A Toulon, les licenciés jugent le CTP « intéressant » et « sécurisant »

de | 2008-10-27

A Toulon, les licenciés jugent le CTP

   A l’entendre, sans le contrat de transition professionnelle (CTP), Julie Capodanno n’aurait pas retrouvé d’emploi. Licenciée d’un restaurant pour raison économique, la jeune femme de 23 ans s’est déclarée volontaire pour l’expérimentation du CTP en cours depuis avril 2006 à La Valette, commune varoise de la périphérie toulonnaise. En fait d’emploi, Julie Capodanno a ouvert un petit restaurant de cuisine provençale à Toulon. Mais, raconte-t-elle, "avec le CTP, j’étais sûre que je serais bien suivie, personnellement, qu’on m’apprendrait à être crédible pour les banques, à traiter avec les fournisseurs". Julie ne cache pas non plus que "financièrement, c’était intéressant".

Pendant un an maximum, 80 % du salaire brut, un accompagnement renforcé avec des rendez-vous au minimum hebdomadaires, tel est le parcours proposé aux 999 licenciés des entreprises de moins de 1 000 salariés de la région qui ont été volontaires et ont signé un CTP. Pour le directeur départemental du travail, Daniel Ract-Mugnerot, "le contrat de transition professionnelle est un sas sécurisant pour les licenciés des petites entreprises qui composent l’essentiel du tissu économique toulonnais". "Le CTP est une plate-forme avec des périodes de travail, de formation et de validation de l’expérience", précise Myriam Rousselot, chef du projet, détachée par l’AFPA et qui coordonne les quinze référents de l’équipe, en provenance de l’ANPE, l’AFPA et Sodie, un cabinet privé de reclassement.


Réunis pour un premier contact, jeudi 23 octobre, Samy Touyarou, 21 ans, et Jean-François Ribes, 58 ans, ont été licenciés par leur entreprise du bâtiment au début juillet. Leur patron a déposé le bilan et le mandataire judiciaire leur a conseillé de signer un CTP. Pour Samy, le jeune, cela ne va pas assez vite. "Cela fait deux mois que j’attends, proteste-t-il, je ne veux pas rester à rien faire avec mes parents qui me prennent la tête. Je veux suivre une formation de conducteur d’engins et je ne veux pas attendre." Pour Jean-François, l’ancien, l’affaire est plus compliquée. "Pour le jeune, ça va aller, pense-t-il, mais à mon âge, les entreprises ne sont plus intéressées, même pas par les aides qui existent pour les seniors." Lui aussi presse le conseiller de la Sodie de "se bouger pour qu’il lui présente des entreprises".


Denis Vialard, 41 ans, était chauffeur routier. Le ralentissement de l’activité a conduit à son licenciement. "Le CTP c’est bien, dit-il, je suis de gauche mais la stratégie du coup de pied au cul, ça a du bon, il faut que les gens se prennent en main." L’une des quinze référents, Odile de Vittori, reconnaît cependant que "certains décrochent parce que le rythme est trop soutenu". L’avantage pour elle justement, "c’est que l’accompagnement est renforcé, avec seulement trente personnes à suivre", au lieu des 130 à 150 dont elle s’occupait à l’ANPE.
   

   Sept sites expérimentent en France ce contrat lancé en avril 2006 par Jean-Louis Borloo et Gérard Larcher, alors en charge de l’emploi. Plus de 4 300 salariés en ont bénéficié (chiffre du 30 septembre 2008), pour un taux de "reclassement durable" de 59,7%.
   

Source : Le Monde – Rémi Barroux – Le 28 octobre 2008