Sarkozy et Aubry rejettent le front républicain‎

de | 2011-03-15

Sarkozy et Aubry rejettent le front républicain‎ - image  on http://www.billelouadah.fr À droite comme à gauche, les dirigeants attendent le premier tour des cantonales pour donner leurs consignes. Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA / Le Figaro

À six jours des élections cantonales, le président de la République a fixé lundi la stratégie de l'UMP face au FN.

 

Exit le «front républicain», en tout cas sous sa forme traditionnelle. Nicolas Sarkozy l'a confirmé lundi matin aux dirigeants de l'UMP, qui attendront le soir du premier tour des cantonales, dimanche, pour rendre publique leur position. La ligne générale avait déjà été fixée jeudi dernier. Le président l'a précisé : primo, «pas d'alliance avec le FN» et «sanction immédiate» contre ceux qui enfreindraient la règle ; secundo, «dès qu'on peut, on maintient notre candidat» ; tertio, «quand on n'y est plus, on donne la liberté entre l'abstention et le choix de voter pour tel ou tel, mais pas pour le FN».

La rupture avec le passé est à la fois politique et sémantique. Politique, parce qu'avant, quand le maintien du candidat de la droite était possible, la consigne était de se retirer pour éviter une triangulaire si le FN risquait de l'emporter. En cas de duel FN-PS, on appelait à voter pour la gauche, comme lors de la municipale partielle de Hénin-Beaumont, en 2009, où la liste conduite par Steeve Briois et Marine Le Pen était arrivée en tête au premier tour. «Le vote républicain, c'est incompréhensible pour nos électeurs», a tranché lundi Nicolas Sarkozy. Mais si la formule est abandonnée, l'UMP continuera à proscrire tout soutien au FN.

Là intervient la dimension sémantique du changement de stratégie. Selon l'Élysée, on peut appeler à voter en faveur du PS face au danger frontiste, mais le faire systématiquement revient à décerner à la gauche un brevet de moralité. Tous les participants au petit déjeuner ont approuvé Jean-François Copé quand il a lancé que l'UMP n'avait «pas de leçon à recevoir» de la part d'un PS allié au besoin avec l'extrême gauche, alors qu'Olivier Besancenot, le leader du NPA, «a reçu Jean-Marc Rouillan», ex-membre d'Action directe condamné pour meurtre.

Les ministres qui se sont publiquement prononcés en faveur du «vote républicain», Nathalie Kosciusko-Morizet en tête, ont eu droit eux aussi à une mention spéciale. Interrogé sur leur cas, Nicolas Sarkozy a assuré, en regardant François Fillon : «Ça, c'est réglé ! Hein, François ?» Le premier ministre a confirmé. Le président a fait savoir qu'il s'occuperait personnellement de Jean-Louis Borloo. Quant au député maire de Nice Christian Estrosi, qui a mis en cause l'efficacité de la stratégie de Copé face au FN, le rappel à l'ordre attendra le lendemain des cantonales. «On n'est jamais déçu avec ces gens-là, a soupiré Nicolas Sarkozy. On réglera ça après.»

«Quitte ou double»

À gauche aussi, on rejette l'idée d'un «front républicain» automatique. Vendredi, la première secrétaire Martine Aubry a refusé de se prononcer sur l'idée de désistement en cas de triangulaire. «L'UMP et l'extrême droite tiennent dans certains domaines quasiment le même discours», a-t-elle dénoncé, avant de mettre en cause la politique menée par le chef de l'État, notamment en matière de sécurité ou d'immigration. «Nicolas Sarkozy a nourri l'extrême droite.» Alors, elle l'assure : «Nous n'avons pas de leçon de République à recevoir de ceux qui abîment la République tous les jours.»

Au sein de la direction du PS, on est convaincu que Nicolas Sarkozy joue avec le feu dans une sorte de «quitte ou double». Le président de la République chercherait à «faire monter le FN» pour déstabiliser le jeu politique et affaiblir la gauche, menacée d'un nouveau 21 avril. Mais Martine Aubry ne veut pas croire que les Français se réfugient massivement dans un vote Front national. Les socialistes attendront le premier tour des cantonales pour examiner les résultats de l'extrême droite. Les cantons où le FN sera en mesure de se maintenir seront examinés au cas par cas. Les consignes de vote seront données ensuite. Entre la droite républicaine et l'extrême droite, le PS «n'a jamais hésité», a déclaré lundi le porte-parole Benoît Hamon. À condition de voir «la différence», précise-t-il.

Source : Le Figaro – Judith Waintraub – Le 15 mars 2011