Jean-Louis Borloo : «Changez de stratégie, M. le Président !»

de | 2013-01-08
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Interview de Jean-Louis Borloo président de l'UDI dans son bureau à l'Assemblée Nationale à Paris le 8/01/2013 Photo Jean-Christophe Marmara Le Figaro

LE FIGARO. – Le gouvernement peut-il inverser la courbe du chômage?

Jean-Louis BORLOO – Le président de la République vient de découvrir que les arbres ne grimpent pas au ciel et que, forcément, un jour, la courbe du chômage va se stabiliser, voire s’inverser. Mais, pour cela, il faut mettre en œuvre les bonnes mesures. Il est très préoccupant de constater que, non seulement ces mesures ne sont pas lancées, mais que de surcroît les choix effectués aggravent encore la situation.

Par exemple?

On aurait pu s’attendre à une politique de relance fiscale, budgétaire, normative du secteur du bâtiment. Ils ont fait exactement l’inverse: arrêt des aides dispositifs sur la construction privée, aucun système de financement à long terme du logement social et une dernière hausse de la TVA, qui porte l’augmentation à 100 % en un an. Résultat, le mois dernier, les mises en chantier ont reculé de 28 %. Autre exemple avec le coup d’arrêt porté aux chèques emploi service universel. Un saccage pour le secteur des services à la personne qui est le plus créateur d’emplois ces cinq dernières années. Dans le même temps, le gouvernement a augmenté les charges qui pèsent sur les entreprises de 30 milliards d’euros, accélérant la destruction d’emplois et l’exode de nos talents. Il est difficile, dans un monde ouvert, d’être à la fois ceux qui taxent le plus et ceux qui sont les plus désagréables à l’égard des dirigeants économiques, des industriels étrangers, de nos talents économiques, scientifiques et artistiques.

Quel conseil pour François Hollande?

De grâce, changez de stratégie, d’état d’esprit, de logiciel. Changez d’équipe, s’il le faut. Peu importent les ratés, les lois plantées ou censurées, les mensonges sur le traité européen… Je ne suis pas adepte des plaisirs de l’opposition pour l’opposition. Aujourd’hui, huit mois après la présidentielle, tout nouveau chômeur est de la responsabilité de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault. Ils ne peuvent plus invoquer l’héritage. Il n’y a pas de crise de l’euro qui peut justifier cette aggravation. Pas de crise des liquidités comme en 2008-2010. En fait, la courbe du chômage devrait déjà être inversée. Pas besoin d’attendre un an. Ce sont des gens bien éduqués ; ils devraient comprendre qu’ils sont les seuls responsables de cette politique économique et sociale inopérante. Pourquoi Jean-Marc Ayrault s’obstine-t-il à prendre des mesures néfastes pour l’emploi? Cela dépasse l’entendement. Je l’interpelle pour en débattre publiquement avec lui.

L’UDI votera-t-elle la loi sur le mariage pour tous?

Dans le respect de la liberté de vote et d’expression et sous réserve de l’examen du projet de loi, le groupe UDI votera probablement majoritairement contre. Ma position n’est donc pas celle de la majorité de mes collègues.

Travaillez-vous avec l’UMP pour les municipales de 2014?

Nous y travaillons au sein de l’UDI, tous les jours, et nous sommes déjà prêts à Amiens, Saint-Étienne, Rouen, Strasbourg, Toulouse, Caen… Et nous n’aurons pas de problème d’alliance: nous ne sommes pas en coalition avec la gauche. La répartition se fera très naturellement, car il y a des villes où le centre droit a naturellement vocation à prendre le leadership par rapport à l’UMP. Et inversement.

Paris fait-elle partie des villes dont vous revendiquez le leadership?

Dans certains arrondissements, c’est très clair. Après, ce sont des questions de personnalités pour déterminer qui dirigerait l’équipe en cas de victoire. Ce point devra être discuté.

Serez-vous candidat à Paris ?

Avant l’été, nous présenterons les principales équipes de l’UDI pour les municipales, notamment à Paris.

Il y aura donc une équipe UDI à Paris…

Bien évidemment. D’ailleurs, beaucoup à l’UMP l’attendent et le souhaitent. C’est bien la preuve, au-delà de nos différences réelles, de la bonne entente entre l’UMP et nous.

La guerre interne que connaît l’UMP résulte-t-elle d’un conflit de personnes ou d’une crise de ligne politique?

Il suffit de regarder le résultat du vote sur les motions pour réaliser que la question de la ligne politique est posée. Ce n’est pas dramatique – le PS a vécu comme cela pendant plusieurs années -, mais les fractures à l’UMP sont importantes et le problème du leadership n’est pas encore tranché. Quant à la conduite de l’opposition, ce sont les Français qui décideront.

De quelles qualités l’UDI peut-elle se prévaloir pour revendiquer le leadership de l’opposition?

C’est un parti ouvert sur le monde, qui défend les libertés, dont celle d’entreprendre, et les valeurs sociales, humanistes et écologistes. Nous n’avons peur ni de l’Europe, ni des quartiers, ni des autres… Les Français préfèrent que nous préparions leurs enfants à l’avenir plutôt que de promouvoir le repliement sur soi.

Qu’est devenue l’UMP après dix ans d’existence?

Ça reste une machine, il y a des talents. Je n’ai pas d’autres commentaires.

Ni de regret de l’avoir quittée?

Non. C’était un choix de conviction que je partage avec tous ceux qui sont à l’UDI.

Source : Le Figaro – Jean-Baptiste Garat – Le 8 janvier 2013

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