Affaire Clearstream : « Dominique de Villepin entre tribunal et présidentielle »

de | 2011-05-02

Affaire Clearstream : Relaxé en première instance, Dominique de Villepin joue à nouveau son avenir politique dans le procès en appel de l’affaire Clearstream qui débute aujourd’hui à Paris

Dominique de Villepin a pris l’habitude de dire qu’il était serein par rapport au procès Clearstream. Il a d’une certaine façon, raison de l’être : celui qui était au départ accusé de dénonciation calomnieuse dans l’affaire des faux listings Clearstream a réussi à passer pour une victime aux yeux de l’opinion.

Brillant avocat de lui-même, il a multiplié les déclarations, mis en scène ses arrivées et ses sorties du tribunal. Il a endossé habilement le rôle du pot de terre contre le pot de fer, posture très populaire dans une période où la justice est en panne d’image. Son arrivée au tribunal entouré de son épouse et de ses trois enfants reste un modèle du genre : « Je suis ici par la volonté d’un homme, je suis ici par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy qui est aussi président de la République française. J’en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français ».

Le tribunal l’a effectivement blanchi en le relaxant en janvier 2010. Mais le procureur Marin, qui avait demandé une peine de 18 mois de prison avec sursis et 45 000 euros d’amende, ne l’a pas laissé savourer cette victoire longtemps et a interjeté appel. Pour Dominique de Villepin, il n’y a aucun doute : c’est une décision politique soufflée par Nicolas Sarkozy. Une conviction ne fait pas la vérité, mais affichée en certitude, elle continue à attiser les rivalités.

Voilà pourquoi, même si la falsification des faux listings Clearstream ne passionne plus grand monde, la salle d’audience de la cour d’appel de Paris sera bondée ce matin. A onze mois du premier tour de la présidentielle, alors que l’ancien Premier ministre vient de dévoiler le projet présidentiel de son parti, République Solidaire, et que Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages, il s’agira de voir si le tribunal peut mettre fin aux ambitions élyséennes de Villepin en le rendant inéligible. Les velléités centristes pour 2012, notamment celles de Jean-Louis Borloo, peuvent être interprétées à l’aune du « croc de boucher » qui plane au-dessus de la tête de l’ancien chef du gouvernement.

Alors que la première audience avait été très tendue et très théâtrale, ce procès en appel devrait être plus calme car Villepin et Sarkozy se sont revus et tentent d’apaiser, au moins pour la galerie, leur haine réciproque.

Dès ce matin, la forme va donc sans doute laisser place au fond. D’autant qu’Imad Lahoud, le mathématicien qui a falsifié les listings, a promis de nouvelles révélations, notamment sur Villepin. Jean-Louis Gergorin, le corbeau énarque à la personnalité trouble, qui a écopé de 18 mois, pourrait aussi être tenté de charger ses co-prévenus.

Dominique de Villepin devrait, fort de sa relaxe, se maintenir dans son rôle de victime et s’appliquer à démontrer l’acharnement du Parquet. Sa détermination et son assurance avaient impressionné en première instance. Sa flamboyance, cette fois-ci non plus, ne sera pas de trop.

Source : LeProgrès.fr – Nathalie Mauret – Le 2 mai 2011