-chrétiennes de l'Europe dans les futurs traités européens. Elle a d'emblée expliqué, aussi, qu'elle se montrerait "raisonnable" si, d'aventure, M. Sarkozy était menacé par Marine Le Pen au premier tour.

Las, Mme Boutin peine à trouver les 500 parrainages d'élus nécessaires et tient l'UMP pour responsable. Son compteur, à la veille de Noël, ne dépassait pas les 160 signatures. En raison de "pressions" sur les élus, estime-t-elle. Et Christine Boutin est en colère. Début décembre, son directeur de campagne, Antony Couzian-Marchand, ex-commandant en second du GIGN, est allé à l'Elysée pour plaider sa cause. Mais il n'a été reçu que par un collaborateur d'Olivier Biancarelli, conseiller politique de M. Sarkozy, et s'est vu opposer une fin de non-recevoir.

Le 19 décembre, Mme Boutin a menacé le chef de l'Etat de lâcher une "bombe atomique" en pleine campagne électorale, laissant même ses proches pantois. Elle n'en démord pas. "Si on me cherche, on me trouve", affirme-t-elle au Monde, refusant d'en dire plus. Dans son entourage, certains laissent entendre que l'arme nucléaire pourrait n'être qu'un pétard mouillé. Mme Boutin se dit aujourd'hui"absolument libre".

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Nicolas Dupont-Aignan en novembre 2012. AFP/FRANCOIS GUILLOT

 Nicolas Dupont-Aignan, "perdu pour la cause"

 En janvier 2007, le député de l'Essonne, maire de Yerres, a claqué la porte de l'UMP. Défenseur de la droite "nationale" et "sociale", M. Dupont-Aignan a fondé Debout la République, un parti dont le cœur de métier est l'opposition à l'euro. En 2007, déjà, il avait voulu se présenter à la présidence de la République. Mais il n'était pas parvenu à obtenir les 500 signatures. Cette fois, il promet qu'il aura le compte. Et qu'il ne se serait pas déclaré officiellement – une question de "dignité", affirme-t-il – si cela n'avait pas été le cas.

M. Dupont-Aignan affirme ne plus avoir "depuis longtemps" de contacts avec M. Sarkozy. "Ils ont compris que je suis perdu pour la cause", s'amuse-t-il. Ancien proche de Philippe Séguin, de Charles Pasqua et de Philippe de Villiers, il se revendique "souverainiste" et "gaulliste social". Peut-il chiper des voix à Nicolas Sarkozy ? Lui-même situe une bonne part de son électorat potentiel à la droite de la droite, chez des électeurs sensibles au discours économique anti-européen martelé par Marine Le Pen, mais qui ne veulent pas s'identifier au Front national. M. Dupont-Aignan se targue, en ce début de campagne, de disposer d'"un socle de 1 % solide dans les sondages".

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Hervé Morin, avant l'annonce de sa candidature, le 27 novembre à Berville-sur-Mer (Eure)/AFP/KENZO TRIBOUILLARD

 Hervé Morin, le parcours d'obstacles

 Ce passionné de chevaux se doutait-il que sa candidature serait un tel parcours d'obstacles ? Il savait, certes, que les chausse-trappes seraient nombreuses, mais peut-être a-t-il sous-estimé la difficulté de faire campagne en essuyant les tirs croisés des principales figures de son propre parti, le Nouveau Centre. "Monsieur 0 %", comme le surnomment ses détracteurs, s'appuyant sur les résultats cruels des sondages, affirme que rien ne le fera renoncer. Le député de l'Eure assure qu'il pourra compter "raisonnablement sur 700 à 800 signatures". Dans son entourage, certains lui conseillent de faire le point en février 2012 et de ne pas s'entêter s'il ne décolle pas. L'ancien ministre de la défense (2007-2010) de M. Sarkozy dit vouloir, avec sa candidature, assurer la survie de son parti. Une analyse qui ne convainc pas le numéro deux du NC, Jean-Christophe Lagarde, pas plus que les ministres du parti, François Sauvadet (fonction publique) et Maurice Leroy (ville). Ils ont envoyé un courrier aux cadres départementaux du mouvement pour les convier à une réunion anti-Morin le 11 janvier à Paris.

La situation de l'ex-ministre est singulière. A la tête d'un parti dont la force est de compter 39 parlementaires, il n'a reçu le soutien que de 17 d'entre eux lors de sa déclaration officielle de candidature. Un nombre passé à 13 dans une lettre de soutien, en riposte à celle des opposants à M. Morin.

