Aulnay-sous-Bois : « Son élection annulée, le maire va faire appel »

de | 2008-10-04

Aulnay-sous-Bois :

Gérard Ségura (PS) a un mois pour porter l’affaire devant le Conseil d’Etat. Deux incidents de campagne ont motivé la décision du tribunal administratif.
   

La rumeur courait dès jeudi après-midi parmi les élus et militants de la ville. Mais c’est hier que le couperet est tombé : le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a décidé d’annuler l’élection du maire socialiste Gérard Ségura.
   
L’élu a déjà annoncé qu’il ferait appel de cette décision devant le Conseil d’Etat.
Il dispose d’un mois pour le faire et conserve ses fonctions au moins pendant ce délai.

Le tribunal justifie sa décision en invoquant deux incidents. D’une part, le collage tardif d’affichettes devant certains bureaux de vote.
Celles-ci, apparues quelques heures avant le second tour, dénonçaient « un nouveau scandale financier à Aulnay », sans plus de précision, et n’étaient pas signées. Les juges ont aussi tenu compte du grief avancé par le MoDem, qui avait dénoncé des pressions et menaces exercées sur des électeurs dans les quartiers nord au premier tour. Le tribunal attribue ces tensions et l’agression d’un candidat du MoDem aux partisans de Gérard Ségura.

« Il faut se garder de tout triomphalisme »

Ce dernier, qui a déjà reçu le soutien de la fédération départementale du PC, rejette toute responsabilité dans ces incidents, et s’inquiète d’une possible jurisprudence : « Il suffirait que des voyous aillent coller des affiches pour que le suffrage universel soit bafoué ? Vous imaginez les conséquences que cela peut avoir par la suite… N’importe quel candidat craignant un scrutin trop serré pourrait prendre ses précautions ! » Le maire se félicite cependant d’une chose : « Le tribunal n’a pris en compte aucun des éléments mettant en cause mon honnêteté, et me lave de l’océan de boue déversé par mes détracteurs. »

Son ancien adversaire, l’ex-maire Gérard Gaudron, a appris la nouvelle depuis Antibes (Alpes-Maritimes), où il participe aux journées parlementaires de l’UMP. « C’est évidemment une grande satisfaction, confie le député. Mais il faut se garder de tout triomphalisme. C’est une chose de gagner un recours, c’en est une autre de remporter des élections. » L’ancien candidat du MoDem, Abderrezzak Bezzaouya, est déjà dans les starting-blocks : « On sera sur le marché ce week-end, pour fournir des explications aux gens. Et on s’apprête à retourner aux urnes… »

Contrairement à celle de Gérard Ségura, l’élection d’Hervé Chevreau, maire MoDem d’Epinay, a été validée par le tribunal administratif, de même que celle du communiste Marc Everbecq à Bagnolet.
   

« Alors, on va revoter ? »
Certains habitants étaient incrédules, hier, ou prenaient leur parti, comme Marcelle, 76 ans. « Alors, on va revoter ? S’il faut retourner aux urnes, on y retournera, lance-t-elle en se débattant avec l’antivol de son vélo. C’est un peu lamentable, tous ces incidents qui ont eu lieu au moment des élections… » « Peut-être que le maire n’y était pour rien, avance un quinquagénaire accoudé au comptoir d’un café voisin.

S’il a remporté l’élection sous la menace, ce n’est pas normal. De toute façon, j’ai pas voté pour lui, et je voterai pas pour lui. »
D’autres ont du mal à comprendre. « La droite n’a pas digéré sa défaite, s’agace Fethi, 33 ans. S’il y a de nouvelles élections, j’appellerai à les boycotter ! »
 
Tous évoquent « l’affaire » de l’assurance chômage indûment perçue par l’ancien maire UMP
avant le scrutin : « C’était une grosse faute ! Comment peut-on faire un recours après ça ? » s’interroge Mohamed. Ikler, « déçu par la droite et la gauche », n’avait pas voté en mars dernier. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir un pronostic : « La droite était en place depuis longtemps à Aulnay. S’il y a de nouvelles élections, elle pourrait bien tirer son épingle du jeu… »

Source : Le Parisien – Gwenael Bourdon – Le 04 octobre 2008