Borloo : «Je demande à Hollande une pause fiscale»

de | 2013-03-19

Borloo : «Je demande à Hollande une pause fiscale» - image Jean-Louis-Borloo-UDI-Le-Parisien-Olivier-Corsan on http://www.billelouadah.frÀ la veille du débat de censure à l’Assemblée, le président de l’UDI pose quatre conditions au gouvernement.

Borloo : «Je demande à Hollande une pause fiscale» - image coeur- on http://www.billelouadah.fr

LE FIGARO. – Voterez-vous la motion de censure, déposée par l’UMP, qui sera débattue mercredi à l’Assemblée?

Jean-Louis BORLOO. – Nous posons quatre conditions pour nous déterminer. Trois consistent à revenir sur des erreurs graves et évidentes commises par ce gouvernement et qui concernent les heures supplémentaires, le bâtiment et les services à la personne. Des décisions que tout le monde reconnaît aujourd’hui comme très néfastes, car elles sont antisociales, dramatiques pour l’emploi et mauvaises pour les comptes publics. Et je demande à François Hollande et Jean-Marc Ayrault de prendre un engagement sur l’honneur: ne plus augmenter les prélèvements obligatoires jusqu’en 2017 afin de redonner confiance aux Français. Nous ne voulons pas des phrases mais des engagements immédiats et précis.

Sur les heures supplémentaires, que reprochez-vous à la gauche?

Le gouvernement s’est attaqué aux travailleurs salariés méritants, du privé comme du public, en supprimant la défiscalisation mise en place par le précédent gouvernement. C’est une double erreur, car cette mesure ne crée pas d’emplois, et elle réduit un élément de souplesse et de compétitivité. C’est une attaque massive sur le pouvoir d’achat de plus de neuf millions de salariés, pouvant aller jusqu’à 500 euros par an. Nous demandons le retour immédiat à la situation antérieure.

Que proposez-vous pour doper le secteur du bâtiment?

C’est la deuxième condition, qui n’est pas contestable non plus. La construction de logements est une exigence sociale et économique. Le bâtiment est un secteur très pourvoyeur d’emplois, 1,4 million de salariés, soit un Français sur douze, y travaillent, et si on ajoute les métiers d’appui, on n’est pas loin du double. C’est en outre un secteur non délocalisable, qui ne dépend ni du dollar ni des Chinois, mais que de nous. Le gouvernement a fait voter le passage de 7 à 10 % de la TVA sur la construction de logements sociaux, les travaux de rénovation de l’habitat et l’amélioration de l’énergétique, soit 100 % de hausse en dix-huit mois, puisque ce taux était passé précédemment à 7 %. C’est un véritable coup de grâce! De plus, le champ des prêts à taux zéro a été réduit et les conditions durcies. On entre dans une crise majeure de l’emploi et du logement. On pouvait créer 100.000 emplois de plus dans ce secteur, on va en détruire 100.000. Nous demandons le retour immédiat à la TVA à 5 % sur les travaux dans le bâtiment, les économies d’énergie et la construction de logements sociaux, ainsi que le desserrement des prêts à taux zéro pour les primo-accédants. Nous voulons aussi qu’il y ait, dans certains cas, un droit d’acquisition pour les locataires du parc.

Vous dénoncez aussi l’abandon du secteur des services à la personne…

La gauche a fait une erreur historique en croyant que le secteur des services à la personne offrait des avantages aux personnes les plus aisées, alors que c’est un marché porteur et solvabilisé de 2,2 millions de salariés qui améliorent des conditions de vie: la dépendance, la petite enfance, les soins à domicile et le handicap. Le gouvernement a annoncé la fermeture de l’Agence nationale des services à la personne qui assure la promotion de ces métiers et la coordination de l’offre et la demande. Il faut renoncer à la fermer et au contraire la développer. Il faut aussi rétablir le forfait, procéder à des allégements de charges, mettre en place un plan de formation. Car c’est un secteur solvabilisé et professionnalisé, qui rend service à tout le monde et qui a créé près de 400 000 emplois entre 2006 et 2011. On est parti pour en détruire 100.000 par an au lieu d’en créer 100.000. La gauche a abandonné ce secteur. Ces erreurs commises sur les deux secteurs, services à la personne et bâtiment, empêchent la création ou détruisent de 300.000 à 400.000 emplois directs ou indirects et, donc l’entrée de 7 à 10 milliards d’euros de recettes supplémentaires, tout compte public confondu.

Quel «engagement sur l’honneur» demandez-vous à l’exécutif?

Je demande au président de la République et au premier ministre de décider une pause fiscale. De s’engager sur l’honneur à ne pas augmenter les prélèvements obligatoires d’ici à 2017. Le pays est à l’arrêt, les Français ne savent pas où l’on va. Le taux de prélèvements obligatoires s’élèvera à 46,3 % en 2013, et 46,7 % fin 2014. Il ne faut pas aller au-delà. Cet engagement est indispensable pour que les projets individuels et collectifs redémarrent. L’équilibre budgétaire devant provenir de la réduction des dépenses publiques.

Voterez-vous la censure si le gouvernement ne vous entend pas?

Ces différents sujets font l’unanimité des citoyens, professionnels, experts et élus. C’est maintenant que cela se joue. Si sa réponse est positive, nous aurons le sentiment d’avoir aidé notre pays. Le groupe UDI aura fait son travail d’opposition constructive. Dans le cas contraire, nous voterons la censure sans hésiter.

N’avez-vous pas peur d’apparaître comme une force d’appoint de l’UMP?

La crise de l’emploi est telle que c’est au gouvernement de répondre. Pour le reste, nous connaissons nos alliances. La démocratie c’est la clarté.

Source : Le Figaro – Le 19 mars 2013