La faiblesse de ces soutiens est probablement due aussi à l'histoire du NC : ce jeune parti est composé d'élus qui ont soutenu François Bayrou en 2007, avant de s'arrimer à la majorité lorsque ce dernier a refusé d'appeler à voter pour M. Sarkozy au second tour de l'élection présidentielle de 2007. La plupart ne veulent pas d'un affrontement avec la puissante UMP, dont ils dépendent pour leur élection.

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Le président de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), Frédéric Nihous. REMY GABALDA / AFP

 Frédéric Nihous, à la chasse aux signatures

En 2007, le candidat de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) avait obtenu 1,15 % des voix au premier tour de l'élection présidentielle. Loin des 4,23 % de Jean Saint-Josse cinq ans plus tôt, M. Nihous veut néanmoins repartir au combat en 2012. En attendant, il traque les 500 signatures. Sa jauge s'élève, pour l'heure, à un peu plus de 180 promesses. "Je suis raisonnablement optimiste. Ce n'est pas plus facile ni plus dur que la dernière fois, où j'avais finalement déposé 655 signatures au Conseil constitutionnel", dit-il. M. Nihous, dont le parti était entré dans le giron de la majorité présidentielle aux régionales de 2010, a depuis repris ses distances. Il veut être le candidat "de la ruralité et de ses valeurs".

Il s'est adjoint pour la campagne, comme conseiller en communication, Bruno Larebière, ancien rédacteur en chef du journal d'extrême droite Minute et ex-membre du Bloc identitaire, groupe extrémiste radical. "Je ne suis le sous-marin de personne", précise M. Nihous, qualifiant M. Larebière de "prestataire de service de conseils".

Le chef de file de CPNT s'estime "ostracisé" par la télévision depuis qu'il a déclaré sa candidature, le 17 juin, et déplore que "le microcosme décide de l'offre démocratique en France". A l'inverse du Front national, il se veut européen : "Je défends une Europe européenne", précise-t-il, en opposition à l'entrée de la Turquie dans l'UE. Candidat des chasseurs, M. Nihous a pour meilleur ennemi les écologistes. Et raille volontiers "les délires actuels au ministère de l'écologie, où l'on mène une politique copiée-collée des Verts".

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Dominique de Villepin, a annoncé, le 11 décembre, sur TF1, sa candidature à l'élection présidentielle.AFP/THOMAS SAMSON

 Dominique de Villepin, "le fugitif"

 Dans un entretien à paraître dans GQ de janvier, où il dévoile sa personnalité, Dominique de Villepin confie s'être identifié enfant au héros de la série télévisée des années 1960 "Le Fugitif", celui "qu'on veut abattre à tout prix". Relaxé en première instance et en appel dans l'affaire Clearstream, l'ancien premier ministre (2005-2007) continue de se vivre comme un homme traqué. Son nom revient dans les valises de Robert Bourgi ? Il est cité dans l'affaire Relais & Châteaux ? La preuve qu'"on" cherche à l'abattre…

Alors, tel d'Artagnan, un autre héros de son enfance, il est décidé à braver tous les obstacles pour aller "jusqu'au bout". Tous contre lui, seul contre tous. Qu'importe que les intentions de vote, même après sa déclaration de candidature, restent scotchées à 2 %. Qu'importe que ses soutiens parlementaires se soient, les uns après les autres, recasés dans le giron majoritaire. Qu'importe que République solidaire, le mouvement qu'il avait créé en juin 2010, promettant alors de redresser la politique, parte à vau-l'eau.

Qu'importe… Lui continue de mouliner, de ferrailler, de porter l'estocade. A droite, à gauche, au centre, il sabre, taille, embroche. L'ex-ministre des affaires étrangères (2002-2004) a pour lui une stature internationale, un parler beau et un confortable patrimoine personnel. La solitude ne lui pèse pas, elle est son moteur. Lui veut en finir avec la République des partis. En 2005, face à la crise des banlieues, il avait instauré l'état d'urgence. Aujourd'hui, il estime nécessaire de faire de même face aux périls que fait peser la crise économique. Il est convaincu d'être le seul capable d'affronter cette situation.

Revient néanmoins la lancinante question : tiendra-t-il jusqu'au bout et sera-t-il en mesure de réunir les 500 signatures d'élus ? Ces interrogations, il les balaie d'un revers de main. "Je n'y serais pas allé si je n'étais pas certain de les avoir, répond-il à propos des parrainages. Qui peut imaginer qu'il n'y ait pas 500 maires ou conseillers généraux pour apporter leur soutien à un ancien premier ministre de la France ? Ou alors, nous ne sommes plus en démocratie." Quant à sa détermination à maintenir sa candidature contre vents et marées, "c'est bien mal me connaître que d'en douter", assure-t-il crânement.

Source : Le Monde – Pierre Jaxel-Truer et Patrick Roger – Le 27 décembre 2011