Aulnay-sous-Bois : Quatre ans d’immersion dans le collège des Mille-Mille

de | 2008-09-01

Aulnay-sous-Bois : Quatre ans d’immersion dans le collège des Mille-Mille - image laguerredesnormes on http://www.billelouadah.fr    «Vous êtes une caillera, monsieur ! » Sébastien Peyrat ne peut s’empêcher de rire quand il relate cette réflexion lancée à son égard par deux collégiennes. Certes, il n’est pas rare de le voir « tenir le mur » dans les halls au milieu de jeunes de la cité des Mille-Mille à Aulnay-sous-Bois « parfois jusqu’à 2 heures du matin ».
Et si l’homme en chemisette maîtrise aussi le « parler des cités », c’est parce qu’il est chercheur, spécialiste des questions concernant les jeunes de banlieue.
Sa dernière enquête a justement porté sur les collèges de cités difficiles. C’est à Aulnay-sous-Bois, au collège Debussy, que Sébastien Peyrat a fait une longue immersion de quatre années. Là, il rencontra Boris Ozbolt, jeune prof de maths fraîchement nommé, avec qui il cosigne aujourd’hui un ouvrage, « la Guerre des normes, enquête au coeur des collèges de cités difficiles »*.
   

Mis à l’épreuve par un groupe d’ados
   

Pas simple pour un chercheur de se fondre dans le milieu enseignant comme dans un groupe de jeunes de cité aux Mille-Mille. « Cela m’a pris deux ans pour être intégré au sein des profs. Il a fallu surmonter la crainte qu’ils pouvaient avoir d’être jugés dans leur travail. J’ai finalement pu assister à de nombreux cours et observer le comportement des jeunes », explique Sébastien Peyrat. Deux ans aussi, c’est le temps nécessaire pour être adopté par les ados en question. Ce n’est qu’après avoir été mis à l’épreuve que le chercheur a été intégré au groupe. « Alors que je les accompagnais à Parinor, certains d’entre eux ont volé dans un magasin et se sont fait pincer par les vigiles », relate Sébastien Peyrat, qui a alors proposé de payer les articles volés pour arranger l’affaire. « Après cet épisode, ils m’ont parlé sans retenue », sourit-il. Petits ou gros trafics au pied des barres, agressions parfois, il a été immergé dans le quotidien de cette bande « aux pratiques pas toujours recommandables », reconnaît-il. Ce sont ces mêmes jeunes qu’il retrouvait en cours, « des bons élèves parfois mais qui continuent d’obéir aux normes de la cité », constate-t-il.
Du fond de la classe, il a observé « les stratégies mises en place par les enseignants pour tenir le coup » face à celles d’élèves qui cherchent à « les déstabiliser ». Son analyse ? Les adultes de l’établissement représentent pour ces ados une société française injuste, face à laquelle ils tentent d’imposer les règles de la cité, parfois avec succès. « On voit des profs négocier les notes ou les punitions avec les élèves », assure le chercheur.

Pour Sébastien Peyrat, « les professeurs n’ont souvent aucune idée de la spécificité sociologique de ces jeunes auxquels ils doivent enseigner ».

LA GUERRE DES NORMES – Enquête au coeur des collèges de cités difficiles de Boris Ozbolt et Sebastien Peyrat, publié chez L’Harmattan, 18,50 €.
   

Source : Le Parisien – M.C. – Le 1er septembre 2008