A Aulnay, les classes supprimées à la rentrée avivent les doutes du maire sur le « plan banlieue »

de | 2008-08-14

A Aulnay, les classes supprimées à la rentrée avivent les doutes du maire sur le    Plus que du scepticisme, le sentiment d’être victime d’un marché de dupes. Comme si l’Etat reprenait d’une main ce qu’il n’avait pas encore donné de l’autre. Gérard Ségura, maire (PS) d’Aulnay-sous-Bois, ville de 81 000 habitants au coeur de la Seine-Saint-Denis, dénonce les "contradictions extraordinaires" entre les annonces encore virtuelles de la secrétaire d’Etat à la ville, Fadela Amara, sur le plan "espoir banlieue" et la réalité des suppressions de postes de fonctionnaires décidées par le même gouvernement dans les quartiers sensibles. En particulier dans l’éducation nationale.
 

Sur le fond, l’élu ne critique pas le contenu du plan annoncé par Nicolas Sarkozy en février et dont le gouvernement a présenté les modalités d’application lors d’un comité interministériel à la ville (CIV) le 20 juin à Meaux. "Leurs annonces sont intéressantes et marquent une volonté de progrès. Mais on reste pour l’instant dans du déclaratif", explique M. Ségura. Et, de fait, quand on interroge la préfecture de Seine-Saint-Denis sur les applications concrètes du plan, non de manière générale mais sur une ville précise, comme Aulnay-sous-Bois, personne n’est en mesure de répondre. "C’est encore trop tôt, cela démarre à peine", relève, un peu gêné, le service de presse.
 
Les restrictions budgétaires, elles, sont bien concrètes. Dans ses projections pour la rentrée, l’éducation nationale a fait état de la suppression programmée d’une dizaine de classes à Aulnay, ville dont le revenu moyen n’a cessé de diminuer depuis 1990 et qui se caractérise par l’existence de plusieurs quartiers classés "sensibles". Un des territoires les plus durement touchés par les émeutes de 2005 et qui a connu plusieurs épisodes de violences depuis.
   
L’inspection d’académie justifie sa décision par la diminution de la population scolaire dans les cités concernées. "La rénovation urbaine a conduit à la destruction de tours. Les immeubles qui seront reconstruits seront moins élevés, ce qui signifie moins d’enfants", explique Daniel Auverlot, inspecteur d’académie. Lequel insiste sur le respect des seuils maximums d’élèves avec, par exemple, moins de 23 élèves par classe en élémentaire. Et met en avant l’obligation de l’Etat de répondre aux hausses d’effectifs prévisibles dans d’autres parties du territoire.
   
Pour l’élu, en revanche, cette vision de court terme risque d’être contre-productive. Il cite l’exemple du développement des écoles de la seconde chance, promis par Fadela Amara. "Cela s’appuie sur le constat, bien réel, des difficultés subies par les jeunes sans qualifications, souligne M. Ségura. Mais si on supprime des moyens à l’école aujourd’hui, on prépare une nouvelle génération de jeunes sans qualifications. Et donc une nouvelle génération de plans banlieues dans dix ou vingt ans, qui coûteront beaucoup plus cher que les postes supprimés aujourd’hui !"
   

Source : Lemonde.fr – Luc Bronner – Le 12 août 2008